Chut chère Charlotte
Exils # 184 (31/03/2026) Adorno déclarait la poésie impossible à la suite d’Auschwitz : le recueil de Delbo le contredit, démontre en douceur oppressant le cœur que l’on peut (d)écrire l’indicible, formuler « l’in-nommé », ramener des images du voyage vers l’inimaginable. Dépecée jusqu’à l’os, délestée de pathos, sa mise en mots lyrique de « la plus grande tragédie » séduit par ce qu’elle (re)dit, par ce qu’elle tait, ce que la rescapée seule connaît, connaissance d’exil, à rendre « inutile » celle du monde au-delà du camp, aux curieux « méticuleux » ou amoureux à peine vivants, incapables de comprendre, d’écouter vraiment, donc questionnant. Si la survivante de Ravensbrück mis vingt ans à publier le récit de sa déportation, au titre explicite, Aucun de nous ne reviendra , nul étonnement, uniquement la « détermination » de la modestie, de l’inactualité, du livre rédigé pour durer, à l’opposé de l’amnésie du jour...