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Affichage des articles associés au libellé Jacques Feyder

L’Arroseur à Rosay

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  Exils # 141 (18/11/2025)   En dépit d’une note d’intention de bon ton, La Kermesse héroïque (Feyder, 1935) ne succombe au picturalisme, car cette « farce héroï-comique » déclarée fictive, sinon inoffensive, ne manque de mouvement, à la grue notamment. L’auteur de L’Atlantide (1921), Crainquebille (1922), Visages d’enfants (1925) ou du Grand Jeu (1934) certes profite d’une impeccable direction artistique, concoctée par les cadors d’alors, Benda, Meerson, Trauner, Wakéwitch et compagnie, mais jamais ne s’immobilise ni ne s’endort sous le poids des costumes ou du décor. Sept ans avant Les Visiteurs du soir (Carné, 1942), réalisé par son ancien assistant, il raconte un conte de passage et de passé, propice à être (sur)interprété, contexte historique oblige. Retoqué par Korda et la UFA puis produit par la Tobis, ce succès en salles adapte une nouvelle de Spaak, datée d’une huitaine d’années, chèrement et peu cordialement payée, recrée le comté de Flandre du côté...

Voyage au centre de l’altère

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  Exils # 39 (21/06/2024) Péplum, film de science-fiction, mélodrame, film catastrophe : Le Géant de Métropolis (Scarpelli, 1961) se joue des genres mais ne mélange les registres, conservant jusqu’au dernier plan inquiétant et en plongée un esprit de sérieux auquel il parvient pourtant, miracle laïc, à ne point succomber. Si tout ceci ne vous suffit, sachez qu’il s’agit aussi d’un conte antique qui assortit les concepts contemporains d’écologie et de collapsologie, qui explique le mythe de l’Atlantide, situé en… Atlantique, son déclin(isme) certain, selon une perspective éthique (maléfice autarcique de l’hubris scientiste) et à cause d’une quête ironique (l’immortalité de l’héritier via une « irradiation » de cerveau, celui du grand-paternel, plus tard spectre à la Hamlet, lui-même maintenu en vie de manière artificielle). En résumé d’accéléré, le royaume mortifère et (à moitié) sous terre de la triste Métropolis, (do)miné depuis longtemps par un triste tyran, au p...

Une autre histoire : Notre histoire

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  Roulette russe ? Succès Circus… Chansonnette simplette, certes, à la musicalité datée, même si Fanny Ardant défendait ardemment, dans La Femme d’à côté (Truffaut, 1981), la supposée vérité de ses dispensables semblables, assortie aussi d’un clip caractéristique, telle une capsule temporelle, un récit de jadis, qui mérite quelques lignes cinéphiles. Une autre histoire commence comme Le facteur sonne toujours deux fois (Garnett, 1946), trio de bon aloi, vaudeville loin de la ville, station-service au bord du hors service, dont le pompiste dépressif évoque un brin l’épave de Tchao Pantin (Berri, 1983). La jeune et jolie Annie Pujol, cliente au téléphone, en parallèle présentatrice de TV, descendante de pétomane, du Gérard en calebard alors la compagne, incarne une conductrice très lisse, avise le pare-brise, coup de foudre contre coup de pompe, se voit au rétroviseur, surcadrage de la brune et du moustachu inclus, cependant ne regarde en arrière, en direction d...

Annette

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  Un métrage, une image : Poil de Carotte (1925) En (re)découvrant, en version restaurée, bravo à Lobster, la boîte de Bromberg, cette première transposition, moins célèbre que celle avec le tandem Baur & Lynen (Julien Duvivier, 1932), on ne peut pas ne pas penser à Visages d’enfants (1925) de Jacques Feyer, d’ailleurs ici crédité co-scénariste, autre conte de souffrance d’enfance, de ruralité portraiturée, (re)lisez-moi si ça vous va. De plus on comprend, en un instant, pourquoi le cinéaste s’autoremaka fissa, comme Hitchcock ( L’Homme qui en savait trop , 1934 + 1956) : Poil de Carotte s’avère vite un opus aspirant à être parlant, chantant, à cancans, en très gros plans. Duvivier y invente une variante du split screen , via des miroirs mobiles, il fait apparaître les pensées de ses personnages à l’aide de surimpressions de saison, qui participent d’un « réalisme fantastique », amitiés à sa sienne Charrette fantôme (1939), elle-même déjà à la sui...

Le Dernier Témoin : Le Grand Alibi

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Wolfgang Staudte. « Film à thèse » filant droit et direct comme une flèche, Le Dernier Témoin (1960) séduit aussi en whodunit germanique, en mélodrame maternel. Tendu dès le début, il prend ses distances vis-à-vis de l’artifice et la police, pas seulement celle des « romans policiers », justement, dont se méfie le flic en train de fureter. Il s’agit bien sûr cependant d’une réalité tout autant stylisée que celle des « krimis » écrits ou filmés en série. Il s’agit en sus d’une sorte de codicille habile à Des roses pour le procureur (Staudte, 1959), autre item de procès, autre satire de la pseudo-respectabilité, d’une modernisation de saison des Bourreaux sont parmi nous (Staudte, 1946), de son industriel criminel insoupçonnable puis soupçonné, à main armée menacé. Nonobstant notre cinéaste inverse les sexes : la victime s’avère cette fois-ci une femme, un homme va la sauver, récuser la possible « réclusion à ...

L’Atlantide : Sahara

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacques Feyder. S’il fallait fournir un double indice de la délicatesse express et du lyrisme assourdi du cinéma de Feyder, on citerait ici cette ascension de lucioles au sein d’un soir d’espoir, ce visage de gisante ensablée, embrassée. Mais il s’agit aussi de moments non dénués d’une immédiate matérialité : les bestioles lumineuses s’avèrent un signal de descente et de fuite possibles, la sépulture improvisée, jusqu’à l’aube creusée, avec un bras cassé, accueille un cadavre. Ce mouvement miroité, d’enchantement, de désenchantement, cette dialectique dynamique, du mythique, du pragmatique, structurent en définitive L’Atlantide (Feyder, 1921), diptyque élégant et languissant, divisé au mitan, dont la dimension méta se dissimule derrière un exotisme colonial et non colonialiste dorénavant, depuis longtemps, rendu caduc. Il s’agit en sus d’un portrait à charge d’un matriarcat fantasmatique, chimérique, sur le...

La Passante du Sans-Souci : Trois jours à Quiberon

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  Les vandales et le violon, l’indécence de l‘identification… Dans Cet obscur objet du désir (Buñuel, 1977), deux actrices, Carole Bouquet & Ángela Molina, incarnent un seul personnage ; dans La Passante du Sans-Souci (Rouffio, 1982), la même comédienne, Romy Schneider, interprète un double rôle, à la suite de Marie Bell ( Le Grand Jeu , Feyder, 1934) & Kim Novak ( Sueurs froides , Hitchcock, 1958). D’un ouvrage au suivant, il s’agit aussi d’un masculin récit, dont le couple principal décède au final, victime du terrorisme. Quand (feu) Carrière relisait Louÿs, Kirsner retravaille Kessel et son bouquin un brin prophétique. Concrétisé au creux d’un contexte largement documenté , délesté de pitié, puisque constitué d’un divorce, d’une maladie, d’un deuil, épreuves à répétition propices à (re)produire des parallèles à la truelle, entre l’œuvre et la vie, la personne et la persona , l’existence et le cinéma, La Passante du Sans-Souci s’inscrit en sus au sein d’un silla...

La Métamorphose des cloportes : Adieu blaireau

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  Langouste et rouste, strip-tease et complices… À Jacqueline Cinéma que cela, de surcroît estampillé de papa ? Durant un seul instant, de raccord dans le mouvement, les types assis, la dame debout, voilà tout. Donc un divertissement de dialoguiste : Audiard adapte Dumas, pardon, Boudard, pourtant son anti-héros ne possède le panache de Monte-Cristo. Au contraire, il rêve de construction immobilière, très sentimental il s’avère. Point si malin, le Malin agit par amitié, par les supposées « vingt-cinq briques » appâté ; presto alpagué par les condés, il purge sa peine, ressasse la sienne, se venge en virtuose, du jockey à gerber, du fakir infréquentable, du forain rouquin. Émancipé, démodé, pisté par la police, détrousseur de receleur, Alphonse finit fissa en cellule, où les multiples matons, par la caméra cadrés en plongée d’aplomb, ressemblent, oui-da, à des cancrelats scélérats. Kafka ou pas, la casseur arbore un cafard de film noir, il croyait bai...

Les Caves du Majestic + Le Coupable : Grand Hôtel + Séduite et abandonnée

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Les enfants, les parents, l’air du temps, étouffant ou changeant… 1 Coda de Continental écrite par Charles Spaak emprisonné, Les Caves du Majestic (1945) permet d’apprécier Albert Préjean habillé en Jules Maigret. Son commissaire dynamique, sarcastique, lui appartient, lui revient, rien à voir avec les avatars de Jean Gabin & Bruno Cremer, le davantage obscur Harry Baur ( La Tête d’un homme , Duvivier, 1933), les ponctuelles et surprenantes incarnations de Charles Laughton ( L’Homme de la tour Eiffel , Meredith, 1949) & Rowan Atkinson. Bien entouré par Mesdames Denise Grey, Gina Manès, Suzy Prim et Messieurs Jacques Baumer, Fernand Charpin, Jean Marchat, l’acteur-personnage s’intéresse peu au coupable, « capitaine » de cuisine, « contrôleur » malfaiteur, maître-chanteur puis tueur de mère vite (dés)armée, guère aimée. Il préfère explorer le milieu hôtelier, débusquer ses secrets, se faire désigner, identifier, chaque ustensile, puisque l’innoce...

Crainquebille : Le Marchand des quatre saisons

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacques Feyder. La justice est sociale. Il n’y a que de mauvais esprits pour la vouloir humaine et sensible. Anatole France, L’Affaire Crainquebille Feyder, fidèle, s’affranchit de France, avant Mérimée ou Zola. Feyder débauche un comédien du Français, Maurice de Féraudy. Feyder embauche le juvénile Jean Forest, vu dans Visages d’enfants à venir, loué par qui vous savez. Notez que le personnage de La Souris n’existe pas à l’intérieur du texte matriciel, amer, disponible en ligne avec ou dépourvu des illustrations évocatrices de Steinlen. La nouvelle se verra de nouveau portée au cinéma durant les années 30 puis 50, la décennie 40 sans doute trop occupée par l’Occupation et la ligne supposée apolitique de la Continental pour s’occuper d’injustice judiciaire et de misère sociale. Le cinéaste sort des sables romanesques de L’Atlantide , d’une vingtaine de courts métrages et d’une dizaine de rôles, notamme...