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Affichage des articles associés au libellé Serge Daney

La Belle et la Bête obsolètes

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  Exils # 86 (24/02/2025) Faut-il se méfier d’un film qui se termine sur une porte fermée ? Après les applaudissements du public aux cheveux blancs, riant souvent durant l’ensemble de la séance, on pouvait entendre « pas de violence » en remerciement, sinon en soulagement. Au siècle dernier, à une époque pas encore cadenassée par le moralisme de la nôtre, quoique, un critique, en l’occurrence Serge Kaganski des Inrockuptibles , qualifiait de « pétainiste » Les Enfants du marais (Becker, 1999), au grand dam du cinéaste le menaçant d’un procès. Tandis que le dernier éditorial de Positif , signé Yann Tobin, se félicite des auditions d’une commission présidée par Sandrine Rousseau, avec Rima Hassan la meilleure ennemie de Boualem Sansal, consacrée aux « violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) commis dans les milieux artistiques et médiatiques, notamment dans le cinéma et l’audiovisuel », se préoccupe de « représentation »,...

Mange ta mort

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  Exils # 58 (24/10/2024) Epstein & Corman ? Watson & Webber. Diptyque 28, duo de Poe. Ne parlons du compatriote ni de Roger l’Amerloque. Deux items homonymes, inscrits au fameux Registre National du Film. Catalogue de camelote, de classiques, cabinet de curiosités, de succès, hébergé à la Bibliothèque du Congrès. Dressé depuis trente-cinq années, occupation de « professionnels de la profession », multiples spécialistes, du public en partie. Comme dans l’Hexagone, dix ans d’existence et vous voici classé d’office, fi du box-office , en « cinéma de patrimoine ». Des critères « culturels, esthétiques et historiques », au compteur presque 880 titres, toutefois pas un seul fiché X, vade retro  Damiano. Tout ceci riquiqui, en quantité, sinon ancienneté, à côté des collections mesurées en milliers de la Cinémathèque de Langlois Henri (40 000), des Archives (Françaises) du Film à Bois-d’Arcy (140 000). Pris de court par celui de l’améric...

La Queue du scorpion : À propos de Roger Corbeau

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  Mythologie Morin ? Cimetière serein… Il convient de bien observer les mots des hommes d’images, car au creux et en coda d’un entretien  carrément éclairant, Corbeau déclare : « Quand j’ai tourné Gervaise  », « les spectateurs interprètent mieux en noir et blanc. » Le fameux « photographe de plateau », durant une cinquantaine d’années au boulot, se considère donc (de) lui-même de ciné metteur en scène, se soucie de la réaction, de la réflexion, du public photographique. Cinéphile juvénile, impressionné par l’expressionnisme, tendance Dreyer, Lang ou Pabst, poète du portrait, seigneur de l’obscurité, Corbeau aborda et adouba quand même la couleur, avec un bonhomme bonheur, cf. cette galerie jolie, mise en ligne magnanime. Douze ans de décéder avant, il fait fissa le point, il met au point, le flou, il s’en fout, un autoportrait express , où l’accompagnent par exemple Pagnol, Cocteau, Faye Dunaway, Jodie Foster & Suzy Delair, ...

La Forteresse cachée : En territoire ennemi

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Akira Kurosawa. Métrage d’amitié masculine, de risibles chasseurs de primes, de fiefs fielleux, de féminité farouche, de loyauté pas louche, La Forteresse cachée (1958) commence en caméra portée, en Scope d’époque, travelling avant derrière un duo distrayant de paysans « puants », se disputant, marchant, par conséquent signature/ incipit d’un opus picaresque, modeste, plutôt qu’épique, héroïque. Arrivés trop tard pour encore croire à la gloire, nos compères pas si patibulaires vont vite se retrouver à transporter un trésor escamoté dans des bouts de bois, à escorter un général hilare, une princesse presque en détresse, une prostituée rachetée, sauvée, un meilleur ennemi à cicatrice de seigneur aussitôt converti à l’aventure, à la vraie vie. Une « fête du feu » ouvre les yeux : il s’agit non plus de thésauriser, de s’économiser, mais bel et bien de « s’embraser », de se consu...

Fitzcarraldo : Jungle Fever

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Werner Herzog. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Camus, Le Mythe de Sisyphe Après le camion du Convoi de la peur (William Friedkin, 1977), le bateau de Fitzcarraldo (Werner Herzog, 1982), à la place du pétrole, le caoutchouc, au lieu de desperados , un idéaliste, comme une réponse optimiste, comme si Herzog, pas encore « le Client » de The Mandalorian , déjà prenait en compte le « new hope » de George (Lucas, La Guerre des étoiles , 1977). Fitzcarraldo , un film sur la folie ? Que nenni, davantage deux métrages en un seul : d’abord, durant une cinquantaine de minutes, une comédie satirique et sentimentale, ah, la molto cara Claudia Cardinale, à base de colonialisme occidental, pléonasme, et de « racaille de nouveaux riches », chiche, ensuite, pendant une heure quarante, un thriller d’altérité,...

Comment utiliser son temps libre ? : Où est la maison de mon ami ?

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Tutoriel « à la truelle » ? « Travail manuel » sensuel. Comment peindre une porte, mais aussi, surtout, comment faire un film ? Comment utiliser son temps libre   ? (Abbas Kiarostami, 1977) répond en dix-sept minutes pédagogiques, poétiques, ludiques, lucides, désormais connotées par le foutu confinement. Le spectateur admirateur du Goût de la cerise (1997) et Le vent nous emportera (1999) y découvre, à domicile, deux adolescents, eux-mêmes à la maison, en train de « s’emmerder comme des rats morts », mine de rien iraniens. Leur père désespère, trop pauvre pour se payer les services d’un placide professionnel ; qu’il se rassure, le cinéma existe, spécialement, là-bas, celui d’État, d’institution éducative spécialisée, alors la leçon devient une démonstration, suscite l’émulation. On le sait, l’oisiveté verse vite vers le vice, occidental ou oriental, donc rien de mieux que se servir de ses mains, constater ce qu’elles peuven...

Le Retour du cinéma : Les Métamorphoses

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L’effet Lazare, privé de hasard, Balthazar se marre… En 1996, Antoine de Baecque & Thierry Jousse retracent avec brièveté, simplicité, la chronique d’une mort annoncée, pas celle de García Márquez puis Rosi, plutôt celle du ciné, formulée/expérimentée par Serge Daney. Dès l’ incipit de sa partie proustienne logiquement intitulée Le Temps perdu du cinéma , l’historien souligne la supposée nécessité de la cinéphilie, car « Le cinéma a besoin que l’on parle de lui. » Avant d’en venir à l’auteur de Persévérance ou de L’Exercice a été profitable, Monsieur , titre bien sûr emprunté à une réplique des Contrebandiers de Moonfleet (Lang, 1955), il revient sur la Nouvelle Vague & André Bazin, relation de filiation par procuration reproduite par Daney à la recherche de son propre père disparu, à Auschwitz ou aux USA, il ne le sait pas. Lycéen bouleversé par Nuit et Brouillard (Resnais, 1956), Daney décide donc de devenir un cinéphile, un « ciné-fils », «...

Un condamné à mort s’est échappé : Raccords et Désaccords à propos du corps

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Cellule biologique et photoélectrique, cellules de l’esprit et des partis.    On le croyait consigné à l’obscurité, placé parmi les accessoires périmés, évacué par la virtuelle modernité, mais le corps résiste encore, sans trop d’efforts, au cinéma et au-delà. Certes, la silhouette sur l’écran relève du revenant, pas seulement celui de Leo, possède une abstraction in situ , y compris au cœur des imageries de l’horreur et de la pornographie, jumelles et conflictuelles, en priorité corporelles. Au ciné, le sang se transmue en gore et le sperme en record . Une fois filmée, la sexualité se travestit en sexe et les maquillages métamorphosent les outrages. L’alchimie du massacre (à la tronçonneuse) ou des automates (des performeuses) arbore sa propre beauté, son aléatoire intensité, sa finalité à la fois explicite et implicite, liée à la mort, grande ou petite. L’émotion de ces mythologies procède de leur pauvre trésor, de leur trésor de pauvres, même si La Nonne cartonn...