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Lily au lit

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  Exils # 200 (20/05/2026) D’un allaitement au(x) suivant(s)… Dans ses conversations avec French, Malle affirme : «  Black Moon est l’un de mes films les moins connus. Mais j’insiste toujours pour qu’il figure dans les rétrospectives de mes œuvres. Opaque, parfois maladroit, c’est le plus personnel de mes films. Je le considère comme un étrange voyage jusqu’aux limites de ce moyen d’expression qu’est le cinéma, et peut-être jusqu’à mes propres limites. » Il souligne l’influence de l’Alice de Lewis, de l’écriture automatique des surréalistes. Tramé au domicile rural du cinéaste, sans son direct, selon l’inspiration de l’improvisation, le conte initiatique revient vers le fantastique, après l’épisode William Wilson ( Histoires extraordinaires , 1968). Il anticipe La Petite (1978) et Alice ou la Dernière Fugue (1977), évoque Les Valseuses (1974), lactation d’occasion, se présente tel un rêve (carton d’introduction), rétif à la logique (cf. l’accroche du Festin n...

My name is Luka

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  Exils # 199 (19/05/2026) Après le speech de petit épicier du directeur du ciné (séance gratuite unique pour « raisons économiques », vive l’UE, « désolé » de n’avoir prévu en amont l’intervention avec l’interprète), le QCM de propagande européenne (« démocratie » de marquis), tu assistes en salle bondée (délocalisation de la programmation, passage de 300 à 120 sièges, dégagez recalés) à la projo adaptée (sous-titrage coloré) d’un premier film au titre programmatique. Succès multiprimé, Sorda (2025) « essentialise » façon LFI, aborde le thème de « l’identité » doté d’une finesse éléphantesque. Si le spectateur ne comprend, n’entend, ce que signifie être démuni de l’ouïe, la cinéaste scénariste et sœur de l’actrice manie la mise en scène « immersive », marotte de modernité dématérialisée, je ne reviens point sur le risible The Revenant . Donc plus de son, du bruit assourdi, réalité ouatée ou péniblement appareill...

Un livre, une ligne II

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  Les auteurs, les horreurs… La Reine des pommes /Chester Himes Drôle et féroce tour de force à New York + petit précis de sociologie lucide d’ insider de valeur Le Berceau du chat /Kurt Vonnegut Jr. Mosaïque apocalyptique très drolatique et pendant politique de La Conspiration des ténèbres      Un crime de notre temps /Pierre Moustiers Un justicier dans la ville gérontophile ? Récit très écrit de misanthropie sauvée par la paternité L’Orgie suivi de 1933 fut une mauvaise année /John Fante Récits suivis d’une fictive autobiographie en famille, lucide et rapide, dramatique et drolatique L’homme qui marche /Yves Bichet Petit roman insignifiant et bien-pensant, au titre trompeur, « oblatif » et très mélenchoniste      Les choses que nous avons vues /Hanna Bervoets Censure sur site + amour homo parano = conte caligarien bien conduit mais assez moralisateur

Limbes malingres

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  Exils # 198 (12/05/2026) Celles et ceux qui estiment misogyne un certain cinéma sud-coréen devraient visionner Limbo du protégé de To : une femme s’y fait frapper durant deux heures très étirées en longueur. Ceci ne suffit, il faut la faire violer, levrette ventre à terre parmi des poubelles et les cadavres de compagnes à la pelle, l’agresseur assassin crache au creux de sa main, lubrifiant substitué au célèbre beurre de Brando & Bertolucci, le tandem anathème du Dernier Tango à Paris (1972), désormais interdit. En 1926, cf. Le Fils du cheik , un fondu au noir servait d’étouffoir, circulez, rien à voir, tout imaginer, intime nausée. En 2021, on ne pratique plus cette pudeur-là, et la suprématie de moiaussi, on ne connaît pas, en tout cas à HK. Ce Cheang ainsi ressemble à une variante (rendue à la vie civile) de l’éprouvant Outrages (1989). Les femmes (se cament) souffrent ou enfantent, je pense à l’épouse du flic légaliste, si propre sur lui, les femmes souffriront pend...

La Danseuse et le Prince

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  Exils # 197 (11/05/20026) « I hope the desert is as romantic as it has been pictured » écrit la cousine Clara, l’Arlésienne du Sahara. En 2026, un tel exotisme, un tel sentimentalisme ne paraissent plus de mise, passent pour du racisme, du sexisme. Les blackfaces ne suffisent, voici venir un viol et revenir un enlèvement. Dans Le Fils du cheik (1926), Rudolph se dédouble, violente et ravit (signifié au carré) deux dames, Bánky choisie par lui, Ayres qui rempile pour lui faire plaisir. Valentino un beau salaud ? En somme un bel homme, acteur de valeur valant davantage que son mythe médiatique, sa péritonite imprévisible. Le succès suivant souvent le (juvénile) décès, cet item ultime, impossible à produire et presque à distribuer aujourd’hui, représente une réussite (économique et critique) et une surprise, irréductible à une romance désertique. Le film bénéficie des talents évidents du directeur de la photographie (Barnes éclaire par la suite le diptyque Rebecc...

Rappelle-toi Barbra

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  Exils # 196 (06/05/2026) La blondeur de Redford, le strabisme de Streisand, la musique de Hamlisch, les rimes des Bergman, un play-boy en uniforme (et en forme), une passionaria toujours là (où il ne faut pas), le Scope de Pollack, un zeste de Fitzgerald, sans omettre le communisme (à la sauce US), le maccarthysme ( made in Hollywood), la judéité (donc les WASP en reflet) : si tout ceci ne vous suffit, rajoutons des allitérations ( The Way We Were devenu en français Nos plus belles années , clin d’œil cinéphile aux Plus Belles Années de notre vie (1946), aperçu ici sur une marquise), deux Oscars mélomanes, un casting choral impeccable (mentions spéciales à Chiles & Woods, charmants, attachants), Chayefsky, Coppola, Trumbo (non crédités, OK) au scénario, dû en définitive à l’ insider (autobiographique, sinon sociologique) Laurents, l’auteur de La Corde (1948), Vacances à Venise (1955), du musical West Side Story , l’éminente monteuse (aussi « superviseuse...

Vingt-quatre heures de la vie d’un homme

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  Exils # 195 (05/05/2026) Model Shop (1969) ou la perte : le protagoniste perd donc deux dames, sa voiture vintage , sa vie civile ; le cinéaste perd une équipe, l’ensemble se ressent de la disparition de Coutard, Rabier & Cloquet à la direction de la photographie, d’Evein aux décors, de Legrand à la musique. Le rêve américain du Français ne relève du « cauchemar climatisé » mais de l’échec diégétique et esthétique, Demy délivre un road movie immobile, qui patine, vide d’élan, sans carburant. Et cependant voici exactement où se situe sa réussite, dans sa capacité à portraiturer un dilettante en définitive plus proche d’Antonioni, autre architecte, que de Fitzgerald et ses « magnifiques » anti-héros au bout du rouleau. Démissionné de son plein gré, concevoir des « tuyaux de gaz » le gave, sous peu appelé sous les drapeaux, mauvaise nouvelle de San Francisco, George végète, fume des cigarettes, met la main sur un mannequin, « modè...