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Le Bayou et le Trou

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  Exils # 221 (27/08/2026) Plus méconnu, sinon plus chaud, que le vrai-faux Nanouk l’Esquimau (1922), Louisiana Story (1948) ferait de Flaherty le maître désormais oublié, amnésie médiatique, usure des années, d’un cinéma ethnographique et fictif à la fois ? Preuve et démenti, il s’agit ici aussi d’une commande d’industrie, la Standard Oil de Rockefeller et compagnie(s) substituée aux fourrures (puis parfums) de renom de Révillon. La filmographie brève et dense, achevée avec Michel-Ange ( The Titan: Story of Michelangelo , 1950), douze titres en disons trois petites décennies, à sept reprises co-réalisés, par exemple par Van Dyke, Grierson, pareillement un pionnier mais écossais, Murnau (l’ultime Tabou , 1931) ou (Zoltan) Korda, incarne de manière claire cette double veine de vérité aventurière. Il semble possible de considérer Louisiana Story tel le testament (in)conscient de l’artiste, puisque le biopic du peintre et sculpteur relève davantage du (re)montage, se base...

Arielle d’Uxelles

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  Exils # 220 (26/08/2026) «  Alien Crystal Palace ressemble à un réussi ratage » écrivis-je en deux mille vingt. La contradiction peut encore qualifier Les Secrets de la princesse de Cadignan (2023). Aussi « commise de manière économique, filmée sans façon », cette adaptation de l’increvable Balzac, écrite par le fidèle Fieschi, met en abyme Honoré, pratique la caméra portée, survole en drone le domaine d’un « ami », aux intérieurs investis, pas envahis, par la modeste machinerie. Une quarantaine d’années après Carrière & Deray à la TV, revoici l’héroïne libre, gentiment misandre, qui accumule les amants immatures, les ruine avec le sourire, un soupir, avant d’aimer in extremis un écrivain puritain, toutefois « fouteur » de sa servante consentante, « hygiénisme » mécanique. La carpe et le lapin s’éloigneront ensemble au lointain, dos tourné, heureux, cachés, sous le regard guère goguenard de l’athlète des lettres de La Co...

Dans l’espace tout le monde vous entend chanter

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  Exils # 219 (16/07/2026) À l’ Odyssée selon Nolan, la salle provinciale de trois cents places ; à La Bohème haut dans le ciel, celle de cent vingt, depuis Sade & Pasolini nombre malsain. Tandis que les oisifs s’excitent sur la relecture ou l’imposture de l’Anglais assez surfait, ce cirque médiatique et idéologique épuise ou indiffère, s’en moque Homère, la captation du spécialiste Roussillon ne suscite nul sifflet, aucun quolibet, parmi les spectateurs en majorité âgés, genrés , d’une séance au compteur complet, gratuité d’été, zappe l’entracte, dure deux heures et s’adresse à l’œil, à l’oreille, au cœur. La mise en scène dite moderne, la manière volontiers outrancière de (dé)monter des classiques de la musique classée homonyme, le scandale tout sauf radical, adressé à un public privilégié, propriétaire d’un capital économique et culturel élevé, Bourdieu ne disait mieux, participent en effet du folklore opératique, en écho assourdi, entre gens de bonne compagnie , de...

Banalité du mâle

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  Exils # 218 (08/07/2026) L’ É trangleur de Boston (1968) et L’ É trangleur de la place Rillington (1971) établissent un diptyque criminel remarquable et remarqué. D’une décennie à la suivante, Fleischer fait fi du split screen et de la schizophrénie, remplace Curtis & Fonda par Attenborough & Hurt. À l’enquête policière puis l’expertise psychiatrique se substituent un portrait comportementaliste et impressionniste, la peinture d’une emprise et d’une culpabilité partagée, à l’écart du pacte incongru de L’Inconnu du Nord-Express . La volonté revendiquée de montrer sans démontrer, d’accompagner l’opacité, corrige la coda explicative de Psychose et prophétise Frenzy en beaucoup plus morose. Ce biopic presque tourné in situ , avant que Notting Hill ne devienne un quartier recherché, un symbole du romantisme au ciné, poursuit jusqu’à la claustrophobie le fameux kitchen sink realism de la production britannique au tournant des années 50-60. É crit par Exton, spécialiste...

Personne en or

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  Exils # 217 (07/07/2026) Dix ans avant Liz Taylor, la Fox en frémit encor, voici donc Rhonda Fleming, dans Le Serpent du Nil (1953), titre métaphorique et prophétique, piqué à Shakespeare (« Anthony » la surnomme « mon serpent du vieux Nil »), muni de misogynie, l’ È ve de la Genèse (pas celle de Joseph L.) valide. Comme ses consœurs Colbert & Leigh, filmées autrefois par DeMille & Pascal, l’actrice incarne une reine ancienne, selon les revêtements (coiffure, maquillage) et les sous-vêtements (soutien-gorge à la Sueurs froides ) de son temps. Ironie du sort et riquiqui du décor, ce péplum rempli de matte paintings à toponymes, de rideaux fluos destinés à dissimuler le vide du studio, tactique économique du pseudo-magicien d’Oz et ici mise en scène de sidérante souveraine, en partie dédié au capitalisme, ses séductions d’illusionnisme, possédait un budget vite deviné serré, bien loin de la prodigalité du très long métrage plus connu et précité. Un...

Sous le spotlight de Satan

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  Exils # 216 (02/07/2026) S’il ne saisit l’essence de la danse, immanence transcendante, souffrance élégante, érotisme technique, incarnation calligraphique, Staying Alive (1983), vilipendé, bienvenu, se soucie de salut. Pierre renia, Tony distance un passé à succès, au revoir au réalisme relatif de La Fièvre du samedi soir . En exil de Brooklyn, il aborde le Diable à Manhattan, qui lors du climax porte un costume écarlate, telle la contemporaine démone Lords ( New Wave Hookers ). Durant sa traversée des ténèbres bressoniennes, urbaines, un ange gardien lui tient la main, doté de blondeur, d’un cœur. Mais le triangle sentimental, mystique évite le manichéisme, car Jackie la compagne au travail voire au lit, car Laura l’héritière « importée d’Angleterre », excèdent le symbole, ni sainte ni salope. Première, ultime femme de sa vie, à laquelle il parle, reprend de sa tarte, visiteuse invitée, fierté affichée, la mamma ne condamne le « comportement » d’antan, l...

Bram Boner

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  Exils # 215 (01/07/2026) « The blood is the life, Mr. Renfield » dit Dracula au descendant dingo et puceau du « mangeur de mouches » ( idem l’identifie l’infirmier). Le sperme et le sang s’équivalant ? En tout cas pas au cours de l’exercice de style plus méconnu que le « communautaire » Blacula . Sorti un an avant la version romantique de Badham, Dracula Sucks (1978) ne démérite au niveau de sa direction artistique et photographique, même si sa musique ne rivalise avec celle de Williams. Doté de décors et de costumes soignés, le film souffre cependant d’un tournage semble-t-il souvent improvisé. La question anecdotique, rhétorique, de tripatouillages de montage mise à part, le cinéphile horrifique jamais entièrement ne s’égare : revoici le cirque gothique et la panoplie du comte de Transylvanie, certes délocalisés au sommet d’un désert et dans le tombeau d’un château made in USA . Pour l’époque, on penche vers les années trente, yellow cab ...