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L’Homme aux yeux d’argent : Trintignant, tout le temps

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  Nonagénaire doux-amer, tendre et vénère… À la mémoire de Gaspard On retrouve souvent Trintignant sur mon miroir dérisoire et déterminant, disons donc au détour de Amour (Haneke, 2012), Été violent (Zurlini, 1959), La Femme du dimanche (Comencini, 1975), Les Pas perdus (Robin, 1964), récemment de Club de femmes (Habib, 1956), Trans-Europ-Express (Robbe-Grillet, 1967), Et Dieu… créa la femme (Vadim, 1956), Le Fanfaron (Risi, 1962). La filmographie de Jean-Louis associe ainsi, sur six décennies, la France à l’Italie, la présence à l’absence, le nombre à l’ombre. Il existe un mystère Trintignant, comme l’énigme intime d’un comédien, acteur, homme immanent, distant, d’un survivant au milieu mais en même temps à la marge de son temps, endeuillé doublement, durablement, médiatiquement. Aucun parent ne devrait avoir à enterrer ses enfants, ce que fit Jean-Louis, époux de Nadine, père de Marie & Pauline. Auparavant, son propre paternel passa par les Baumettes, sa mère sub

Dimanche d’août

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  Un métrage, une image : Le Fanfaron (1962) Il sorpasso commence comme Caro diario (1993), Rome nécropole, travelling avant de véhicule en mouvement. Si Moretti partait en pèlerinage auprès de Pasolini, Risi, covoituré avec Maccari & Scola, creuse la fosse, voire le ravin, du fameux miracle économique italien. L’étudiant Trintignant croise donc la (dé)route du grand adulescent Gassman, tandem de mecs modèle des mêmes ( Parfum de femme , 1974 Le Fou de guerre , 1985). Assis à la place du mort, à côté du matamore, il finit dans le décor, ersatz en extase de Werther le suicidaire. Matrice apocryphe du Easy Rider (1969) du connaisseur Hopper, autre road movie masculin, encore moins serein, désenchanté, à succès ; satire sociale à base d’hédonisme, d’infantilisme, de cynisme, de racisme, de nostalgie du fascisme, de capitalisme assumé, de vide et de vulgarité, de petite bourgeoisie rurale et rassie, cheveux détachés, rattachés, d’un soupçon d’homophobie, de vitesse e

Cavale vitale : Un croquis de Cathy

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  Rebelle ? Rouvel. Fille facile ? Interprète intrépide. Star sudiste ? Soleil à domicile… Actrice et comédienne, on s’en fiche, on discerne, Catherine Rouvel toujours alterne le ciné, la scène. Elle naît à Marseille, moi-même idem , elle ne représente pourtant, via la vie, en l’écran, l’on ne sait quelle Provençale provinciale dépeinte depuis la pseudo-capitale, pas davantage, case d’occase, une égérie régionale. S’il convient de la caractériser, de lui procurer un pedigree , adoptons la tactique de l’onomastique, disons donc qu’elle porte un nom de naissance ad hoc , puisque la belle s’appelle en vérité Vitale, patronyme de mouvement, de tempérament, de non-renoncement. La vitalité de l’intéressante intéressée s’incarne d’abord au creux de son corps, outil à la fois intime et expressif de sa profession d’éphémère ou filmée s(t)imulation. Les courbes d’une juvénile Catherine, vingt printemps d’antan, de tout le temps, convient Renoir à l’inviter au Déjeuner sur l’herbe (1959), c

Le Grand Alibi

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  Un métrage, une image : Témoin à charge (1957) Les dix dernières minutes de tumulte du succès cinématographique issu d’un succès scénique accumulent les coups de théâtre, logique esthétique, symbolique, a fortiori réflexive, puisqu’il s’agit aussi, en sus de Christie transposée par Billy, d’une fable affable sur l’art d’interpréter, par conséquent de (se) tromper. Dans Le Grand Alibi (Hitchcock 1950), déjà   avec Dietrich, encore une histoire d’actrice, le vrai coupable mentait dès l’orée ; dans Witness for the Prosecution , les amants (se) mentent tout le temps, jusqu’à l’ultime moment. Quant au Procès Paradine (Hitchcock, 1947), toujours avec Laughton, il carburait par avance à la culpabilité avérée, décuplée, au triolisme assumé. Cependant Wilder, a contrario du confrère, qu’il classait en spécialiste supérieur du suspense , étiquette suspecte, simplette, Chabrol & Rohmer s’en désolèrent, ne succombe au catholicisme, ne se soumet à l’illustrative servilité, es

The Card Counter : Une chance sur deux

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  L’existence, la Providence, l’âme, la Grâce… Schrader (re)fait du Schrader, rien de révolutionnaire, ses préoccupations morales – le Bien, le Mal, la punition, la rédemption – peuvent déplaire, cependant il s’avère à tout instant assuré, sincère. Le cinéphile familier des fondamentaux affichés autrefois via Taxi Driver (Scorsese, 1976), Hardcore (1979), American Gigolo (1980), Mishima (1985) ou récemment First Reformed (2017), ainsi se (re)trouve vite en terrain (re)connu, presque convenu, aux cadres au cordeau, au rythme mesuré, à l’autarcie ouatée. Casinos écumés illico , tourmenté molto, mobilier de motel empaqueté comme Christo, sa vengeance surgelée cédée à (Monte-) Cristo, « William Tell » essaie de se semer lui-même, pas de bonne pomme à transpercer, de pouvoir à renverser, plutôt un gros fardeau à porter, à se tatouer, à s’imposer, une modestie de mise et de mises, jusqu’à la rencontre avec un fils juvénile, endeuillé, déboussolé, guère cultivé, très décidé à fair

Banco

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  Un métrage, une image : Casino : No Limit (2008) Le descendant de Dorcel, DG + VRP du petit empire de son papounet, disait jadis à LCI « poursuivre un triple objectif qualitatif », impératif d’un film « attractif pour le plus grand nombre et pour toutes les générations – pour cela, il ne doit pas être répugnant, ni bidon, ni ridicule », comment veux-tu, si tu recules… Le fric ici s’affiche, objet-sujet d’économie libérale, non plus libidinale, de logique commerciale, comptable, de voyage estival : 230 000 euros de budget , 2 h 30 de durée, 14 actrices, 12 scènes classées X, distribution à l’unisson dans 56 pays, en sus (moi bien) d’une projection à la presse et de communication numérique un zeste, Ibiza, on y reva, de longues années après More (Schroeder, 1969), d’accord. Tout ceci sert à financer du locatif, par exemple yacht et villa , voilà, production values de parvenus, diégétiques, cinématographiques, se verra réutilisé selon d’autres bandes sans doute autant débandantes

Casino : No Limit

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  Un métrage, une image : Et Dieu… créa la femme (1956) Trintignant, acte II : dans Trans-Europ-Express (Robbe-Grillet, 1967), il étranglait, obsédé, Marie-France Pisier ; onze ans plus tôt, Bardot mettait le jeunot KO , comme Curd (Jürgens) & Christian (Marquand), le public et le politique, le populaire et l’universitaire, Barhes, pas à Saint-Barth, s’en empare dare-dare. À vite voir cela, une persona déjà là, ludique et pudique nudité acidulée, danse exotique d’éden sudiste, chienchien + lapin taquin de SPA, on peut se demander pourquoi. Fallait-il que la France, ne parlons pas du puritanisme américain, hein, se sente corsetée, surtout au sein du ciné, de sa sexualité, pour réserver pareil accueil au véhicule minuscule de Madame Vadim, lui-même d’ailleurs mari délaissé au profit de Jean-Louis, vie imitant l’art et tutti quanti. Épaulé par le régulier Raoul Lévy, La Vérité (1960) de Clouzot il produisit aussi, conforté par le fric de la Columbia, CinemaScope inclus, muni du