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Leçon de noirceur

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  Exils # 166 (04/02/2026) La révélation de la conclusion répond au carton de l’introduction : Ferré flic infiltré, ne vous droguez point et dormez bien, citoyens. Razzia sur la chnouf (Decoin, 1955) ne cède cependant à l’esbroufe, s’écarte du cadre moralisant à la Reagan, malmène en mineur l’image d’un acteur ensuite aux prises avec la dope de La Horse (Granier-Deferre, 1970). Dans la France du mitan des années cinquante, personne à notre connaissance ne parlait de narcotrafiquant, mais ce spécialisé sous-système de l’économie classée souterraine faisait déjà recette, alors l’exilé aux États-Unis, détail de biographie, retourne au pays, descend du ciel donc d’un avion, porte un imperméable à la Bogart & Melville, sert de guide d’enfer laïc, évoque vite Virgile, celui de la Comédie dite divine, car l’on sourit souvent durant le périple plus pathétique que didactique. Éléments étonnants ou peut-être pas tant, on y voit Ventura dévorer du bon jambon et une part de pâté...

Un homme à Rome

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  Exils # 165 (03/02/2026) Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’ alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient...

Mission Maman

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  Exils # 164 (02/02/2026) Parmi des familles et des enfants attentifs, on découvre avec Le Robot sauvage (Sanders, 2024) l’équivalent américain de Flow (Zilbalodis, 2024) l’européen, puisque les deux dessins animés, par ordinateur idem engendrés, manient le même matériau : des animaux, de l’eau, des hommes évaporés ou à la périphérie de la géographie (du récit), une certaine idée de la solidarité. En dépit d’une interprétation réductrice, applicable et appliquée aux films dits horrifiques, il semble que le darwinisme ne se réduise en vérité à une évolution sélective, incontournable et défavorable aux espèces les plus faibles. La (sur)vie dépendrait aussi de l’adaptabilité, de l’altérité, d’une dialectique pragmatique. In extremis mis en abyme, car lecture de catalogue au lieu de projection publicitaire, le conte anticonformiste produit par DreamWorks carbure à la concorde, à la « trêve » hivernale et amicale, à l’altruisme démocratique et bien sûr à ...

Eux deux

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  Exils # 163 (29/01/2026) Trois années après l’essai à succès de Marie-France Hirigoyen, Philippe Le Guay se soucie à son tour de « harcèlement moral » et de « violence perverse au quotidien ». Vingt ans plus tard, il livrera le dispensable L’Homme de la cave (2021), autre film de conflit à l’architecture symbolique, cette fois-ci sur fond d’antisémitisme et de conspirationnisme. Dédié à son papounet, tourné en partie in situ , c’est-à-dire dans l’usine Saint-Gobain à Chalon, établissement bien sûr remercié au générique, Trois huit (2001) ressemble à un mélange de La Meilleure Façon de marcher (Miller, 1976) et Ressources humaines (Cantet, 1999), avec un doigt du Droit du plus fort (Fassbinder, 1975), un zeste du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948), De manière explicite, Pierre commence donc à travailler de nuit, va devoir découvrir une double et redoutable obscurité, la sienne et surtout celle d’autrui. L’ouvrier vite adopté, cuisinier acclamé, becaus...

Bodhi et Body

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  Exils # 162 (28/01/2026) Découvrir Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient ? (Bae Yong-kyun, 1989) vingt-sept années après sa sortie s’apparente presque à de l’archéologie, consiste à revenir aux origines de la vague occidentale du cinéma sud-coréen, débutée au terme du siècle. Derrière la caméra se dissimule un homme-orchestre capable d’occuper tous les postes principaux, à l’exception de la composition et de l’interprétation. Né en 1951, Bae consacre beaucoup de temps, un peu moins de dix ans, à ce film quasi unique, comme l’on dit d’un fils, tels La Nuit du chasseur (Laughton, 1955) ou Les Tueurs de la lune de miel (Kastle, 1970), en écho au minot orphelin à dessein. Le peintre aux études accomplies à Paris puis le professeur d’enseignement supérieur catholique fréquenta autrefois l’université de Dongguk, établissement bouddhiste situé à Séoul, c’est-à-dire la même qu’un certain Choi Min-sik, l’acteur majeur d’ Ivre de femmes et de peinture (Im Kwon-taek, 2002)...

Fast Frankenstein

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  Exils # 161 (27/01/2026) Tandis que sur Netflix le Frankenstein (2025) du très surfait Guillermo del Toro débute sur une banquise glaciale de risibles CGI, voici possible en ligne de revenir aux origines de l’imagerie, d’en souligner plusieurs surprises, avec ces quelques lignes consacrées au Frankenstein (1910) de James Searle Dawley. Ancien comédien, dramaturge méconnu, scénariste et réalisateur pour Edison & Porter, journaliste in extremis , le cinéaste stakhanoviste possédait une vision monoculaire mais son adaptation « libre » indeed demeure nette et claire, belle infidèle dont le chaudron chipé aux sorcières de naguère s’avère en vérité un étonnant creuset, où mélanger le T-1000 de Cameron ( Terminator 2 : Le Jugement dernier , 1991) et Le Cauchemar de Füssli, Cocteau ( Le Sang d’un poète , 1930) & Carpenter ( Prince des ténèbres , 1987), Mary Shelley, probable connaisseuse de la toile précitée, et Robert Louis Stevenson ( L’Étrange Cas du Docteur ...

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...