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Affichage des articles associés au libellé George A. Romero

Je fuis une légende

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  Exils # 120 (24/07/2025) « Il a toujours été spécial » déclare la barmaid adepte du « pas de vagues » local. Cependant le berger sudiste n’accomplit rien d’extraordinaire, l’élevage en bord de mer, donc dénué de la transhumance montagnarde, représente à peine une particularité, un mode démodé soumis à l’immobilier. La séquence du générique le présente ainsi en caméra portée dans son active banalité, s’occupant en silence de ses bêtes simplettes, inconscientes des enjeux dangereux et des « intérêts monstrueux » de leur ancienne présence et programmée absence, avant qu’une porte ouverte et un mouvement paysagiste ne dévoilent l’ampleur du panorama et le prix de cette terre-là. Ni pétainiste ni marxiste, Joseph se fiche de l’idéologie, de la lutte des classes ne se soucie, l’attachement au territoire, voire au terroir, variante culturelle et accessoire consensuel de la provinciale politique archaïque ou écologique, lui passe au-dessus de la tête et...

Mon ennemi Pierrot

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  Exils # 89 (27/02/2025) Film inoffensif au financement participatif, à l’aspect pasteurisé des produits netflixés, Terrifier (Leone, 2016) ne terrifie le cinéphile amateur de cinéma dit d’horreur. Doté du prénom du petit démon de La Malédiction (Donner, 1976), du nom de lion d’un cinéaste célèbre pas seulement pour ses westerns , le type a priori sympathique, si l’on lit ses dires dans Mad Movies , conclue sa clownerie gory avec une dédicace d’occase : « In memory of » Wes Craven, George A. Romero, Tobe Hooper, sacro-sainte trinité de l’imagerie concernée. Hélas, ce troisième essai potache et qui tache ne possède une seconde l’intensité, la radicalité, l’originalité des Griffes de la nuit (1984), La Nuit des morts-vivants (1968), Massacre à la tronçonneuse (1974), items séminaux ensuite déclinés ou décimés à satiété, selon le succès que l’on sait. Toutefois Terrifier semble lui aussi se transformer fissa en franchise , puisqu’il s’agit déjà d’une lucrat...

Il faut qu’on parle de Kevin

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  Exils # 82 (17/02/2025) Selon cette seconde version – je ne reparle de la première, relisez-moi ou pas – d’un « souvenir gênant de l’espace », dixit la réplique du chef des scientifiques et méchant de service, Noir du soir à la barbe blanche, personnage à présent « malaisant », un changement majeur modifie la perspective, en partie piqué au Piranhas (1978) de Sayles & Dante : exit la météorite, place à l’ artefact . Si de jeunes gens incarnent encore de grands adolescents ; si l’ensemble se déroule toujours sur fond de « guerre froide » et de menace mélasse à refroidir, au propre et au figuré ; si la « foi » et la confiance font à nouveau la force, il ne s’agit plus ici de xénophobie fifties , mais d’une manipulation de masse fictive et prophétique. Les hommes en blanc, soi-disant bienveillants, démasqués, menaçants, autant que les militaires d’hier, d’ E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982) ou Starman (Carpent...

La Camisole et l’Exode

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  Exils # 81 (13/02/2025) Le même matériau d’origine – La Famille du Vourdalak d’un cousin de Tolstoï – mais pas le même film : La Nuit des diables (Ferroni, 1972) ne décalque le sketch central des Trois Visages de la peur (Bava, 1963). Adios Karloff tendre et féroce, exit le gothique romantique, à ravir et rassurer les amateurs de la Hammer, fi d’une direction de la photographie remarquable et reconnaissable. Nous voici désormais dans les années soixante-dix, décennie de « crise » pas seulement économique, d’audace et de désastre, de doute et de déroute, de « films de fesses » et de MLF, de terrorisme pas encore qualifié d’islamiste. Le caro Mario s’activa vite, opéra fissa sa transformation stylistique, avec le séminal et cynique La Baie sanglante (1971), matrice pas si apocryphe du slasher US et aussi modèle de misanthropie. Le collègue Giorgio mit plus longtemps, douze ans, avant de délaisser la beauté, la singularité, du renommé, du réussi, L...

Le Paradis du poulet frit

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  Exils # 15 (15/01/2024) Façon La Modification , tel le type de L’Exorciste (bien nommé Friedkin, 1973), vous levez la tête vers la porte-fenêtre du KFC déserté. Une fois franchies les tables, nul ne s’y installe car à l’extérieur, vous tirez la rétive porte d’entrée, enseigne ouverte ce vendredi jusqu’à vingt-trois heures. Dès le hall , ça sent l’huile, derrière le comptoir, moins qu’un autre soir, ça s’active en cuisine. Vos doigts se réchauffent du froid, pianotent sur l’une des quatre bornes, où tournent en boucle les publicités spécialisées, apparaissent les produits à commander. Vous optez pour le menu le plus modique, burger de tenders , cheddar fondu, salade + sauce ketchup et ranch , quelle chance, auquel vous ajoutez une barquette de frites en quartiers, elles-mêmes accompagnées de bacon et sauce raclette, chouette, soda sombre en boisson, glace au caramel en dessert. Au rez-de-chaussée, le personnel épelle à la chaîne les numéros enregistrés, en train d’être trai...

Les Fantômes du miroir

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  Exils # 13 (22/12/2023) J’écrivis, on le vit, sur Vecchiali, désormais (tré)passé de l’autre côté du miroir mouroir, du regard et des égards, comme quelques autres réalisateurs plus ou moins de mon cœur : Deville, Friedkin, Lado, Saura, cohorte pas en toc, à retrouver itou sur ce blog . Idem décédées cette année de ciné, déjà par moi miroitées, Mesdames Laurie, Lollobrigida, Stevens, Welch. Ainsi va la (sur)vie, de la nécrophile, dénommée cinéphilie aussi, vers la nécrologie, arts funéraires en reflet, sis sous le signe de l’éphémère, du lapidaire. Si les salles, croyait Artaud, pas trop marteau, ressemblent illico à des caveaux, certes confortables et climatisés, hédonisme et hygiénisme de la modernité, empreinte de pseudo-pandémie, les soi-disant vivants, souvent à demi mourants, zombies du mercredi, station d’évasion placée entre la famille, le domicile, le métier, le supermarché, emploi du temps occupant, préoccupant, mascarade macabre à la Romand, menteur errant rac...

L’Homme parfait : Mustang

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  Possibilité de (se) tromper, impossibilité d’être (dé)trompé…   Variation de saison et ad hoc des Femmes de Stepford (Forbes, 1975) ? Davantage version locale du peut-être plus sentimental I’m Your Man (Schrader, 2022), synchronicité à la Carl des sorties, eh oui. Sous sa forme amorphe de téléfilm inoffensif, rien d’étrange, mon ange, car Orange (télé)commande, L’Homme parfait (2022) met en images trop sages la masculinité très tourmentée de notre médiocre modernité. Une avocate patraque, un acteur chômeur, un robot (h)UMAN(o) : voici le vaudeville revisité, le trio vieillot réinventé. Mais l’amant manie l’amie, Pierre-François fornique avec Frédérique, pourtant remplace le placard une cabine de batterie colorée où filer, affaibli, se recharger. Durringer et ses scénaristes ne se soucient de sociologie, de misogynie, des épouses dépourvues de blues , d’androïdes sexuels et sexués designés par un séide de Disney, afin d’assister puis assouvir le désir du peti...

La Comtesse

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  Un métrage, une image : Les Lèvres rouges (1971) Scott connaissait Kümel ? Interrogation rhétorique. Cathy & Suzy, Tony lui fait baiser Fanny ( Les Prédateurs , 1983), avant qu’elle ne baise vraiment Fanny Ardant ( 8 femmes , Ozon, 2002). Dans le sillage des outrages de The Vampire Lovers (Baker, 1970) + Vampyros Lesbos (Franco, 1971), revoici des suceuses, certes pas celles des bandes classées X, même si la brunette suspecte, à la coupe Louise Brooks, semble presque une soubrette, issue de la pornographie française de jadis, so seventies . Au début, ça baise, bis , avec entrain, au creux du compartiment d’un train, salut à Martin (Romero, 1977). Ensuite, ça s’installe à Ostende, hôtel bunker à la Enki Bilal ( Bunker Palace Hôtel , 1989), soupçon de India Song (Duras, 1975), puisque surgit l’irrésistible Seyrig. Ce récit séduisit la féministe Delphine, qui piège le mec qui ne pense pas qu’avec sa tête, fellation d’occasion, qui avec sa ceinture, motif ...

Postmortem

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    « Double exposition », « surimpression » ? Impression de déjà-vu, de malvenu…    Je préfère le vin d’ici à l’eau de là. Pierre Dac 313 pages, c’est-à-dire, en réalité, 266, car notes pâlottes, puisque « anthologie spirite » anecdotique, en supplément remerciements à la maman, aux enfants, à Nikos Aliagas, Yves Coppens, Michel de Grèce, Vincent Delerm, Fazil Say, allez : Autopsie des fantômes : Une histoire du surnaturel  se finit fissa, se révèle vite superficiel. Conçu comme une « autopsie du spiritisme », une « anthropologie des fantômes », d’autres catégories à la gomme ?, il s’agit aussi d’une « enquête inédite », presque cosmopolite, conduite par un docteur triple, en médecine, ès-lettres, ès-sciences, tu penses, par un type qui en plus se préoccupe de lexique patronymique et pathologique, affiche et vice-préside ses sympathies féministes, chevalier au carré, encore co...

De sang-froid

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  Un métrage, une image : Les Ailes de la nuit (1997) Toi, jeune homme, ne désespère point ; car, tu as un ami dans le vampire, malgré ton opinion contraire. Lautréamont, Les Chants de Maldoror S’il souffre d’une facture très TV, The Night Flier possède pourtant plusieurs qualités. Produit   par Richard Rubinstein, trésorier de Romero ( Martin , 1977, Zombie , 1978, Creepshow , 1982), fidèle financier de films ou téléfilms adaptés d’après Stephen King ( Simetierre , Lambert, 1989, Darkside : Les Contes de la nuit noire , Harrison, 1990, le longuet Les Langoliers ), tourné en un mois recta , diffusé sur le petit avant le grand écran, voilà le premier titre et presque l’unique du peu prolifique Pavia, ensuite signataire d’un obscur Fender Bender (2016), puis disparu des radars, routiers, clin d’œil à l’ item précité, en compagnie de son épouse Julie Entwisle, actrice tout aussi éphémère, ici castée en Katherine Blair, bientôt patronyme homonyme de sorcière forestière ( ...

J’ai pas sommeil

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  Un métrage, une image : Dracula au Pakistan (1967) Découvrant Dracula au Pakistan , on sourit souvent, pas contre, avec, puisqu’il manie, à l’image du principal personnage, le docteur baladeur le félicite de sa réplique drolatique, le fou rire et le raisonné frisson, du contemporain, plus connu, plus pourvu, Le Bal des vampires (Polanski, 1967) à l’unisson. Pourtant, pas question ici de moquerie, de mélancolie, costumée, annoncée, Sharon à chérir, avant, après le pire, plutôt d’une valeureuse variation, d’une réflexion en action(s), sur le désir, l’adultère, la famille, la foi. Surprise ultime du métrage de morale (pas seulement) musulmane, prologue en voix off d’explicite hubris, seul Allah la vie, la mort « dominer » doit, voilà, on y apprécie, aussi, une scène superbe, de féminine insatisfaction sexuelle, quand Shabnam, mordue, au propre, au figuré, de l’amant mort-vivant, du « cadavre vivant », traduction in English du titre d’origine, l’att...

Un film de Stephen King

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  Royauté reflétée, monarchie d’anarchie… Cinéphile lucide, cf. les études tout sauf « académiques » de Anatomie de l’horreur , scénariste souvent anecdotique ( Creepshow , Romero, 1982, Cat’s Eye , Teague + Peur bleue , Attias, 1985), parfois assez inspiré ( Simetierre , Lambert, 1989), réalisateur amateur a priori pitoyable ( Maximum Overdrive , 1986), le romancier dut à ses débuts son succès au ciné, en l’occurrence à l’écarlate mais immaculée Carrie (De Palma, 1976). Il s’agissait déjà d’infidélité, de malentendu bienvenu, l’intéressé le reconnut. Ensuite, très vite, durant cinq décennies, les transpositions, douces, amères, se multiplièrent, à la manière de gremlins après Minuit ( 2 ou 4 ), ne paraissent sur le point de disparaître, puisque voici désormais annoncés Salem’s Lot de Dauberman, The Running Man de Wright, The Tommyknockers de Wan, au milieu des remakes programmés de Christine , La Part des ténèbres , Firestarter , parmi d’autres tradu...