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Affichage des articles associés au libellé Claude Autant-Lara

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

La Belle et la Bête obsolètes

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  Exils # 86 (24/02/2025) Faut-il se méfier d’un film qui se termine sur une porte fermée ? Après les applaudissements du public aux cheveux blancs, riant souvent durant l’ensemble de la séance, on pouvait entendre « pas de violence » en remerciement, sinon en soulagement. Au siècle dernier, à une époque pas encore cadenassée par le moralisme de la nôtre, quoique, un critique, en l’occurrence Serge Kaganski des Inrockuptibles , qualifiait de « pétainiste » Les Enfants du marais (Becker, 1999), au grand dam du cinéaste le menaçant d’un procès. Tandis que le dernier éditorial de Positif , signé Yann Tobin, se félicite des auditions d’une commission présidée par Sandrine Rousseau, avec Rima Hassan la meilleure ennemie de Boualem Sansal, consacrée aux « violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) commis dans les milieux artistiques et médiatiques, notamment dans le cinéma et l’audiovisuel », se préoccupe de « représentation »,...

CRS et Détresse

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  Exils # 59 (04/11/2024) Une chambre en ville (1982) se conclut donc en écho à Possession (Żuławski, 1981), gisant d’amants, reprise rapprochée d’un plan des allongés pareillement en plongée. Le pont transbordeur peu à peu crépusculaire de l’ incipit optique remémore celui des Demoiselles de Rochefort (1967), mais Christine Gouze-Rénal remplace la productrice Mag Bodard. Pendant un prologue d’époque en noir et blanc, tension très hiératique, duo de chœurs antiques, l’action prend des couleurs, la caméra mobile esquive vite le cinéma marxiste, prend la tangente à Nantes, de manière littérale, puisque passe fissa la porte de l’immeuble de Madame Langlois, clin d’œil à Henri, spectatrice aux premières loges de la manif et des matraques moroses, baronne et daronne à la particule perdue, pianiste parfois pompette, qui abhorre la bourgeoisie, éprouve une maternelle sympathie pour le locataire prolétaire, en dépit des portes claquées, des amours contrariées. En pull rose puis ja...

Tea for tous

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  Exils # 48 (29/08/2024) Boucle bouclée colorée, charte graphique affichée : rouge des images d’archives, vert du cockpit britannique de l’intro en studio, rouge des planeurs de la sœur, vert des montagnes qui désarment de l’épilogue idem en vol ; rouge du costume méphistophélique, vert de la peinture à l’ouverture ; rouge des fleurs de comique malheur, vert de la couronne ornée d’une croix gammée ; rouge de la jupe de scène raccourcie en appât de piégeuse péripatéticienne, vert d’un canal souterrain sous le métropolitain exploré plus tôt par Leroux & Hugo ; rouge et vert des portes d’hôtel aux numéros trompeurs, au duo de ronfleurs. Alternance + permanence = cohérence, dynamique métronomique du thème du tandem , doublé, dédoublé, redoublé, deux compatriotes, deux moustachus, deux officiers à défigurer, à faire s’étouffer, un soldat qui voit double, deux dames secourables, deux zones à la gomme, deux compositeurs couverts d’honneurs (Auric & B...

Violettes impériales

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  Un métrage, une image : Fandango (1949) Vous voulez un ouvrage estival ? À défaut du fandango de Bernard Herrmann ( La Mort aux trousses , Alfred Hitchcock, 1959), voici celui de Francis Lopez . Tourné à la Victorine, donc à Nice, Fandango (Emil-Edwin Reinert, 1949) ne se déroule pas au Pays basque, tant pis pour ce qui s’écrit en ligne, plutôt aux environs de Falicon (06), pourtant l’un des deux personnages principaux, prénommé Luis, amateur mécano, déclare venir d’Irun : double détail autobio de Mariano, né au même endroit, au garagiste papa. Deux ans avant L’Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951), un « pont d’or » n’y sème la mort mais y détourne idem les touristes sudistes en direction d’un établissement au succès sous peu assuré par un prévu tracé, à l’inverse de la solitude très désaxée du motel de Norman Bates ( Psychose , Hitchcock, 1960). Le serveur subito licencié, assorti de sa simplette dulcinée, se transforme fissa en petit capita...

Au-dessous du volcan

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  Un métrage, une image : La Mélodie du malheur (2001) Mélodrame, donc drame en musique, comédie, pas uniquement musicale ni sentimentale, vrai-faux remake du coréen The Quiet Family (Kim, 1998), The Happiness of the Katakuris aussitôt séduit, en raison de sa « déraison », ainsi désignent l’énergie, la générosité, l’inventivité ceux qui s’en voient privés, voire n’en possèdent pas assez. Cinéaste stakhanoviste, signataire des réussis Audition (1999), Visitor Q (2001), La Maison des sévices (2006, mémorable segment de la série Les Maîtres de l’horreur ), du raté Ichi the Killer (2001), l’aimable Miike investit cette fois-ci une auberge, pas celle de Hostel (Roth, 2005), presque, dans lequel il accomplissait un amical caméo muet. Andrews & Wise ( La Mélodie du bonheur , 1965) peuvent respirer/reposer en paix, pas une once de cynisme ici, ni de pénible pose post -moderne, plutôt une réflexion en action(s) à propos de la famille, tropisme nippon, cf. le...

My Dinner with Andre : Bienvenue à Bourvil(le)

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  Anti-alcoolisme d’irrésistible causerie ? Souvenirs virés vers la vie… À Jacqueline Tel l’admiré-démarqué Fernandel, remember La Cuisine au beurre (Grangier, 1963), pourtant pas la meilleure, puisque insipide, déceptive, y compris pour le principal intéressé nordiste, dégage, dommage, Bourvil débuta sur scène, s’y fit un (re)nom, plutôt un prénom, piqué-corrigé à un village local de sa Normandie maternelle et natale. Parents paysans, mariage juvénile, passage par l’armée, boulots à gogo, succès des Crayons au sortir de la seconde hécatombe, ensuite reprise, filmée, immortalisée, parmi La Ferme du pendu (Dréville, 1945), puis persona paysanne, opérettes en duo avec la rapprochée Pierrette Bruno, valeureux virage de La Traversée de Paris (Autant-Lara, 1956), duos avec Brigitte Bardot ( Le Trou normand , Boyer, 1952), Luis Mariano ( Le Chanteur de Mexico , Pottier, 1956), Jean-Paul Belmondo ( Le Cerveau , Oury, 1969), tandems avec un certain Jean Gabin (traversée...

Gervaise : Parasite

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Clément. Fracassés par Truffaut puis réhabilités par Tavernier, Aurenche & Bost zozotent Zola. Ce résumé pasteurisé, récompensé, d’un Assommoir à scandale, à succès, mériterait d’être « voué aux gémonies », puisque représentatif du « cinéma de papa », exemplaire de la fausse fidélité, de l’exécrable « qualité », des produits désincarnés, « bourgeois », de ce temps-là ? Pourquoi pas, position pleine de « passion », de « parti pris », admettait lui-même, in extremis d’un fameux article, le pas encore apôtre de Hitchcock, point de vue acceptable, discutable, pourtant incomplet, cependant insuffisant, qui renforcerait les faiblesses de Gervaise (René Clément, 1956), affaiblirait ses forces. Notre tandem de scénariste/dialoguiste assez stakhanoviste signera aussi, en simultané, La Traversée de Paris (Autant-Lara) + Notre-Dame de Paris (De...

Meurtre en 45 tours : Week-end

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Un aveugle à violon, une justice à l’unisson – DD sans Daredevil… On croit reconnaître vite la chanson des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955), mais cette nouvelle adaptation du tandem Boileau & Narcejac ne joue jamais la même partition. En résumé, il s’agit d’un téléfilm inoffensif, commis par le méconnu Étienne Périer, ensuite, logique, reconverti à la TV. Celle-ci, qualifiée de « truc » par le musicien méprisant, peu soucieux de sa domesticité, formate le métrage et son paysage, s’incruste en incrustations de saison, en grosse caméra méta. Apparemment transparent, l’argument implique des transparences assez rances et surtout un ménage à trois entre bourgeois. La chanteuse amoureuse, l’amant désarmant, même armé, le compositeur à la froide fureur, petit plaisantin d’outre-tombe : le vaudeville vire vers le suspense paupérisé, la voiture s’envole vers un vrai suicide. Le spectateur patient apprend durant la dernière scène, par la bouche du commissa...

Have a Nice Day : Night on Earth

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Liu Jian. Au cours d’un discours philosophique ironique entre prolétaires autour d’un verre, on entend une évidence, « Les gens ont besoin d’une vie spirituelle », on énumère les trois niveaux de liberté à l’ère du consumérisme, au marché, au supermarché, en ligne. Durant une nuit sans répit, cependant engourdie dans sa propre autarcie, un magot d’un million dérobé joue les furets. Il passe par ici, il repassera par là, il finit trempé par la pluie, alors que son propriétaire gangster , auparavant renversé, se relève avec difficulté. Fin ouverte et boucle bouclée selon ce métrage d’animation déprogrammé à Annecy, adoubé par Jia Zhangke. Réussite drolatique, Have a Nice Day cartographie une partie de pays, chorégraphie un massacre ankylosé. Il aligne les personnages multiples et dessine leur destin funeste. Composé de plans fixes, doté d’un travail évocateur sur le son, l’ opus se po...