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What a Feeling

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  La femme infâme, l’homme de maldonne, les gamins guère sereins…     L’an suivant, le disque de Reed en possédera cinquante ; le redécouvrir aujourd’hui équivaut à s’avérer à nouveau séduit, voire sidéré, via son indépendante radicalité, sa sombre beauté, son exigeante complexité. Certes exécuté par une certaine critique américaine, cependant certifié par les interprofessionnels industriels anglais, ainsi pas si maudit, en dépit d’un insuccès d’épicier, Berlin brille et illumine d’une lumière de ténèbres, manie la stimulante déprime de Jim, se termine de manière presque impossible, mantra épique de distance, sinon de renaissance, ironique, « chanson triste » tout sauf défaitiste. Plus proche de Pialat & Żuławski, ceux de Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) puis Possession (1981), que des Gainsbourg & Birkin (ou Bardot) de Je t’aime… moi non plus , ce mélodrame littéral, narré au moyen d’une acrimonieuse et jamais miséricordieuse perspective masculine, doté de motifs

L’Anglais

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  Silhouette ou quartette, musico et peut-être mec honnête… John Cameron composa donc une poignée de pièces assez irrésistibles de library music , exercice de style difficile, sinon stérile, dont un diptyque addictif, à la sensualité de « soleil liquide » et de céleste vocaliste seventies , en partie découvert jadis par votre serviteur via une publicité télévisée. Il ne céda cependant à la paresse de « rêveries oubliées à demi », jaillit du jazz , passa par la pop , s’occupa de comédie musicale, par exemple les increvables Misérables du tandem Boublil & Schönberg, se soucia aussi de classique. Collaborateur de Donovan, Hot Chocolate ou José Carreras, Cameron écrivit, conduisit et produisit ainsi, souvent avec discernement, pour le petit et le grand écran, signa en sus moult arrangements. Moins renommé que son compatriote, un autre John, Barry, en tout cas ici, il ne démérite néanmoins, prend sa place parmi une estimable liste, celle d’artistes britanniques à saluer, à ressusc

Devil Inside

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  Un métrage, une image : The Exorcism of God (2022) Ainsi depuis, plus je ne suis celui qui agit, mais le péché qui demeure en moi. Romains 7 :17   S’il cite le film de Friedkin le temps d’un plan indeed iconique, en reprend la paire d’experts, développe l’épilogue, contamination d’occasion, sacrifice bis , le métrage d’hommage et d’outrage s’exile de L’Exorciste (1973), aura trauma , possède, terme en contexte, une sorte de baroque espagnol, se situe au sein forcément et férocement malsain du désir, propice au pire. Il propose une réflexion en action, plus rosse que morose, au sujet de la pseudo-sainteté, qui bien sûr carbure à la culpabilité, élément essentiel de la religion chrétienne. Non démunie d’ironie, la démonstration des délicieux méfaits du démon s’achève au Vatican, où le relou père Peter, dépossédé de sa bonté, pas de sa désormais mauvaise foi, transfuge « héritier » d’une Terre d’âmes en peine peuplée, s’en va poser la première pierre d’un solaire Enfer, d’un r

Message personnel

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  CD de Circé ? Chiens loin des Deschiens… Écoute ceci, peuple insensé, et qui n’as point de cœur ! Ils ont des yeux et ne voient point. Ils ont des oreilles et n’entendent point. Jérémie 5 : 21 « Disponible dès le 22 septembre sur toutes les plateformes de streaming », avis aux aventuriers, Tu t’appelles comment comporte donc « 14 titres façon livre audio, collages, ambiance, philosophie de la vie et monologues », se décrit en « dialogue entre poésie et matières », ma chère. La petite Lili, pas celle de Miller, le bienveillant Brieuc, se répartissent les tâches sans outrages : à la muse insoumise la « voix » et le « texte », à l’artiste multiple la « production » et les « arrangements ». Fruit d’une décennie de « nuits de poésie », de voyages virtuels et réels de la Germanie vers l’Occitanie, le projet s’apparente à du pudique « strip tease », la pythie sudiste « d’abord enregistrée à l’insu » de son plein gré. Fasciné par une « figure hors du temps », séduit selon un « espri

Le Port de l’angoisse

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  Un métrage, une image : Frères (1929) Découvrons donc un « film allemand prolétarien », dont le générique aux personnages et acteurs anonymes, limités à des types, désigne un « Juif », fichtre. Dit ainsi, ça effraie fissa, toutefois Frères ne sacrifie ni au manichéisme, ni à l’antisémitisme, même orné, dès l’orée, d’une célèbre phrase d’un certain Marx. La lutte des classes commence par la glace (du calcul classé égoïste) que cassent les bateaux de Hambourg, capturés à contre-jour. En 1896, malaise, de maritime mélodrame familial à la fraternité au carré, au propre et au figuré, puisque deux fils s’y opposent et in extremis s’y rabibochent, à l’écart du casque boche, à pointe prussienne assez malsaine. Cinéaste attentif, historique scénariste, proche du SPD, ennemi et (in)soumis aux nazis, Hochbaum se base sur une vraie grève hivernale et générale d’exploités peu écoutés, payés 4,20 marks la journée, pour trente-six heures de très dur labeur, encadrés par un contremaître au comp

Le Sang des innocents

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  Le jeune homme et la mort, la joie d’abord, les traumas encore…   I am walking through Rome With my heart on a string Dear God please help me Morrissey Six ans suivant Rogopag (1963), revoici Godard & Pasolini ; la séquence de La Contestation (1969) paraît pourtant un prolongement du documentaire à base de montage La Rage (1963), coréalisé puis renié en compagnie du meilleur ennemi Guareschi. Comme dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Dieu prend la parole, mais avec Lui-même dialogue, car nul ne L’écoute, en tout cas pas le piéton pris en public presque surpris et précédé en travelling latéral motorisé. Tourné en été 1968, sillage de fameux événements du mois de mai précédent, le segment stimulant s’insère aussi au sein d’une anthologie au titre homonyme quasi , puisque l’on passe de La rabbia à Amore e rabbia . Situé, on le sait, du côté de la police prolétaire plutôt que de la bourgeoisie estudiantine révolutionnaire, le cinéaste acclamé, à scan

Camille redouble

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  Un métrage, une image : Le Mépris (1963) « C’est un film de Jean-Luc Godard », aussi ce voyage en Italie inverse celui de Roberto Rossellini (1954), propose un prologue à Pierrot le Fou (1965), adoube un blason sans toison bientôt développé dans Une femme mariée (1964), quand sa coda joue avec le souvenir du déjà italien et méta Quinze jours ailleurs (Minnelli, 1962). Bardot & Piccoli remplacent Bergman & Sanders, Michel en Marat s’amuse à singer le Dean Martin de Some Came Running (Minnelli, 1958), le couple plein d’entourloupe va voir au ciné le premier opus précité, Camille & Prokosch, in extremis et de manière moche, se cassent et s’encastrent au milieu d’un camion-citerne, accident de gisant annonçant Week-end (1967). Lang & Palance, Moravia & Homère, Delerue & Celentano, Ponti + la piaule de Malaparte, même de Demy un caméo en cabine de projo : tout ceci fait beaucoup, peut-être trop, la caméra de Coutard caresse des fesses et le reste, navigue