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Affichage des articles associés au libellé Yeon Sang-ho

New délit

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  Exils # 71 (16/01/2025) Comparé à Kill (Nikhil, 2023), John Wick (Stahelski, 2014) semble soporifique. Durant une heure quarante, exit le générique, le spectateur sans peur assiste ainsi à une castagne en huis clos déjà d’anthologie. Il s’agit ici aussi d’une histoire de filiation, d’insoumission, d’extermination, l’Amérique mythologique troquée contre un train indien, dont tout le monde ou presque souhaite descendre, où tout le monde ou presque se fait descendre. Si ce dynamisme au carré, concentré, exacerbé, l’action au diapason de la locomotion, celle de la machine et celle du film, pistes parallèles de travellings et de voyages immobiles, disons depuis le convoi des Lumière à La Ciotat, rime avec celui de Dernier train pour Busan (Yeon, 2016), encore un survival linéaire de chemin de fer, l’ouvrage évacue vite le filigrane de la lutte des classes, substitue aux zombies et aux capitalistes des bandits et des opportunistes. Alors que le Leone d’ Il était une fois dans...

Le Train des épouvantes

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  Un métrage, une image : Terreur dans le Shanghaï express (1972) « Moscou demande d’arrêter l’Express quand il passera l’aiguillage. Je pense que c’est la guerre » : ce type de réplique, presque prophétique, la profère un télégraphiste, demeure d’actualité, cinquante ans après, même si le prêtre orthodoxe, guère orthodoxe, ressemble plus à Raspoutine qu’à Poutine, le Cosaque à Kojak , que l’ami Cacavas musique aussi. Décalque pirate de la célèbre nouvelle de Campbell, co-écrit + co-produit par un duo de cocos, Arnaud d’Usseau & Bernard Gordon ( Les 55 Jours de Pékin , Ray, 1963), d’où, sans doute, le regard rouge de l’extra-terrestre peu perplexe, illico hors frigo, n’omettons un troisième larron, nommé Julian Zimet ( Le Plus Grand Cirque du monde , Hathaway, 1964), Horror Express évoque l’économie riquiqui de Nyby ( The Thing from Another World , 1951), plutôt que la paranoïaque eschatologie du père Carpenter ( The Thing , 1982). Il s’agit, ainsi, d’un huis clos de loc...

Le Gangster, le Flic & l’Assassin : Le Droit de tuer ?

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Chasse à l’homme qui   dégomme, poursuite psychologique, tract patraque. Voici un titre programmatique, de triangle asiatique, de divertissement dominical, droitiste in extremis , qui retravaille, selon la collusion, la collaboration, le parallélisme de M le maudit (Fritz Lang, 1931). La pègre gestapiste cède sa place à des spécialistes de machines à sous reloues, le tueur d’enfants sifflotant se métamorphose en taré jadis maltraité, en lecteur de traités ethnologiques, en automobiliste létal, entre le morose et l’extatique. Disons-le d’emblée : Le Gangster, le Flic & l’Assassin (Lee Won-tae, 2019) représente, au moins dans son ultime partie, une apologie de la peine de mort, institutionnelle ou individuelle, à faire fissa passer Michael Winner pour un émule de Robert Badinter, le William Friedkin du Sang du châtiment (1987) pour un simple rapporteur de procès, quasiment clément. Cette inclination peu politiquement correcte, inaccessible à la miséricorde, au pragm...

Battleship Island : Banzaï

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Cuirassé encombré ? Gueules noires auxquelles croire… Au cinéma, peut-être par-delà, les Japonais, pour les Coréens, ressemblent aux nazis dépeints par les Européens : des repoussoirs absolus, des barbares en costards, les meilleurs ennemis que l’on adore détester, que l’on apprécie de voir trépasser. Carrément caricatural, Battleship Island (2017) contourne quand même le manichéisme, car il possède aussi un traître issu de Séoul, de surcroît nationaliste, indépendantiste, fétiche à exfiltrer. Ailleurs, la jeune Coréenne crue tatouée, révélée exilée, violée, prostituée par un similaire ressortissant, raconte au calme les scarifications que lui imposa un sadique « secrétaire de mairie » de son pays. Il évacue en sus la moindre once de triomphalisme, de chauvinisme, s’achève sur une victoire à la Pyrrhus, sur une liberté incertaine éclairée par l’immense et sinistre brasier de Nagasaki, « quelle horreur », en effet, quel crime (in)qualifiable de gu...

Snowpiercer, le Transperceneige : L’Équilibre de la terreur

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Express autour du pôle, terminus hors omnibus , petit livre rouge et grand conte blanc… Nous roulons protégés dans l’égale lumière Au milieu de collines remodelées par l’homme Et le train vient d’atteindre sa vitesse de croisière Nous roulons dans le calme, dans un wagon Alstom, Dans la géométrie des parcelles de la Terre, Nous roulons protégés par les cristaux liquides Par les cloisons parfaites, par le métal, le verre, Nous roulons lentement et nous rêvons du vide. Michel Houellebecq, Célibataires , Présence humaine « Une fois à leur place, on sera différents » affirme Curtis, messie récalcitrant mais vaillant, à Edgar, disciple rescapé de son appétit tabou ; plus tard, Wilford, amphitryon méphistophélique, lui susurre : « Le train est le monde. Nous sommes l’humanité. » L’ingénieur isolé (avatar vieilli du hikimori du segment Shaking Tokyo ), en train de cuire un steak , donne au leader forcément « charismatique ...

The Chronicles of Evil : La Vengeance dans la peau

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Une resucée moins stylisée du fameux Old Boy  ? Davantage une parabole cruelle sur le passé impardonnable et la culpabilité partagée (à tout âge)… « Je suis le fils d’un meurtrier » : des années plus tard et en voix off , l’adulte se souvient de son enfance déshonorante, de l’arrestation paternelle, de nuit, sous la pluie, au ralenti. De son côté, après de brèves réjouissances entre hommes (ceux de son équipe), le policier promu monte dans un taxi, en route vers un restaurant. Un beau plan, utilisant toute la largeur du Scope, l’isole à droite du cadre, derrière la vitre de la portière. En réalité, au lieu d’un bon repas nocturne, il va boire jusqu’à la lie la noirceur d’une nuit rendant dérisoire son succès, ses ambitions, le rendant prisonnier d’une filiale malédiction. Le chauffeur en veut en effet à sa peau, à cause d’une histoire de relaxe et de corruption. Bagarre montée cut , à la lueur des phares, sur un terrain vague à l’écart, couteau au creux du ...

Dernier train pour Busan : La Horde

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Classe tous risques pour un Piège à grande vitesse  ? Certes et davantage dans ce « premier » film lucide, désenchanté… À l’amical Jamel, spécialiste enthousiaste des imageries d’Asie Mobilis in mobile devisait le mélomane Nemo dans son Nautilus misanthrope : Yeon Sang-ho réinvente les huis clos de Romero via un mouvement méta, le train du cinéma (des Lumière à Lucio Fulci, de la femme disparue de Hitchcock à la Max androgyne de Mission impossible ) à nouveau requis pour un aller simple au pays de la métaphore sociétale. Le film de zombies , sous-genre prolifique de la dite horreur, prolongé en BD ou à la TV (interminable The Walking Dead , soap eschatologique), présente toujours un miroir du temps, le tend à l’humanité afin qu’elle s’y mire et s’y retrouve, littéralement. Si, dans le western (structure de l’assaut par l’altérité ici conservé), les Indiens (ou Amérindiens, plus exactement, sinon Natives ) servaient souvent de repoussoir, de menace an...