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Amérique authentique

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  Exils # 22 (19/02/2024) Au cinéphile Franck Près de vingt ans avant le travail remarquable d’Evans & Lange, où puiseront Steinbeck & Ford ( Les Raisins de la colère , 1940), voici cinquante-cinq photographies en noir et blanc, sans colorisation à la con (honte à Time ), documentant un temps d’avant des États-Unis désunis. Il ne convient pas encore de parcourir une grande nation en proie à la Grande Dépression, il s’agit déjà d’en donner à voir, comme en un miroir, une dimension dissimulée, non assumée. Le CV en accéléré de leur auteur, ensuite éclipsé à cause de successeurs majeurs, ne se départit d’une cruelle ironie : Lewis Hine, orphelin de père, empila les emplois classés non qualifiés, étudia la sociologie (et la philosophie), l’enseigna aussi, bossa pour des organismes d’ É tat ou pas, souvent se déguisa, un peu sa vie risqua, dans la presse estampillée populaire ou à l’opposé dans l’explicite et friquée Fortune publia, selon la publicité (pas seulement la sienne)

Zone morte

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  Exils # 21 (15/02/2024) Déjà responsable de l’ arty et risible Under the Skin (2013) – le fameux et freudien « continent noir » de la sexualité féminine relooké en tache d’huile, puits de pétrole pas drôle où périssent les prédateurs devenus proies, les féministes s’en félicitent, ça va de soi –, l’austère Glazer remet le couvert, telle la servante tétanisée, maltraitée, de la maudite maisonnée. De Scarlett Johansson, autant transparente que dans l’insipide pudding du Dahlia noir (De Palma, 2006), in fine transformée en Jeanne d’Arc en forêt, aux crématoires à concevoir, améliorer, jour et nuit utiliser (la mère de la mère s’en désespère, se carapate en catimini, laisse un mot cramé illico , occupation locale oblige), puis pendant l’épilogue interpolé contemporain, sis au musée malsain, astiquer en silence et au féminin, en rime à l’hygiénisme de la funeste famille – baignoire miroir, car les os à l’eau, ça salit, la baise d’une prisonnière rousse pas farouche aussi, alors

La vie est un (men)songe

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  Exils # 20 (13/02/2024) À Catherine, comme une rime Ozawa plus ne dirigera, mais l’ami Murakami survit. Il se désirait scénariste de ciné ; le cinéma plusieurs de ses textes adapta. Dans Abandonner un chat : Souvenirs de mon père , récit biographique et traumatique, ni hagiographique ni nostalgique, sis ainsi quelque part, nul hasard, au croisement émouvant de La Harpe de Birmanie (Ichikawa, 1956) et du Vent se lève (Miyazaki, 2013), il cite au style indirect l’autobiographie de Truffaut, se souvient de séances du dimanche et fordiennes de westerns , de films de guerre en compagnie de son buvant vétéran de père, puisque les mélos mimis de Mizoguchi à lui-même minot interdit, seulement pour ses parents, Japon d’antan. En lisant l’édition à la fois graphique, anecdotique et illustrée, sur papier glacé, du titre précité, assortie des semblables de Birthday Girl , L’ É trange Bibliothèque , Sommeil , on découvre que l’écriture claire et obscure du romancier à succès fonctionne à

Les Yeux ouverts

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  Exils # 19 (07/02/2024) Des notices nécrologiques de diagnostics optiques : si le Ciel existe, l’actrice décédée dut s’en amuser, davantage s’en désoler. Mais ma mémoire, surtout pour un texte à sa mémoire, ne saurait se réduire à un regard (ni au truisme pépère d’une réplique simpliste de Prévert), désire y voir avant tout l’âme d’une femme a priori fréquentable, d’une artiste sous-estimée remarquable. Monica Bellucci le dit aussi, la beauté au fil des films et des décennies vite s’évanouit, à défaut se différencie, il faut presque patienter afin d’être redécouverte, réévaluée. Celle de Michèle Morgan (pseudonyme aux initiales dédoublées, au carré, à la Marilyn Monroe ou Michèle Mercier) n’empêche d’apprécier son talent évident, d’applaudir son indépendance, sa persévérance, de compatir à sa malchance en matière de (mariage) romance, malgré la tendresse offerte in fine par le fidèle Oury, oh oui. Elle refusa des rôles qui pouvaient lui apporter l’absolution, la consécration ? E

Bangui blues

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  Exils # 18 (05/02/2024) En RCA, jadis chez Bokassa, si tu souhaites étudier, au public préfère le privé, comme le dirait l’actuelle et indécrottable ministre de l’ É ducation hexagonale. À la fac un peu beaucoup patraque de la boueuse et populeuse Bangui, des fuites il faut faire fi, putain de pluie, coucher à quatre dans une chambre et à deux par lit, pousse-toi l’ami, se pointer à cinq heures du matin afin de se serrer en sardines au sein d’un simulacre d’amphi cafi. Les profs ? Ils pontifient en chemise rose, costard noir, montre maousse, ils pérorent à propos du capitalisme à bout de souffle, ouf, ils interrogent de manière rhétorique et comique, la classe se marre, les probables futurs licenciés au sujet de leur improbable future ruralité, cultiver ou se cultiver, ton choix à toi. Une universitaire altière aux airs un brin de mannequin prône l’optimisme, crois en toi, crois en la RCA. Question exams, quelque chose de morose se trame, des notes se baissent, des copies disparaiss

L’Odysseydou

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  Exils # 17 (29/01/2024) Voici la vie dure du pourtant prénommé Seydou. Commencé sur un sommeil malmené, à cause d’une sœurette guillerette à la perruque suspecte, de ses amies en chorale bancale réunies, l’ultime film du réalisateur des recommandables Gomorra (2008) et Dogman (2018), du dispensable a priori Reality (2012) se termine sur un plan presque poignant, visage souriant et larmoyant du capitaine d’opérette, repéré en pleine mer, surplombé par un sécuritaire hélicoptère, accord de contraires à la John Woo itou. Du rêve au réel, le prix à payer s’avère vite élevé, traversée du désert mortuaire et suspension en vraie-fausse prison incluses, comme si le Leone du Bon, la Brute et le Truand (1966) croisait la (dé)route du Pasolini de Salò ou les 120 Journées de Sodome (1976). « Naïf » adolescent de seize ans, dixit sa maman se démaquillant, de tout son cœur le recadrant, notre Candide du Sénégal ne songe qu’à se faire la malle, histoire d’aider la précitée, en sus de deven

Clair de terre à Maubeuge

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  Exils # 16 (18/01/2024) J’aime bien son âge et son visage, même si le premier lui déplaît, le second la dérange quand elle mange, pauvres corps que les nôtres, si vite endommagés, par eux-mêmes mis en danger. J’aime bien sa modeste blondeur et son grand cœur, altruisme sincère qui passe par le souci d’autrui, le bénévolat de surcroît. J’aime bien l’équilibre de sa voix et sa main parfois sur mon bras. J’aime bien son sourire et son rire, lorsqu’elle se moque gentiment des gens et d’elle-même idem . J’aime bien ses doigts fins, un peu peints, la douceur de son discret parfum. J’aime bien ses mots et ses textos, marcher à son côté. J’aime bien son adulte légèreté, de silhouette et d’esprit, quel contraste stimulant avec ma gravité, mon asymétrie. J’aime bien son caractère solaire, cependant capable de se mettre en colère, contre un voisin ou un propriétaire. J’aime bien sa curiosité culturelle et sa disponibilité naturelle. J’aime bien sa féminité attentive et ludique, davantage que v