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Affichage des articles associés au libellé Francis Ford Coppola

Pollack paranoïaque ?

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  Exils # 126 (09/09/2025) Redford au téléphone et face à Dunaway presque adepte du syndrome de Stockholm : « Je ne suis pas un espion ». Cependant Les Trois Jours du Condor (1975) commence comme Mission impossible (De Palma, 1996), par l’élimination de l’équipe, histoire de faire table rase pour sa star . Avant d’aller suer à Langley, suspendu et non plus perché, Cruise transpire et conspire dans La Firme (1993). Il utilise aussi le mot « conspiracy », que la VF transforme illico en « complot », que les sous-titres de juriste traduisent d’un « entente délictueuse ». Parmi d’autres diptyques apocryphes, disons Les Chasseurs de scalps (1968)/ Jeremiah Johnson (1972), Yakuza (1974)/ Out of Africa (1985), les productions dialoguent à distance, dessinent des individus tendus, témoignent de leur temps. Les choses changent et demeurent les mêmes, la mafia remplace la CIA, Memphis New York (horizon Washington), le blanchiment d’argen...

Sang neuf et Ciné ancien

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  Exils # 105 (24/04/2025) Récit d’apprentissage, à base de bizutage et de dépucelage, de dommages et d’hommages, Youngblood (Markle, 1986) ne change le schéma de ce cinéma-là, en surface sportif, en profondeur éducatif, respecte donc la structure (é)vocation/confrontation/consécration, celle idem de la comédie musicale. Mais sa trame mélange film d’adolescent, comédie romantique et mélodrame, invite l’individuel au cœur du collectif. Tout ceci suffit à en faire un film politique, en tout cas davantage que d’autres qui en revendiquent le galvaudé titre, assorti de surcroît d’une réflexion en action sur la dynamique des sexes, ses forces et ses faiblesses. Dix-sept ans et toutes ses dents, jusqu’à ce qu’il en perde une en coda, autographes de gosses à signer, baiser de la bien-aimée à différer, pourvu d’un patronyme explicite, symbolique, le délicat et déterminé Dean quitte la ferme de ses frère et papa, sise au Minnesota, direction, via un spectaculaire pont, le hockey au Can...

Il faut qu’on parle de Kevin

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  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

La Vie de Valachi

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  Exils # 79 (05/02/2025) D’une prison la suivante… Judas baisa puis se pendit, Valachi lui aussi mais survit, fait in fine ami-ami avec l’agent diligent, arroseur arrosé, sénateurs de malheur, plus préoccupés par leur publicité que par la suppression du crime organisé. Point de contemporain Parrain (Coppola, 1972), car Cosa Nostra (Young, 1972) davantage évoque L’Affaire Al Capone (Corman, 1967). Adieu à l’Irlande, on demeure ici en famille, on s’extermine entre Rome et Sicile. À New York l’interlope, in situ et ensuite en studio chez Dino (De Laurentiis), les hommes se galochent et se dégomment, s’émasculent et ne s’enculent, attaque de mecs à la place du ramassage de savonnette. Mamans ou putains, hélas Eustache, les femmes poussent des cris et versent des larmes de bref et sec mélodrame, se produisent sur scène et se prostituent à domicile, trouvent et trompent un mari à demi. De l’initiation à l’information, il suffit d’un conflit ; des funérailles aux fiançailles...

New délit

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  Exils # 71 (16/01/2025) Comparé à Kill (Nikhil, 2023), John Wick (Stahelski, 2014) semble soporifique. Durant une heure quarante, exit le générique, le spectateur sans peur assiste ainsi à une castagne en huis clos déjà d’anthologie. Il s’agit ici aussi d’une histoire de filiation, d’insoumission, d’extermination, l’Amérique mythologique troquée contre un train indien, dont tout le monde ou presque souhaite descendre, où tout le monde ou presque se fait descendre. Si ce dynamisme au carré, concentré, exacerbé, l’action au diapason de la locomotion, celle de la machine et celle du film, pistes parallèles de travellings et de voyages immobiles, disons depuis le convoi des Lumière à La Ciotat, rime avec celui de Dernier train pour Busan (Yeon, 2016), encore un survival linéaire de chemin de fer, l’ouvrage évacue vite le filigrane de la lutte des classes, substitue aux zombies et aux capitalistes des bandits et des opportunistes. Alors que le Leone d’ Il était une fois dans...

Vingt ans avant

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  Exils # 35 (05/06/2024) Donc en deux mille quatre, ce passé se rattrape, l’auteur Le Meur, dissimulé derrière un double pseudonyme dépourvu de frime, revoici Tarkovski et même Margaret Mitchell, revoilà pourquoi pas Asia (la Scarlett O’Hara de Autant en emporte le vent , justement, versus la Scarlet Diva de la fifille fébrile du caro Dario), ne se posait en avocat du dernier Coppola, imagier mégalo du bien nommé Megalopolis , ne critiquait par opposition, par-delà sa culturelle (sur)production, notre époque médiocre et sa mondialisée camelote, royaume à la gomme de singes sans méninges, pas seulement sur les écrans, mon enfant, salon à la con de « coiffeuses et coiffés » pour conférencier spécialisé, presque désespéré par les errances de la trance (de l’enfance, de la jouissance) et les solos du « réseau » (stimulation de la simulation baguenaude Baudrillard). Fi de musique supposée « sociologique », de colères lapidaires (de quinquagénaire), ...

De l’unité à l’union

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  Exils # 4 (02/07/2023) Moretti cite ici Demy & Fellini, explique Kieślowski, vante les Taviani, contredit (à tort) Cassavetes, « beau » et pseudo-porté sur l’impro, pratique la piscine tel Lancaster ( The Swimmer , Perry, 1968), imite même Brando KO sur un bureau ( La Poursuite impitoyable , Penn, 1966). Il refuse de finir le « film dans le film » sur un suicide, en dépit d’une corde au cou de célèbre studio, n’en déplaise à Pavese, élit plutôt Calvino, et achève l’œuvre élégante, émouvante, gentiment gérontophile, cf. les sentiments (pas tant) surprenants de l’actrice et de la fifille, la première un peu rebelle, la seconde un peu musicienne, en relisant et remarchant le fameux défilé par « Charlot » épousé à l’insu de son plein gré ( Les Temps modernes , Chaplin, 1936). Chez Poudovkine, une autre mère que celle du cinéphile candidat coco portait l’écarlate drapeau, succombait aussitôt, « mia madre » de 1926 terrassée par la charge ts...

Chasseur blanc, cœur noir

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  Un métrage, une image : Bacurau (2019) Comédie macabre scandée de cercueils, salut subito à Django (Corbucci, 1966), Bacurau ne vole haut, en dépit de son titre métaphorique et programmatique de local et nocturne volatile. Quant aux clins d’œil adressés à Carpenter, Terre stellaire, morceau en stéréo, nom de l’école, ils ne font jamais sens en soi, loin de là. Pas davantage élève d’Anthony Mann, Mendonça Filho ne dispose hélas ni du sens de l’espace ni de celui de la menace de ses célèbres prédécesseurs. Il ne suffit en résumé d’un objectif anamorphique afin de faire (l’) américain, d’utiliser des volets pour ressusciter le ciné des seventies , d’adopter une dioptrie pour adouber le split screen optique typique d’un De Palma, oui-da. Tourné in situ sans steadicam mais avec un budget à moitié français, créateur de « huit cents emplois », tant tu m’en diras, car la culture comme « identité et industrie », eh oui, dixit le générique ; copro...

Ballade de Jim

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  Enfoncer des portes ouvertes ? Défoncer les idées (dé)faites… Un demi-siècle après la disparition de Morrison, que demeure-t-il encore des Doors ? Des pistes épiques, dénommées  Light My Fire , The End , When the Music’s Over , The Soft Parade , Riders on the Storm  ; un biopic hyperbolique, au risque de l’anecdotique ( The Doors , Stone, 1991) ; des recueils de lyrics ou de textes tout sauf prétextes, édités autrefois chez Christian Bourgois ; une biographie de référence, à l’intitulé référentiel en effet ( Personne ne sortira d’ici vivant du tandem Jerry Hopkins & Danny Sugerman) ; un estimable essai en plus pionnier ( Jim Morrison au-delà des Doors de Hervé Muller) ; le Vietnam et ses états d’âme, par Coppola ( Apocalypse Now , 1979) puis De Palma ( Outrages , 1989), in extremis Zemeckis ( Forrest Gump , 1994), sillage de Scorsese, portier au singulier ( Who’s That Knocking at My Door , 1967) ; une fiction imparfaite...

Les Ailes du désir

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  Un métrage, une image : Petit Dieter doit voler (1997) Une dizaine d’années après, Herzog réalisera Rescue Dawn (2006), reconstitution de fiction, dont on trouve ici la trace véritable, je pense au passage du groupe sans entourloupe, figurants tout sauf menaçants. Parfaitement conscient de la dimension méta du documentaire exemplaire, Dengler accepte de (re)jouer le jeu, d’incarner en courant son propre rôle d’incroyable survivant, quitte à ce que le cœur s’emballe, batte la chamade, au rythme du ressuscité cauchemar arrivé, réactivé en replay . « It’s a movie, don’t worry, buddy » dit-il aussi à une autre silhouette guère suspecte, placée en roleplay , en silence, de voleur d’alliance presto amputé via des Viets tortionnaires certes, cependant « scrupuleux et honnêtes ». Si l’exercice de style indiffère Werner, en dépit d’une bande-son délestée d’illustration, le Liebestod de Tristan und Isolde sur un aquarium de méduses, il fallait oser, imager ...

The Priests

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  Un métrage, une image : Elefante blanco (2012) Un examen du cerveau, un massacre de villageois, un curé condamné, un second rescapé, couple en route puis en déroute, qui carbure of course à la culpabilité, reflétée, différenciée, qui s’active, charité chrétienne oblige, au creux d’un décor en or, d’un milieu miteux, squelette d’hosto historique, aussi symbolique, puisqu’il concentre les pathologies sociales, abyssales, du pays : durant deux plans-séquences remarquables et remarqués, le cinéaste argentin, d’une formation d’architecte doté, arpente dans les deux sens le bidonville devenu asile, de déshérités, de cinglés, à savoir de narcos cathos pas très catholiques, davantage dealers claniques, portés sur la vendetta, le cadavre en brouette tu récupéreras. Les pères opèrent, épaulés par une assistante sociale cordiale, tout sauf tentatrice et toutefois irrésistible, bientôt au bord du burn-out , because ouvriers à payer, argent municipal détourné, sans doute à cause du c...

L’Homme aux mille visages

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  Un métrage, une image : Mesrine (1984) « Il n’y a pas de héros dans la criminalité » résume Mesrine, cadavre d’automobile, pare-brise percé d’une pluie de projectiles, Sylvia blessée, sortie, clébard occis. Cinq années après ce décès controversé, vingt-quatre ans avant le diptyque assez anecdotique, très longuet, de Richet ( Mesrine , 2008), le producteur de La Gueule ouverte (Pialat, 1974), La Race des « seigneurs » (Granier-Deferre, idem ), Vive la France (Audiard, idem ), Émilienne (Casaril, 1975), Une vraie jeune fille (Breillat, 1976) ou Mado (Sautet, itou), surtout de plusieurs Chabrol, reconstitue la cavale d’un cas d’école. Le ciné ne pouvait pas ne pas s’intéresser à l’intéressé, surnommé à la Lon Chaney, Jacques transformiste, fataliste, « clown triste » surpris en train de danser, « cabot » casqué occupé à enregistrer ses mémoires, bien sûr d’outre-tombe, scène symbolique, concentré de lucide solitude, de désarmant ridicule. Documenté davantage que docu...

F for Fake

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  Un métrage, une image : La Grande Combine (1966) Femme fatale (2002) citait un extrait de Assurance sur la mort (1944), pendant un clip, Body Double (1984) en ressuscitait l’escalier, l’actrice encore ; The Fortune Cookie , quant à lui, annonce Snake Eyes (1998), pareil spectacle sportif, réflexif, aux milliers/millions de témoins qui ne voient rien, similaire amitié tourmentée, de l’aveuglement vers le dévoilement. S’il anticipe aussi, de manière douce-amère, le climat local d’espionnage paranoïaque, voire l’inverse, de la décennie suivante, cf. Coppola ( Conversation secrète , 1974) and Co. , il corrige la coda du contemporain Blow-Up (Antonioni, 1966), match de tennis mimé, muet, dont le simulacre assumé, en résumé, enterrait une désormais irréelle réalité : le cadavre, l’image du cadavre, le cadavre de l’image, CQFD. Cinéaste classique, réaliste au risque du cynisme, romantique au risque du sentimentalisme, Wilder préfère, une fois défaites...