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La Parenthèse désenchantée

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  Exils # 228 (16/09/2026) Du rêve américain au rêve adultérin, il suffit d’un film dans le film, d’un tournage, d’un outrage, d’un rendez-vous relou. Ouvert sur un vumètre, terminé sur un tarmac, Un homme qui me plaît dialogue donc avec Model Shop (le couple sur la route et en déroute visite en vitesse un gun shop ), annonce le glamour morose d’ In the Mood for Love . Même si ici l’on consomme, les lits on compte et collectionne (on y téléphone aux proches, on y prend un petit-déjeuner jugé léger, on s’y observe en silence), rien ne naîtra du passage à l’acte patraque, sinon le mensonge supplémentaire d’un « tricheur » et d’un « lâche » sincère, le Concerto pour la fin d’un amour du fidèle (lui) Francis, déployé en coda sur la face de Françoise, Pénélope d’aéroport privée d’Ulysse à Nice. Dans Valley of Love , Depardieu & Huppert, père et mère, voulaient revoir leur fils, exil d’épiphanie ; Belmondo & Girardot souhaitent semer leurs propre...

Le Frère et L’Enfer

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  Exils # 227 (15/09/2026) Prends Petit paysan (Charuel, 2017), flanque-le de Fight Club (Fincher, 1999), tu obtiens donc Bisons (Monnard, 2024) ? Oui et non, car ce drame de désastre rural, castagne illégale, s’inscrit aussi dans le sillage d’ En fanfare (Courcol, 2024), comme si la fraternité, d’abord au propre, ensuite au figuré, constituait une intime utopie, face au factice et à la faillite des idéologies collectives. La famille, que tu la détestes ou que tu l’idéalises, tu la redécouvres toujours, tu y reviens un jour, tel Joël, plus fils prodigue mais héritier rejeté, par le père enterré renié, pitoyable taulard qui reparaît un soir, déplace sur le piano la paternelle photo. Après une journée bien remplie et réglée, s’entraîner tôt pour la compétition de lutte à l’horizon, s’occuper des bêtes honnêtes, notamment cette vache sur le point de mettre bas ou pas, puisqu’elle périra, prophétique trépas, se doucher tatoué, Steve rejoint la mère et le frangin, pas vrai...

Quand j’étais chanteuse

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  Exils # 226 (11/09/2026) De l’aspirine au champagne, en passant par le mousseux, du pâté à la perfusion, en passant par la piscine, Souvenir (Defurne, 2016), qui pouvait s’appeler Soutenir , dessine ainsi un double retour, celui du succès, celui de l’amour. Cela n’empêchera les élus, au sommet parvenus, de se traiter en aparté, en parité, de « pute pocharde » et « débile en short ». Quant au premier repas, dose de roses, homard hagard, l’installation de toilettes l’enverra aux oubliettes. Si Liliane se produit en EHPAD, « cinq cents euros de l’heure » pour rajeunir de vieux cœurs, ne rivalise avec des résultats sportifs, solitude scénique après la domestique, Laura séduit les jurés, les jurys , revient donc vers l’Eurovision, avant de s’égarer, de s’effondrer. À l’hôpital point fatal, Jean arrivé, Jean rassuré, le principe de réalité – question confirmation, promesse de ne jamais l’oublier – ne parvient à s’imposer, décomposer l’improbable romanc...

These Boots Are Made for Killin’

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  Exils # 225 (10/09/2026) Seule dans la nuit (1967) + Les Chiens de paille (1971) = Terreur aveugle ( idem ) ? Parlons de soustraction : plus de huis clos, d’héro, complicité de l’obscurité, chasse de guignol avec double viol, hécatombe par un spécialiste des nombres. Melville admiratif montra le premier à l’équipe du Cercle rouge (1970) ; Kael s’inquiéta du « fascisme » du deuxième. Méconnu, mésestimé, dépourvu de psychologie, rempli d’empathie, d’humour noir muni, l’exercice de style mérite sa mise en ligne. Si la cavalière hitchcockienne [1] ( Pas de printemps pour Marnie , 1964) voyait rouge, l’écuyère à la campagne ne voit rien, surtout le mal qui la (con)cerne. Le titre d’origine fait référence à la fameuse maxime des « singes de la sagesse ». Item anglais [2] tourné in situ , en compagnie d’acteurs et techniciens du cru, See No Evil possède donc une conscience des classes sociales, de la propriété privée, des propriétaires à pri...

L’Aurore et l’Horreur

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  Exils # 224 (07/09/2026) Aurora, l’étoile arménienne (Sahakyan, 2022) ne provoqua le tintamarre ni ne rapporta les dollars du mégalomane Nolan mais cette odyssée vaut la sienne, sinon la sème, mérite que l’on y revienne, mouvement imitant celui de l’héroïne, voire super -héroïne, portraiturée au carré, voire au cube, sans cesse et jusqu’à son décès priée de parler, ressusciter le passé, interpréter son propre rôle, de quoi vous épuiser, vous rendre folle (imposture lucrative, la psychanalyse repose sur un similaire ruminement). Du « génocide arménien » au « rêve américain », il suffit de survivre, fuir, s’enfuir, subir le pire, savoir le dire, le faire écrire, le simuler filmée. Adolescente, orpheline (admiratrice de Chaplin), « esclave sexuelle », émissaire nationale (salut au général), star d’un soir, anonyme guère amnésique, Aurora Mardiganian ne perdit point son temps, la réalisatrice du documentaire narratif, (ra)conté en voix off , ne nous...

Dernier (r)appel

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  Exils # 223 (03/09/2026) The Human Factor (1979) se termine sur le pendule du combiné téléphonique du générique (et de l’affiche) de Saul Bass, communication coupée, pendaison anticipée. Piégé « à l’insu de son plein gré », soumis à un mea culpa médiatique, l’espion anglais se révèle être un pion hanté, déplacé, dépassé par l’impact du simulacre démultiplié auquel il participait. On revisite ainsi, lestée d’une ironie davantage sinistre, moins exotique, la trame de Notre agent à La Havane , même si Graham Greene, a priori ami de l’irascible cinéaste, scénariste du discutable mais pas détestable Sainte Jeanne (1957, transposé d’une pièce de Shaw), n’apprécia cette adaptation (signée Stoppard, onze ans plus tard auteur de La Maison Russie de Schepisi d’après le Carré), d’ailleurs inédite en salles hexagonales et tournée sans budget (comme Coppola, Preminger s’autofinança). Plutôt que rappeler la coda doublement tragique de L’Espion qui venait du froid (Ritt, 196...

Pourvu qu’elle soit rousse

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  Exils # 222 (02/09/2026) 1963 : en ce temps-là, Michèle s’appelle Madeleine, cependant ne se dédouble ni ne débloque à la Hitchcock ( Sueurs froides , 1958), même si ce qui lui file le « vertige » relève aussi d’un trouble d’identité intime, puisque prénom de sa sœur décédée adoubé par Denys de La Patellière au lieu du Jocelyne d’origine, de quoi décupler la schizophrénie supposée de toute actrice (le cas Deneuve relève du deuil adulte, s’en écarte donc). Dans Symphonie pour un massacre , « exercice de style [qui] tourne à vide, manque d’humour », je m’autocite, « Mercier apporte un peu d’humanité », au côté d’un Auclair pas très clair, « mystifié » à l’instar des quatre autres pieds nickelés de Deray, Giovanni & Sautet. À la fin du film, veuve énervée, némésis déterminée, elle flingue le trop fort Rochefort, bien vite dans un triptyque d’ Angélique , se dénonce aussitôt, vitre de borne brisée, courage d’accusée. Avant la coda ...