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Petite paysanne

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  Exils # 183 (24/03/2026) Souvenirs goutte à goutte (1991) se termine par un faux départ, une marmaille et des retrouvailles, conclusion en chanson, variante locale de la métaphore de The Rose , immortalisée naguère par Bette Midler. Comme jadis Janis Joplin, modèle du Rydell, la benjamine atteint ses vingt-sept ans, n’appartient cependant au sinistre club homonyme. Pas d’alcool, de drogue, de rock’n’roll , surtout de sexe : la vieille fille juvénile affiche une santé, une sociabilité à l’opposé de la chanteuse rocailleuse. Une dizaine de jours de vacances et la revoici au pays de son enfance, à la campagne estivale, solaire et solidaire, après les espaces plus contrastés, les milieux moins apaisés de l’école et de la famille. Au lieu de tenir un micro, la gosse point portée sur les oignons rêve des tréteaux, vocation éphémère vite contrariée par le père, homme en kimono guère rigolo et qui la baffa une seule fois, on (re)pense à Isabelle & Lino fissa ( La Gifle , 19...

Un secret à croquer

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  Exils # 182 (19/03/2026) Badalamenti au générique, une Amérique historique et satirique, un placard ajouré piqué à Blue Velvet (1987) et une (a)normalité tourmentée : Parents (1989) ressemble en surface à un film de Lynch, mais il s’apparente en profondeur à Miller ( La Classe de neige , 1998). Prisonnier du célèbre « cauchemar climatisé », ce Petit Poucet made in USA fait les siens, fait des siennes, préfère se coucher que toucher aux repas carnés, cuisinés jusqu’à la nausée, servis à satiété. Si une saucisse paraît s’enrouler autour de son cou tel un serpent, son lit soudain se transforme en mare de sang, tandis que le même liquide dégouline illico d’un frigo. Quant à la cave, espace obscur à la clarté symbolique, les psychanalystes ne le contredisent, elle rappelle celle de La Nuit du chasseur (1955), autre conte d’ Americana , d’enfance en fuite, de survie pervertie. Michael porte le prénom d’un tueur de dragon, terrasse à sa manière incendiaire l’ogre ...

Couronne ou Caroline

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  Exils # 181 (17/03/2026) Un p’tit truc en plus multiplie les « putain » ; Le Voyage fantastique de Sinbad (1973) accumule les « Allah ». Cet islam de nocturne conte oriental arbore des Arabes aux yeux bleus. Le féminisme s’y affiche, affranchissement confiant, traversée partagée du tumulte occulte, in extremis mariage à l’écart du pouvoir, puisqu’un « roi jamais libre » en définitive, a fortiori d’épouser celle qu’il « prend plaisir (réciproque) à regarder ». Il convient d’ajouter que le voyageur et « voleur » conquiert le cœur (et le corps, et quel corps) de Caroline, qui relativise (dévitalise) toutes les connes couronnes. « La magie purge l’âme » mais l’amour aussi, sorcellerie laïque à laquelle le souple couple Law & Munro confère sans forcer un romantisme pragmatique, physique, mâtiné de respect, humoristique « s’il te plaît ». L’œil peint sur la paume de Margiana, trois ans avant Sur le glo...

Le Genre d’Angela

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  Exils # 180 (16/03/2026) Fameux pour son final, Massacre au camp d’été (1983) commence par une série de panoramiques fantomatiques, visite livide du lieu de l’intitulé, en septembre et à vendre. Le prologue au soleil introduit un accident d’adolescents, ski nautique fatidique, cadavre à la dérive sur le lac déjà sépulcral, gilet de sauvetage fissa renfloué à la surface, sinistre indice d’enfant défunt. Le survivant s’agitant demeure dos tourné, silhouette non identifiée. « Huit ans après », une tante médecin mais à demi démente fournit un faux certificat à son fils et à sa nièce. Voici donc Angela, calme gamine au mutisme traumatique, à dévisager la chipie de la chambrée, in extremis promise à subir le supplice d’un fer à friser enfoncé style Les Valseuses (1974), atrocité à oreiller, mur d’ombres portées. Avant cette vengeance vicieuse, à ravir le rêveur ou tueur sadique de Bret Easton Ellis, ces vacances s’apparentent à un petit martyre, pourtant pas autant sangl...

Cinéma de Papa

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  Exils 179 (11/03/2026) Au début de Kolkhoze , Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (197...

Marcel pastel

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  Exils # 178 (10/03/2026) Immersif (Minnelli), naturaliste (Pialat) ou onirique (Kurosawa), le cadre de la caméra, écho du tableau, d’une toile l’autre, portraiture van Gogh et sa peinture. Marcel et Monsieur Pagnol (2025) revisite aussi une vie, sous la forme d’un dessin animé documenté, plus solaire que crépusculaire. Au soir d’une existence, l’écriture à rebours antidote à l’absence, l’écrivain académicien se souvient, fait fi du four de Fabien . Au creux de l’éclairée obscurité d’un bureau sans chat ni oiseau, le cinéaste projette un film de famille de séance intime, y assiste le reflet rajeuni, compagnon de route à l’écoute du parcours au long cours, parfois les personnages l’aperçoivent. Sollicité par une certaine Hélène (Lazareff), médiatrice des lectrices d’ Elle , le dialoguiste rétif à se considérer romancier dispose donc de trois heures pour ressusciter le passé, puisque le coursier venu récupérer l’article oublié, les psychanalystes parleraient d’acte manqué, paraît ...

Sorcière sonore

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  Exils # 177 (05/03/2026) Mère au volant, mort au tournant, celle d’un cerf, liquidé en ligne droite, chaussée mouillée, conductrice inattentive, mauvais « signe ». Pas de délit de fuite grâce à sa fifille, indocile plutôt que prodigue, mais pare-brise abîmé de son côté, motif de toile d’araignée, repris ensuite durant l’enfance, jeu joyeux à deux, mains et laine en tandem , à l’âge adulte, endeuillé tumulte, pendant la mise en espace des sons de la maison. En 2007, Émilie Dequenne (ré)écoute donc Ludmila Mikaël, démolie à domicile ; en 2026, on (ré)entend l’attachante actrice, décédée en mars dernier. Le cinéma comme art funéraire, la cinéphilie forme de nécrophilie. Doté d’un titre impératif et programmatique, É coute le temps reprend la profession de Blow Out (De Palma, 1981) et récupère l’installation de Spider (Cronenberg, 2002). Construit en boucle bouclée, accident au carré, au présent, au passé, animal en rime, sous la pluie et sous le soleil, le premie...