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Affichage des articles associés au libellé William Lustig

Élémentaire, ma chère Watson

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  Exils # 150 (15/12/2025) L’ambiguïté de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968) ? Le dolorisme de L’Emprise (Furie, 1982) ? La chronologie de Lucky (Kermani, 2021) ? Périmètre mortel (Red, 2008) s’en moque à la truelle, malmène Famke Janssen qui se démène, se souvient de Verhoeven ( Hollow Man : L’Homme sans ombre , 2000), l’invisible devient visible via le sang de l’amant, violence virtuose, payer de sa vie le prix d’une nuit d’humide défi, logique symbolique empreinte de puritanisme. Si le synopsis se résume à ceci : une ex -détenue homicide affronte à domicile le fantôme d’un flic, la scène de ménage ne ménage ses dommages et mérite quelques lignes à demi laudatives. Nanti d’un titre d’origine programmatique ( 100 Feet ), assez bien adapté en français, ce survival marital, au final infernal, demeure en flammes, telle jadis la chaufferie du Freddy des Griffes de la nuit (Craven, 1984), naturalise le fantastique, n’en fait une affaire de subjectivité f...

Des justiciers dans la ville

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  Exils # 122 (28/08/2025) Dans Death Wish (Winner, 1974), la femme de l’avocat Paul Kersey se faisait tuer, sa fille se faisait violer ; dans Fighting Back ( aka Philadephia Security ou Death Vengeance , Teague, 1982), la femme de l’épicier John D’Angelo fait une fausse couche après une poursuite en voiture et sa mère se fait « mutiler ». À huit ans de distance, les deux productions Dino De Laurentiis paraissent prendre le pouls d’une Amérique nordiste malsaine et urbaine, où sévissent toutes les violences, dont celle du vigilante , d’abord citoyen anonyme malmené, ensuite modèle ou malaise à main armée, (anti-)héros dépressif ou héraut droitiste de westerns modernes, pantin de républicains ou cauchemar de démocrates. Ce personnage donnera au passage son titre à un film de Lustig (1983), dans lequel la femme de l’ouvrier Eddie Marino se fera poignarder, son fils se fera descendre, inspiré en partie lui aussi par l’entreprise salvatrice ou le discutable épou...

Les Yeux sans visage

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  Un métrage, une image : The Headless Eyes (1971) Matrice apocryphe de Driller Killer (Ferrara, 1979) ? Plutôt petit opus pas si déplaisant, dépourvu de perceuse cependant, car accumulation d’énucléations. Le très obscur scénariste et réalisateur Kent Bateman, homonyme de Patrick, l’anti-héros de American Psycho , pareillement mythomane, supérieurement mélomane, portraiture un type en rupture, un artiste qui assassine, s’excuse de blesser, un créateur destructeur, vite envahi par un double à domicile. Voleur d’envapée, notre Arthur Malcolm se retrouve sans tarder éborgné, c’est-à-dire émasculé, pontifient les psys. D’une ville à la suivante, d’une côte à l’autre, de l’Ouest vers l’Est, il se transforme en somme en tueur en série, féminicides imaginés ou commis. Maniant voire magnifiant les miroirs de l’âme de ces dames, prostituée portée sur le lexique correct, politique, « streetwalker », mon cœur, actrice à l’audition de carnation, ménagère presque d...

Épouvante sur New York

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  Un métrage, une image : L’Ambulance (1990) Un dragueur, une diabétique, un moustachu, une automobile : modèle d’écriture, de séduction ludique, de tension dramatique, de caméra quasi cachée, l’ouverture de L’Ambulance condense le ciné de l’amical Larry Cohen. La suite ne démérite, revisite de jour et de nuit le mythe d’Eurydice & Orphée, le tisse au super-héroïsme de la BD, caméo en dirlo de Stan Lee inclus. Toujours inventive, constamment amusante, cette comédie noire s’assume en moralité faussement moralisatrice, voici ce que vous risquez si vous abordez dans la rue une inconnue, en effet. Porté par un Eric Roberts candide et physique, une Megan Gallagher à l’irrésistible rousseur, ponctué par la présence surprenante, patraque, verdâtre, d’Eric Braeden – recommandation maternelle ! –, depuis déjà dix ans pensionnaire du soap soporifique Les Feux de l’amour , par la prestance d’un James Earl Jones mémorable en flic jadis dépressif, en justicier vite esq...

Don’t Go in the House : Firestarter

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Allumettes suspectes, jeux audacieux... They’re taking her children away Because they said she was not a good mother Lou Reed Burn with me tonight Sia Moins catho, quoique, curé inclus, crucifix à foison, davantage disco que Driller Killer (Abel Ferrara, 1979), moins onirique et sentimental que Maniac (William Lustig, 1980), pareils précieux portraits de tourmenteurs très tourmentés, Don’t Go in the House (Joseph Ellison, 1980) ne ressemble pas non plus à un ersatz de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960), en dépit d’une morbide maternité partagée. Le peintre à la perceuse, on s’en souvient, entendait des voix, le pauvre, et Joe Spinell, on s’en rappelle, scalpait parce qu’abusé par sa maman putain, nom d’un chien. Ces éléments acoustiques, psychanalytiques, se reconnaissent entre les quatre murs de la mortelle masure, mais cette sorte de chaînon manquant ne manque pas de charme personnel, possède sa propre beauté horrifiante, horrifiée, remarquons le trava...

Héros : Moon

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  « Cannonerie » ? Reconnaissance… Pour mon père Des coups de poing dans l’âme Le froid de la lame qui court Chaque jour me pousse Un peu plus vers la fin Daniel Balavoine Doté d’un intitulé original programmatique, Héros (Tannen, 1988) fait s’affronter un flic « héroïque », médiatique, et un psychotique increvable. Il s’agit donc d’une réflexion en action(s) sur l’héroïsme et le traumatisme, la normalité et l’insanité, le deuil et la lignée. Il s’agit, aussi, d’une œuvre doublement méta, où le tueur se terre au sein d’un ciné rénové, se déplace derrière les cloisons, une pensée pour le Kinski de Crawlspace (Schmoeller, 1986), où Norris se met en danger, au propre, au figuré, décide, entre Portés disparus 3 (Norris, 1988) et Delta Force 2 (Norris, 1990), d’explorer de nouvelles voies, d’exposer la vulnérabilité de sa persona . Hero and the Terror hélas n’attira pas les foules, déçut sans doute les fans friands de coups de t...

Pumpkinhead : A History of Violence

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Tête de citrouille-potiron pour trouille de saison. Imaginez Simetierre (Mary Lambert, 1989) avec du moto-cross , Les Raisins de la colère (John Ford, 1940) avec une vieille sorcière, Planète interdite (Fred M. Wilcox, 1956) avec des légumes, voire des légendes, d’automne et vous pourrez vous faire une idée assez claire de ce « film culte » méconnu, dû au maquilleur renommé Stan Winston, alors à ses débuts de réalisateur. Pumpkinhead (1988) possède au moins trois éléments majeurs : l’interprétation intense de Lance Henriksen ; la direction de la photographie remarquable de Bojan Bazelli, collaborateur d’Abel Ferrara sur China Girl (1987), The King of New York (1990), Body Snatchers (1993) et de Jennifer Lynch sur Boxing Helena ( idem ) ; sa nature de conte moral à contre-courant. Il commence comme Le train sifflera trois fois (Fred Zinnemann, 1952), par un portrait au passé, sis en 1957, de la lâcheté ordinaire, en nocturne Americana . On refu...

Death Wish : Le Livre d’Eli

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  « Gardez la foi » affirme le flic au veuf – on préfère le doute devant telle déroute.   Eli, Eli, lama sabachthani ? Matthieu, 27, 46 Vingt minutes de présence puis la chère Elisabeth Shue disparaît, au propre, au figuré. On la comprend, on voudrait en faire autant, cependant, indépendance et conscience de cinéphilie, il faut boire jusqu’à la lie, il faut voir jusqu’au bout l’ineptie. Qu’arrive-t-il à Eli Roth ? Qu’arrive-t-il au cinéma américain ? Que nous arrive-t-il à nous, qui croyons encore au cinéma, pour mériter ça ? Death Wish (2018) constitue un cas d’école, un symptôme, un simulacre qui cristallise une grande partie de la modernité audiovisuelle, désignée ciné par abus de langage. À propos du pareillement léthargique Le Jardin du diable (Hathaway, 1954), Bernard Herrmann, fi de diplomatie, admettait pouvoir habiller le cadavre mais pas le ranimer : voici un métrage totalement inanimé, désincarné, exécuté, terme idoine, avec une absenc...