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Affichage des articles associés au libellé Peter Strickland

May

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  Un métrage, une image : The Victim (2006) Voici un film fourni en fantômes de folklore et fondus au noir, à dimension méta, coupé en deux en son milieu, porté sur le replay de présence surnaturelle enregistrée. Chez Monthon Arayangkoon, la persona devient un personnage à part entière, doté d’un masque mortuaire, la hantise se matérialise, les rôles se renversent, les identités se dédoublent. Le sang-froid du fameux Paradoxe sur le comédien libertin cède sa place à une incitation à « fusionner » sa personnalité, à force de mémorisation répétée, avec le caractère représenté, comme l’explique la prof de l’ incipit un brin lycéen, aux étudiantes indolentes. En matière de méthode, majuscule incluse, celle-ci en vaut une autre, toutefois, au pays de la foi, a fortiori en l’au-delà, on n’incarne pas les morts sans (se) causer du tort, même si encens allumé sur l’autel des décédés. Saupoudrée d’un soupçon d’humour plus ou moins volontaire, la première partie possède presqu...

Citizen Kane + Persona : Nos funérailles

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  Boutons de roses, leçons de choses… Les débuts emblématiques, très énigmatiques, de Citizen Kane (Welles, 1941) et Persona (Bergman, 1966) carburent au clair mystère du cinéma défini en art funéraire. La pancarte patraque, dotée d’une interdiction d’occasion, fissa enfreinte, indique donc de « ne pas pénétrer sans autorisation », pas seulement, puisque le verbe anglais to trespass provient de l’ancien français trespasser , qui possède déjà ce sens précis, au propre et au figuré, de « traverser », « outrepasser », « transgresser », associé à celui de « passer de vie à trépas », de décéder, CQFD. Si le grillage de bouclage, claustrophobique, journalistique, puis le portail à initiale, kafkaïenne ou fraternelle, de Kane à Caïn, parce qu’il le vaut bien, pourtant béant, il ne faut franchir, au sein de sa sinistre autarcie, le citoyen malsain n’aspire pas non plus à périr. Hélas pour le magnat des médias, le double et fier impéra...

Olivia : Le Vice et la Vertu

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jacqueline Audry. Si le reste ressemble à ceci, il convient de vite (re)découvrir la filmographie de Jacqueline Audry. Disons-le d’emblée, puis passons à plus intéressant : la principale intéressée, jadis puissante, ensuite renversée, pas uniquement via la Nouvelle Vague, destin de réalisatrice doublant « l’absence » de la directrice, la vie imite l’art, vous allez finir par le savoir, se voit désormais adoubée par le lobby LGBT, fissa transformée en figure pure mais obscure du fatigant féminisme. Projetée en festival spécialisé, dénommé « de films de femmes », fichtre, son parcours, supposé exemplaire, repeint par des expertes portées sur les « études genrées », elle mérite mieux, elle n’appartient à personne, elle s’adresse aussi et heureusement aux hommes. N’en déplaise aux déplaisants communautaristes, aux thuriféraires de l’identitaire, à ceux et surtout à celles qui classent, cassent, cadenassent, qui, ...

Feedback : Radio Days

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Brexit  britannique ? Coup de Moscou. Citoyen à la Bourdin ? Sériel assassin. « Quand on n’a plus rien à perdre, on devient monstrueux » : premier long métrage rempli d’outrages, au propre, au figuré, au présent, au passé, Feedback (Pedro C. Alonso, 2019) démontre donc sa moralité de résumé, en plus d’illustrer un fameux aphorisme de Friedrich Nietzsche, au sujet d’un abîme intime, d’une monstruosité miroitée. De l’autre côté du verre blindé, insonorisé, à la radio, devant son micro, le londonien Jarvis voit ressurgir sa némésis, c’est-à-dire l’obscure Claire, déguisée en transparente et mésestimée stagiaire. Que fit d’affreux cette star du soir, animateur a priori dépourvu de peur, malgré des intimidations de saison, de La Triste Réalité – The Grim Reality en VO –, émission controversée, à succès, un certain soir de gloire, d’alcool, de drogue, de séduction à la con, mineures éméchées, vaine virilité, gare au bazar à Belfast, IRA ou pas, en compa...

Le vampire a soif : Derrière la porte verte

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Vernon Sewell. Ce farceur de Freud se délectait du supposé « continent noir » de la sexualité féminine, amen , aussi Le vampire a soif (Vernon Sullivan, pardon, Sewell, 1968) commence justement en Afrique coloniale, remarquez le contraste immédiat, explicite, entre l’homme blanc, en mince costume homonyme, et ses costauds rameurs torse nu, à la peau sombre. Un remake , muni d’insectes, de Tintin au Congo , so  ? Plutôt l’impeccable Peter Cushing au pays des papillons, puisque un certain Mallinger, entomologiste malin, malsain, en sus Autrichien, nom d’un chien, ne trouve rien de mieux à créer qu’un compagnon, de sang assoiffé, ranimé à l’électricité, ah ouais, pour sa fifille, elle-même hybride, bigre. On le voit, Le vampire a soif , titre français trivial, contre l’hyperbole allitératif de l’original : The Blood Beast Terror , s’amuse avec la mauvaise conscience insulaire, sonde sans g...

The Guilty : Phone Game

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Thriller très téléphonique ? Communication assez téléphonée… Résumons : Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974) se met en relation avec Hamlet , car oreille liminaire, car asile à Elseneur, car folie non plus simulée mais avérée, actée, conscientisée, car production danoise en sus. Le standardiste esseulé en dépit de son alliance s’empoisonne tout seul, il ne repousse plus un spectre paternel, il esquive une journaliste intrusive, pléonasme, il essaie de conjurer le procès du jour suivant, à coup d’aspirine magnanime, hypnotisante, en autarcie. Asger se rêve en sauveur prometteur de l’épouse a priori enlevée par son mari déjà condamné, violent, en voiture ; en père par procuration de la petite Mathilde, est revenue, rajoute Jacques Brel, solitaire, à domicile, ensanglantée ; en fonctionnaire adepte nocturne des heures supplémentaires, à quoi bon rentrer chez lui, puisque personne ne l’attend, pardi ? Hélas ou tant mieux, les « demoise...

Le Nom de la rose

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Mots tribaux, lignes en ligne, accord tacite de la malédiction du sort. Rien de plus politique et poétique que la linguistique, hormis le film cinématographique, mais que deviennent les termes mués en images sonores, en mouvements de temps, en textures impures ? Disons que deux langages se rencontrent au cœur du métrage, que le ramage et le plumage fusionnent afin d’afficher un paysage sans outrages. Mankiewicz, Pagnol, Rohmer, cinéastes classés littéraires, ne font pas du cinéma de papa, ne mettent pas du théâtre en conserve, et moins encore Cronenberg , métamorphosé désormais en romancier. Les dialogues, souvent admirables, où chaque vocable devra porter avec le maximum de puissance, la banalité enfin congédiée, la paresse aussi, n’existent pas ex nihilo , ne se déploient pas dans je ne sais quel éther universitaire. Décors naturels, appréciez l’oxymoron, ou huis clos de studio, l’écrin fonctionne à plein, enracine les répliques au sein de la réalité transfigurée, sens est...

Sans un bruit : Family Man

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Une parabole acoustique ? Un sermon prosélyte.   ASL & ILM, puisque voilà une histoire en langue des signes américaine avec créatures informatiques à l’ouïe en effet très fine. Mené au milieu d’un supermarché de province mis à sac, abandonné, le prologue donne dans l’eschatologie jolie, le consumérisme passé de mode, et l’on se dit que, peut-être, Sans un bruit (2018) va suivre le sillage satirique de Zombie (1978). Hélas, tant pis, John Krasinski ne s’avère jamais un émule de George A. Romero et son métrage tellement sage choisit vite de magnifier la Famille, cette viande avariée dévorée par la gamine guère reconnaissante de La Nuit des morts-vivants (1968), s’en prenant à sa pauvre maman, mon Dieu. Le supposé Seigneur s’immisce ici aussi, à l’occasion du protagoniste masculin aux faux airs de prophète (ou de Nanni Moretti rendu mutique), du sentiment de culpabilité partagé, d’un bénédicité mains serrées, d’un sentimentalisme musical agraire (écoute en sourdi...