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Bon numéro

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  Exils # 208 (16/06/2026) Le cinéma, art des visages et des voix, Cassavetes & Chion ne le nieront, une histoire de ces films-ci reste à écrire, importance du sens de l’ouïe et du récit, donc du son, a contrario du raccourci d’un usinage d’images. La technologie phonique, radio ou téléphone, cristallise en faisceau femmes, confidences et surtout fantômes, sinon fantasmes, car les ondes désincarnent la parole, donnent accès à un autre monde, voire une autre montre, accessoire à la fois vital et dérisoire de The Phone Call (2013), donnent à entendre l’intime et l’invisible. Après Barbeau ( Fog ) et Viard ( Parlez-moi de vous ), voici Hawkins lectrice puis secouriste. Bonnet rose, manteau marron, la jeune femme apprend son prénom à l’interlocuteur rempli de « peur », baptisé Stanley, pseudonyme en rime au Kubrick de Shining , même item de présences puissantes, doté itou d’un happy ending davantage ironique. Abribus British ou centre de crise, il s’agit d’agir as...

L’Homme qui n’en savait pas assez

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  Exils # 207 (15/06/2026)   Une vingtaine d’années avant La Maison du docteur Edwardes , Les Mystères d’une âme (1926) relève de l’enquête existentielle autant que promotionnelle. Le sous-titre « film psychanalytique » indique assez de quelle méthodologie il s’agit, tandis que le métrage se livre en définitive à une lecture réflexive de ses propres images. Si le psy de service et complice ne reçoit qu’autour de midi, l’ item muet exhumé dure moins d’une heure et demie, le temps de donner à comprendre au spectateur de quoi il retourne, de quoi ce fameux et fumeux « refoulé » se fait, à savoir un cas sympa puisque sans crime de jalousie maladive, associé illico à une « phobie des couteaux », ustensile of course phallique ou homo molto. Tout ceci, souvent risible, mention spéciale à la séquence onirique et optique, qui déploie les farces et attrapes d’un symbolisme patraque, aussi scolaire que celle de Dalí aux sports d’hiver, évoque une sorte d...

Escape the film

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  Exils # 206 (11/06/2026) Escape the Field (2022) ressemble d’abord à un épisode de Lost puis rappelle encor Predator . Ce survival se situe dans un champ immense, à faire paraître riquiqui celui des Démons du maïs . Une série de six personnages presque ou plutôt point pirandelliens essaie donc d’échapper à son destin, au terrain malsain du titre topographique. Échantillon Benetton, la troupe d’entourloupe se retrouve sans savoir pourquoi piégée par un jeu de piste sinistre, « puzzle » aux allures et à l’usure de cercueil, moins sado que Saw . Le téléfilm infime comporte de modernes tropismes, à savoir un féminisme complice et un lesbianisme en sourdine. En dépit des épis « pourris », fi de Faulkner, de sanctuaire, voici un insaisissable cimetière circulaire, fuir se réduit à revenir, ponctué d’épouvantails capables d’injecter au soldat dépressif un produit écarlate, autant que les yeux du malheureux, démonstration de possession dont une scène de générique...

L’Année du boulet

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  Exils # 205 (09/06/2026) Au siècle passé, dans les studios de Dino, Rourke combattait John Lone selon L’Année du dragon . Beaucoup d’eau coula sous les ponts des nations et du cinéma, l’acteur quasiment méconnaissable revint vers la lumière pour The Wrestler puis Expendables : Unité spéciale . Presque une trentaine d’années après, le voici à son tour vêtu de blanc, tel l’antagoniste américano-asiatique de jadis, à l’instar du soutien-gorge contradictoire de Janet Leigh, dress code de Psychose , mise en évidence de coupable innocence. Le Malik de Mickey ne s’occupe de cocaïne et de racket , incarne avec un couteau (les psys apprécient) un « opportuniste » épris de pédérastie à la Gide, « souille tout ce qu’il touche » lui crache au visage le sicaire amer, lui-même habillé en blanc, couleur de deuil en Orient, tueur doté d’un cœur – pas de mal fait aux enfants ni aux dames, pitié fatale style Scarface – et canaille munie d’une morale musulmane, peu po...

Moschitto Coast

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  Exils # 204 (03/06/2026) Si, comme on dit, les bonnes intentions servent de pavage infernal, une bonne action peut vite s’avérer fatale. Hors corridor façon Fuller, bambin malsain à la Bava, ce Schock (2023) homonyme de tandem germanique en fait une démonstration démunie de dérision. L’ensemble souffre certes du syndrome Rosetta , caméra portée dans le dos du anti-héros en veux-tu en voilà, s’étire de pire en pire, rien ne révolutionne et de trop beau n’ambitionne. Il se suit cependant sans déplaisir, soigne assez ses personnages du « deuxième sexe », surtout la sœur, elle-même (in)soumise au malheur, prise au piège du déni des activités du mari et in fine d’une fusillade d’habitacle. Pour escorter cette descente effectuée par paliers vers une perte ultime et définitive, celle de l’âme, messieurs-dames, après d’autres personnelles et professionnelles, la bande-son esquive la fameuse performance de Keith Jarrett et se compose de techno teutonne – cancer à Cologne...

La Poule et l’Œuf

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  Exils # 203 (02/06/2026) Après J’ai épousé une extra-terrestre et La Mutante , voici donc un troisième alien blond, le même couple en (dé)route de Festen . Visiteuse venue de l’espace et mante religieuse anthropophage, en quête d’empathie paraît-il caractéristique de l’espèce bipède, chez elle règne la guerre, l’extermination à l’horizon, la remplaçante inquiétante, émouvante, prend possession d’un corps à l’abandon, endormi, en catimini, sorte de luciole louche pénétrant par la bouche ; plus tard, les petits passagers du car ouvriront la leur de stupeur, O collectif de cri mutique. Si les crayons du psy de service relèvent de la compulsion, celui de la vraie-fausse suppléante ressemble à un morne métronome, au battement inclément d’un temporalité entre parenthèses, projet européen et parisien balèze, qui s’arrêtera et reviendra en arrière, seconde chance laissée à la classe dans l’impasse, photographique et prophétique. Derrière le divertissement assez amusant, destiné ...

Mémoire d’outre-tombe

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  Exils # 202 (28/05/2026) Roman mineur d’auteur majeur ? L’écourtée carrière de la réellement regrettée Mo Hayder se termine donc sur Crâne d’os , traduction quelque peu trahison du moins pléonasmique Bonehead . Le lecteur va découvrir finalement cette « tête de squelette » recouverte de film alimentaire, comme si en écho à Bacon son compatriote, il fallait défigurer la prostituée droguée, apeurée, aveuglée, comme si l’évanouissement du visage obsédant permettait de s(t)imuler au présent les outrages du passé formulé, fantasmé. Sur fond de « féminicide » et de nécrophilie pseudo historiques se déroulent en montage alterné une étude de l’inquiétude, l’observation pleine de compassion de la façon dont (dys)fonctionnent les représentations, les « légendes urbaines », anciennes ou modernes, modèlent et révèlent les vérités de la communauté. La romancière revisite ainsi à sa manière Eliade & Shyamalan, spécialistes du mythe et du dessillement. L...