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Dans l’espace tout le monde vous entend chanter

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  Exils # 219 (16/07/2026) À l’ Odyssée selon Nolan, la salle provinciale de trois cents places ; à La Bohème haut dans le ciel, celle de cent vingt, depuis Sade & Pasolini nombre malsain. Tandis que les oisifs s’excitent sur la relecture ou l’imposture du très surfait Britannique, s’en moque Homère, ce cirque médiatique et idéologique épuise ou indiffère, la captation du spécialiste Roussillon ne suscite nul sifflet, aucun quolibet, parmi les spectateurs majoritairement âgés, genrés, d’une séance au compteur complet, gratuité d’été, zappe l’entracte, dure deux heures et s’adresse à l’œil, à l’oreille, au cœur. La mise en scène dite moderne, la manière volontiers outrancière de (dé)monter des classiques de la musique classée homonyme, le scandale tout sauf radical, adressé à un public privilégié, propriétaire d’un capital économique et culturel élevé, Bourdieu ne disait mieux, participent en effet du folklore opératique, en écho assourdi, entre gens de bonne compagnie...

Banalité du mâle

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  Exils # 218 (08/07/2026) L’ É trangleur de Boston (1968) et L’ É trangleur de la place Rillington (1971) établissent un diptyque criminel remarquable et remarqué. D’une décennie à la suivante, Fleischer fait fi du split screen et de la schizophrénie, remplace Curtis & Fonda par Attenborough & Hurt. À l’enquête policière puis l’expertise psychiatrique se substituent un portrait comportementaliste et impressionniste, la peinture d’une emprise et d’une culpabilité partagée, à l’écart du pacte incongru de L’Inconnu du Nord-Express . La volonté revendiquée de montrer sans démontrer, d’accompagner l’opacité, corrige la coda explicative de Psychose et prophétise Frenzy en beaucoup plus morose. Ce biopic presque tourné in situ , avant que Notting Hill ne devienne un quartier recherché, un symbole du romantisme au ciné, poursuit jusqu’à la claustrophobie le fameux kitchen sink realism de la production britannique au tournant des années 50-60. É crit par Exton, spécialiste...

Personne en or

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  Exils # 217 (07/07/2026) Dix ans avant Liz Taylor, la Fox en frémit encor, voici donc Rhonda Fleming, dans Le Serpent du Nil (1953), titre métaphorique et prophétique, piqué à Shakespeare (« Anthony » la surnomme « mon serpent du vieux Nil »), muni de misogynie, l’ È ve de la Genèse (pas celle de Joseph L.) valide. Comme ses consœurs Colbert & Leigh, filmées autrefois par DeMille & Pascal, l’actrice incarne une reine ancienne, selon les revêtements (coiffure, maquillage) et les sous-vêtements (soutien-gorge à la Sueurs froides ) de son temps. Ironie du sort et riquiqui du décor, ce péplum rempli de matte paintings à toponymes, de rideaux fluos destinés à dissimuler le vide du studio, tactique économique du pseudo-magicien d’Oz et ici mise en scène de sidérante souveraine, en partie dédié au capitalisme, ses séductions d’illusionnisme, possédait un budget vite deviné serré, bien loin de la prodigalité du très long métrage plus connu et précité. Un...

Sous le spotlight de Satan

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  Exils # 216 (02/07/2026) S’il ne saisit l’essence de la danse, immanence transcendante, souffrance élégante, érotisme technique, incarnation calligraphique, Staying Alive (1983), vilipendé, bienvenu, se soucie de salut. Pierre renia, Tony distance un passé à succès, au revoir au réalisme relatif de La Fièvre du samedi soir . En exil de Brooklyn, il aborde le Diable à Manhattan, qui lors du climax porte un costume écarlate, telle la contemporaine démone Lords ( New Wave Hookers ). Durant sa traversée des ténèbres bressoniennes, urbaines, un ange gardien lui tient la main, doté de blondeur, d’un cœur. Mais le triangle sentimental, mystique évite le manichéisme, car Jackie la compagne au travail voire au lit, car Laura l’héritière « importée d’Angleterre », excèdent le symbole, ni sainte ni salope. Première, ultime femme de sa vie, à laquelle il parle, reprend de sa tarte, visiteuse invitée, fierté affichée, la mamma ne condamne le « comportement » d’antan, l...

Bram Boner

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  Exils # 215 (01/07/2026) « The blood is the life, Mr. Renfield » dit Dracula au descendant dingo et puceau du « mangeur de mouches » ( idem l’identifie l’infirmier). Le sperme et le sang s’équivalant ? En tout cas pas au cours de l’exercice de style plus méconnu que le « communautaire » Blacula . Sorti un an avant la version romantique de Badham, Dracula Sucks (1978) ne démérite au niveau de sa direction artistique et photographique, même si sa musique ne rivalise avec celle de Williams. Doté de décors et de costumes soignés, le film souffre cependant d’un tournage semble-t-il souvent improvisé. La question anecdotique, rhétorique, de tripatouillages de montage mise à part, le cinéphile horrifique jamais entièrement ne s’égare : revoici le cirque gothique et la panoplie du comte de Transylvanie, certes délocalisés au sommet d’un désert et dans le tombeau d’un château made in USA . Pour l’époque, on penche vers les années trente, yellow cab ...

Shawn of the Dread

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  Exils # 214 (30/06/2026) « Body first, brain later » affirme au toubib sa petite amie au lit. Mais Sometime Sweet Susan (1975), au-delà d’une allitération de bon aloi, à l’unisson de celle de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song , ne manque d’intelligence, ne prend le public pornographique pour un imbécile, moins encore un porc. Commencé, terminé entre les murs immaculés d’une clinique psychiatrique, le mélodrame médical ne se limite à un cas d’école, à la « libération de (par) la parole ». Il s’agit d’un exercice de style lucide, où le fameux « retour du refoulé » recouvre in extremis le monde de son ombre, réduit le doc et le boss à des fantômes en voix off , mise en abyme en sourdine du spectateur very voyeur, coda cadenas de prostration dépressive et mutique de la victime. Comme un contre-coup du féminisme, on violait assez durant les seventies , en tout cas au ciné, je renvoie vers mon thématique essai. L’œuvre renverse la chronologie d’ Un j...

À travers le mouroir

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  Exils # 213 (29/06/2026) « There is evil in this house » affirme l’anti-héroïne, mais Through the Looking Glass ( Femme ou démon en France, 1976) ne revisite l’imagerie de la maison hantée, même si le mari visite un chantier, la pièce suspecte, interdite à l’adolescente, à Barbe-Bleue on repense (clé incluse), se situe au grenier, endroit à risque depuis L’Exorciste . Le titre, deux répliques, la tea party certes citent l’ Alice de Lewis, toutefois ce film surtout fantastique, un peu pornographique, épouse (obsédée, possédée) davantage le sillage de The Devil in Miss Jones , déjà éclairé par l’habile « Harry Flecks » (Arriflex), jeu de mots de Damiano. Cet Enfer reflétait Sartre & Stoker : infernale altérité insensible à Spelvin, mise en abyme en rime à Renfield – ici revoici Fellini (tendance Satyricon ) & Fulci (celui de L’Au-delà ). De l’autre côté du miroir se déploie un boschesque et grotesque désespoir, un rut ridicule (autofellation,...