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Affichage des articles associés au libellé Marcel Carné

Pain et Madeleine

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  Exils # 142 (19/11/2025) Aseptisée, désincarnée, illustrative, translucide, cf. la célèbre scène de la « tempête crânienne » : on peut préférer sans regret la robustesse de Bernard ( Les Misérables , 1934) ou le pessimisme de Hossein ( Les Misérables , 1982) à l’échantillonnage de Le Chanois ( Les Misérables , 1958). Malgré ses trois heures de familiers malheurs, sa version va trop vite, survole son sujet, rabotage de montage, deux heures ailleurs de tumultes et de chutes, ressemble à une bande-annonce soucieuse de ne déranger personne, de quoi donner raison de facto au pamphlétaire Truffaut. La discutable et discutée « qualité française » mise en cause par l’un de ses futurs représentants, même différemment, s’acoquine ici au fameux, sinon sinistre, professionnalisme allemand, car co-production de bon ton, figurants de la DEFA disons à ouf, capables de remplir avec rigueur le(s) cadre(s) de la bataille des barricades, l’Italie investit aussi. Dès le ...

L’Arroseur à Rosay

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  Exils # 141 (18/11/2025)   En dépit d’une note d’intention de bon ton, La Kermesse héroïque (Feyder, 1935) ne succombe au picturalisme, car cette « farce héroï-comique » déclarée fictive, sinon inoffensive, ne manque de mouvement, à la grue notamment. L’auteur de L’Atlantide (1921), Crainquebille (1922), Visages d’enfants (1925) ou du Grand Jeu (1934) certes profite d’une impeccable direction artistique, concoctée par les cadors d’alors, Benda, Meerson, Trauner, Wakéwitch et compagnie, mais jamais ne s’immobilise ni ne s’endort sous le poids des costumes ou du décor. Sept ans avant Les Visiteurs du soir (Carné, 1942), réalisé par son ancien assistant, il raconte un conte de passage et de passé, propice à être (sur)interprété, contexte historique oblige. Retoqué par Korda et la UFA puis produit par la Tobis, ce succès en salles adapte une nouvelle de Spaak, datée d’une huitaine d’années, chèrement et peu cordialement payée, recrée le comté de Flandre du côté...

Les Yeux ouverts

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  Exils # 19 (07/02/2024) Des notices nécrologiques de diagnostics optiques : si le Ciel existe, l’actrice décédée dut s’en amuser, davantage s’en désoler. Mais ma mémoire, surtout pour un texte à sa mémoire, ne saurait se réduire à un regard (ni au truisme pépère d’une réplique simpliste de Prévert), désire y voir avant tout l’âme d’une femme a priori fréquentable, d’une artiste sous-estimée remarquable. Monica Bellucci le dit aussi, la beauté au fil des films et des décennies vite s’évanouit, à défaut se différencie, il faut presque patienter afin d’être redécouverte, réévaluée. Celle de Michèle Morgan (pseudonyme aux initiales dédoublées, au carré, à la Marilyn Monroe ou Michèle Mercier) n’empêche d’apprécier son talent évident, d’applaudir son indépendance, sa persévérance, de compatir à sa malchance en matière de (mariage) romance, malgré la tendresse offerte in fine par le fidèle Oury, oh oui. Elle refusa des rôles qui pouvaient lui apporter l’absolution, la consécr...

Un cœur qui bat

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Un métrage, une image : Les Visiteurs du soir (1942) Si la littérature médiévale, surtout celle de Chrétien de Troyes, regorge d’allégories, christiques ou sarcastiques, Renart se marre, le fameux film de Carné ne se préoccupe d’Occupation ni de Résistance, lecture historique assez risible, a fortiori lorsque l’on songe aux fréquentations hors de saison d’Arletty. Davantage redevable au Roman de la Rose de Lorris & Meung qu’aux Très Riches Heures du duc de Berry , influence graphique avouée, bien (di)gérée, il s’agit à l’origine d’un scénario original coécrit par Prévert & Laroche, partenaire professionnel et personnel de Jacqueline Audry ( Olivia , 1951), ensuite d’un conte à succès, critique, économique, œcuménique, éclairé/décoré avec brio, musiqué de la même manière par Maurice Thiriet, le compositeur du contemporain La Nuit fantastique (L’Herbier, 1942) ou Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), au casting choral impeccable, un brin bressonien, y compris pa...

Message personnel

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  CD de Circé ? Chiens loin des Deschiens… Écoute ceci, peuple insensé, et qui n’as point de cœur ! Ils ont des yeux et ne voient point. Ils ont des oreilles et n’entendent point. Jérémie 5 : 21 « Disponible dès le 22 septembre sur toutes les plateformes de streaming », avis aux aventuriers, Tu t’appelles comment comporte donc « 14 titres façon livre audio, collages, ambiance, philosophie de la vie et monologues », se décrit en « dialogue entre poésie et matières », ma chère. La petite Lili, pas celle de Miller, le bienveillant Brieuc, se répartissent les tâches sans outrages : à la muse insoumise la « voix » et le « texte », à l’artiste multiple la « production » et les « arrangements ». Fruit d’une décennie de « nuits de poésie », de voyages virtuels et réels de la Germanie vers l’Occitanie, le projet s’apparente à du pudique « strip tease », la pythie sudiste « ...

« Moi j’ai dit bizarre ? Comme c’est bizarre… »

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  Une heure d’extraction, des heures de questions… La séquence surprend, sinon sidère, durée prise en plongée depuis les airs, disons en drone ou bien hélicoptère, société du spectacle patraque et d’insanité spectaculaire, scène presque obscène de télé-réalité ensoleillée, pasteurisée, découverte en direct d’une procédure peut-être suspecte, propice à produire le soupçon de la conspiration. À l’instar du snuff movie façon John Fitzgerald Kennedy, assassinat ça va de soi, pas le premier ni le dernier là-bas, immortalisé naguère par les fameuses images que filma le zélé Abraham Zapruder, il manque un plan, il manque le contrechamp, angle mort au creux du décor, à cause duquel peuvent aussitôt se lever les vents mauvais des hypothèses plus ou moins balèzes, des théories plus ou moins rassies, des explications de raison ou de déraison plus ou moins à la con. En écho au fiasco de l’info d’autrefois, donc au cas d’école de l’exécution de JFK, ce sauvetage génère (DeGeneres) le ramag...

Accusée, levez-vous !

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  Un métrage, une image : Verdict (1974) Obscur opus à plein œdipien, encore produit par l’incontournable Carlo Ponti, où la cara Sophia, « sauvagement belle », dixit le journaliste, « salope » selon Madame Casadesus, pratique le kidnapping , le chantage, la corruption, sinon d’insuline l’injection, afin de faire sortir de prison son pas encore condamné fiston, puis finit, sa culpabilité, certes accidentelle, enfin formulée, « levée d’écrou », je t’avoue tout, dans un mur, adieu aux postures, aux impostures, à un amour maternel à la truelle, étouffant, cause réelle de tous les tourments, davantage que le pedigree de l’accusé, fils de « gangster marseillais » à maison paternelle du côté « de Corte », CQFD. Le magistrat à charge, à moitié retraité, à rendre vénère l’abolitionniste Robert Badinter, dispose d’une épouse diabétique, hic et chic, quelle otage, quel dommage, dont le suicide devait éviter de « déshonorer...

Un chant d’amour

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  Boucle (dé)bouclée, moyen métrage emprisonné, homme protéiforme salué… 1967 : Perrin (dé)peint l’étoile de ses toiles, marin romantique, homoérotique, magnifique, à rendre humides les demoiselles (de Rochefort, d’abord) et (ra)mollir les mecs, même s’ils ne l’admettent, modèle de mélancolie solaire auquel répondra le Querelle (1982) crépusculaire de Fassbinder. 1988 : Perrin se souvient, de l’enfance d’autrefois, du décès du cinéma, déjà, lieu social de lien social, de projection alors artisanale, surtout en Sicile, aussi le cinéaste esseulé pleure de bonheur, devant le bouquet de baisers censurés, laissé en legs par le trépassé Noiret, il en oublie Berlusconi. 2022 : Perrin s’éteint, sans doute serein, à quatre-vingts ans vécus sans perdre de temps, acteur de valeur, financier jamais épicier, documentariste écologiste, cinéphile sincère et sensible. Au ciné, on le vit dans La Vérité (Clouzot, 1960), « Et Satan conduit le bal » (Dabat, 1962), Compar...

Cavale vitale : Un croquis de Cathy

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  Rebelle ? Rouvel. Fille facile ? Interprète intrépide. Star sudiste ? Soleil à domicile… Actrice et comédienne, on s’en fiche, on discerne, Catherine Rouvel toujours alterne le ciné, la scène. Elle naît à Marseille, moi-même idem , elle ne représente pourtant, via la vie, en l’écran, l’on ne sait quelle Provençale provinciale dépeinte depuis la pseudo-capitale, pas davantage, case d’occase, une égérie régionale. S’il convient de la caractériser, de lui procurer un pedigree , adoptons la tactique de l’onomastique, disons donc qu’elle porte un nom de naissance ad hoc , puisque la belle s’appelle en vérité Vitale, patronyme de mouvement, de tempérament, de non-renoncement. La vitalité de l’intéressante intéressée s’incarne d’abord au creux de son corps, outil à la fois intime et expressif de sa profession d’éphémère ou filmée s(t)imulation. Les courbes d’une juvénile Catherine, vingt printemps d’antan, de tout le temps, convient Renoir à l’inviter au Déjeune...

L’Étudiante

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  Un métrage, une image : Club de femmes (1956) Cadeau illico, de quelques lignes, à Jacqueline Fi de saphisme sur film, amateurs, allez ailleurs, déjà déjoués jadis à cause d’Antonioni, le mesuré Le amiche , amies mimis, devenu vif le suggestif Femmes entre elles (1955), traduction-trahison, donc. Idem à destination du MLF, que ce « CDF » fera fissa frémir à force de conformisme, la pseudo-directrice moralisatrice transformée d’une scène à la suivante, notez le téléphone blanc, accessoire dérisoire du ciné d’antan, de rien, molto mussolinien, en midinette suspecte, peste, éprise, surprise, de journalisme marié, désolé. Le DAL, me direz-vous ? Je réponds réquisition d’occasion, interdiction d’expulsion, le droit, de squatter, de cramer, sous un autre toit on l’étudiera, oui-da. À défaut de (se) caresser le minou, nos chattes flattent le matou, s’amusent à l’idée de le manger, aussitôt pensé, aussitôt hôtel particulier déserté, envahi, en catimini, v...

Folies de femmes

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  Un métrage, une image : Forfaiture (1937) De l’hommage à l’outrage, peu d’espace, les vandales le savent, L’Herbier dut s’en douter, ne sut résister à la tentation de remaker l’ouvrage révéré, à l’origine de sa vocation. Mais l’exotisme et l’érotisme du co-scénariste Hector Turnbull, d’ailleurs producteur non crédité de Cœurs brûlés (Sternberg, 1930), le sado-masochisme à la mode DeMille ( Forfaiture , 1915), apparaissaient auparavant, dès L’Argent (1928), d’après Zola, oui-da. Vingt-deux ans plus tard, pas de hasard, voici le temps du cinéma dit parlant, dépaysant, car colonial, voire colonialiste, au racisme assumé, même déminé. Escorté de l’exilé Companéez ( Casque d’or , Jacques Becker, 1952), du cinéphile Auriol, d’un futur fidèle d’Ophuls, nommons donc Natanson ( La Ronde , 1950, Le Plaisir , 1951, Lola Montès , 1955) ; assisté des fidèles Ève Francis & André Cerf ; flanqué de l’éclairé Schüfftan ( Drôle de drame , Carné, 1937) ; financé par...

L’Invasion des profanateurs : Arnaques, crimes et botanique

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  De la déprime et du speed , de la graine et plus de haine… Car Je est un autre. Rimbaud L’Invasion des profanateurs  (1978) possède déjà les défauts de L’Étoffe des héros (1983), il manque de rythme, de style, il dure deux heures, Seigneur. Viré par Eastwood du plateau de Josey Wales hors-la-loi (1976), qu’il co-écrivit, Kaufman en dépossédé paraissait toutefois la personne idoine pour à nouveau adapter la moralité d’altérité de Jack Finney. Ensuite auteur d’un diptyque pseudo-littéraire de peu de valeur, le décoratif et dispensable L’Insoutenable Légèreté de l’être (1988)/ Henry et June (1990), le Phil cinéphile s’acoquine au sieur Richter ( Dracula , Badham, 1979, Brubaker , Rosenberg, 1980, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin , Carpenter, 1986), afin d’édifier les foules au sujet de leur déshumanisation supposée, de leur aliénation, étrangeté au propre, au figuré, de saison, allons bon. En vérité, sa sienne invasion synthétise et spatialise...

Un drôle de paroissien : La Part des anges

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  Si l’habit ne fait le moine, le regard transforme le monde…   Mocky jamais ne se moqua de la foi, sans cesse de son commerce, avec évidemment l’acmé du Miraculé (1987). Mocky & Moury, co-scénariste attitré, signataire aussi de L’Affaire d’une nuit (Verneuil, 1960), transposent ici, en sa compagnie, un bouquin de Michel Servin, à l’intitulé latin : Deo gratias . Mocky confie le montage de ses images à Marguerite Renoir, qui travailla sur Snobs ! (1962), qui travaillera sur La Grande Frousse / La Cité de l’indicible peur (1964). Quant à la musique, rieuse ou religieuse, voilà Kosma. Dans Un drôle de paroissien (1963), on aperçoit le copain Jean Poiret, la compagne Véronique Nordey, on voit surtout Bourvil, acteur complice et docile, sans doute surpris du succès d’un film qu’il aida à financer, sans doute reconnaissant du (rem)placement (de Fernandel), dû à un certain Gabin. Face à l’aristocrate paresseux, dépossédé, pas à court d’idées, d’abord brebis éga...