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Affichage des articles associés au libellé Russell Mulcahy

Au non du père

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  Exils # 135 (20/10/2025) Dragons d’introduction, affrontement sanglant, auquel répondra la main coupée de la sorcière aristocratique et mélancolique, sens médical du terme, puisque liquide noir au lieu de rouge. Après ce prologue, écho de chaos, « l’instabilité règne sur le royaume de Terremer », réplique en rime avec celle, économique et politique, de la France d’aujourd’hui, pardi, un père royal se fait planter par son fils infernal, scène originelle, quasiment « primitive », dont la dimension symbolique stimule bien sûr l’interprétation psychanalytique. Si ceci ne suffit, voici aussi du marché esclavagiste et du commerce addictif, première dose offerte, dépendance à perpète. Cette noirceur délestée cependant de complaisance, à relativiser lorsque comparée aux histoires du soir des Grimm, Perrault and Co. , constitue l’un des motifs thématiques et dynamiques du film. La quête d’équilibre ne saurait par conséquent occulter l’obscurité au cœur des adultes co...

Débâcle d’Outback

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  Exils # 94 (20/03/2025) Carni quoi ? Carnifex , mec. Ben (se) la ramène, revient au latin, « bourreau » adoubé « fabricant de chair », de quoi ravir Clive Barker, explique aux filles et au public qu’il s’agit d’une espèce assez suspecte, presque hypothétique, disons d’une légende aux origines authentiques. Tandis que les spécialistes se demandent aujourd’hui si ce marsupial maousse de l’époque préhistorique disparut à cause de l’arrivée humaine ou du changement climatique (déjà, d’autrefois), notre trio – une documentariste + deux conservationnistes – pas trop rigolo (cumul de solitudes) et très écolo s’en va relever des vidéos d’espèces protégées, en quête d’inconnu bienvenu, d’une nouvelle bébête à fissa défendre contre les flammes et les cendres. Carnifex (Lahiff, 2022) s’ouvre ainsi sur un incendie, fléau de Californie et d’Australie aussi. Il se poursuit parmi des paysages sans âge, autant naturels qu’ils peuvent l’être, sorte d’éden vu du ciel, ...

Salauds de Suède

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  Exils # 73 (22/01/2025) Un canicide, quatre homicides, dont un « féminicide », un viol collectif, un suicide explosif : ça ne chôme pas, chez les Suédois. Au-delà du ciné, depuis des années, le fameux « modèle » bat de l’aile, aux prises avec des maux plus ou moins modernes, ce qu’atteste une pelletée de textes populaires classés en littérature policière, Läckberg Camilla ne nous contredira. Une récente étude de la Drees, analyse statistique certes toujours suspecte, place aussi cet autre « plat pays » parmi les plus dépressifs d’Europe, derrière notre Hexagone, paraît-il le premier à déprimer. On oublie donc Bergman, même et surtout celui de La Source (1960), on remate Razorback (Mulcahy, 1984), on chine les représailles des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) car The Hunters (Sundvall, 1996) retravaille une horreur rurale et locale à côté de laquelle le mimi Midsommar (Aster, 2019) et son sacrifice festif ressemble à une blague pseudo-s...

Les Jeux d’Elsa

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  Exils # 37 (12/06/2024) « Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire » écrivait le résistant Aragon (Les Yeux d’Elsa ) : avouons vite ne conserver de Di Di Hollywood (2010) que le souvenir d’un ultime titre anecdotique, comme si le fréquentable et toutefois inégal Bigas Luna ( Angoisse , 1987 ; Jambon, jambon , 1992 ; Bambola , 1996), décédé ensuite d’une leucémie, délivrait ainsi son Showgirls (Verhoeven, 1995) à lui. Le moralisme méta, la satire réflexive, le vide obscène des riches et des célèbres, on les laisse à ceux qu’ils intéressent, on attend davantage des images que la démonstration de leurs mirages. Mais l’on y remarqua, oh oui, la remarquable Pataky, Diana Diaz – clin d’œil de dédoublées initiales à notre Brigitte Bardot nationale – sur le podium puis dans l’impasse. Telle la courageuse Elizabeth Berkley, Elsa Pataky subit quelques moqueries, son physique impeccable, souligné par le sensuel Bigas, la rendant presque suspecte, to...

Le Banni

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  Un métrage, une image : Highlander (1986) Des épées, des décapités, des empalements, dorsaux, style sodo, en ville ventraux, des décharges d’énergie, comme des orgasmes de folie, d’épiphanie : la madeleine mulcahyenne ravit les psys, met en image d’ironique hommage une masculinité très tourmentée, de surcroît incapable de se reproduire, seulement condamnée à s’auto-détruire, avide de viol gardé secret ou portée sur l’adoption de petite rescapée, orpheline enfant maintenant magnanime maman. La tête posée, pas encore tranchée, en pietà sur les genoux de la pas si égoïste Brenda, spécialiste métallurgiste et légiste toutefois tournée vers la vie, l’acceptation de l’impossible, des identités graphiques multiples, à quoi songe Conrad/Connor, sinon à l’Écosse, au clan des McLeod, à la chère, éphémère, Heather, à l’incontournable, increvable, décourageant Kurgan, némésis complice, dialoguiste d’église, en écho aux Inco ( rruptibles , De Palma, 1987), qui utilise le pseudonyme...

He Walked by Night

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  Un métrage, une image : He Never Died (2016) Il faut faire fi de sa forme téléfilmée, écarter ses carences d’écriture, afin d’apprécier, à sa modeste mesure, cette moderne relecture du destin de Caïn. Inédit en salles, disponible en ligne, l’ opus obscur portraiture un Melancholy Man , reprenons donc le titre explicite des Moody Blues, posé sur la bande-son, utilisé en situation. La mélancolie mutique, autarcique, du protagoniste in extremis colérique, car voici une très vieille connaissance, un vieil homme qu’il vaut mieux éviter de voir, semble aussi caractériser son interprète, à savoir le polyvalent, voire « intimidant », Henry Rollins, qui commit de multiples caméos au ciné, à la TV, par exemple chez Lynch & Sia ( Lost Highway , 1997, Music , 2021), s’illustra surtout au sein de Rollins Band, parmi lequel il incarna, à l’occasion d’un clip à succès, par le spécialiste Corbijn ( Control , 2007 ou The American , 2010) dirigé, remarquable et remarq...

Bunker Palace Hôtel

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  Un métrage, une image : Gehenna: Where Death Lives (2018) Pourvu d’un sous-titre choc et chic, ce premier film d’un admirateur d’Osamu Tezuka, spécialiste des effets spéciaux et character designer adoubé, car Hiroshi Katagiri bossa pour Stan Winston, Steven Spielberg, Guillermo del Toro ou Sam Raimi aussi, carbure à une malédiction de colonisation, à la culpabilité décuplée, accessoirement aux couloirs de mouroir. Une petite équipe en quête de touristique, d’exotique, se retrouve vite à l’intérieur d’un bunker, d’un tunnel tout sauf of love , Bruce Springsteen en déprime, idiotisme itou classé X, lexical, anal. Pas de sexe ici, tant mieux, tant pis, juste le passé jamais (tré/dé)passé, qui ressuscite et resurgit, puisque sous le paradis et la plage s’agitent la guerre et la rage. Muni d’un caméscope ad hoc , notre team antihéroïque se fait affoler fissa, souviens-toi, selon un paradoxe temporel cohérent et cruel. Commencé comme Les Yeux sans visage (George Fra...

Tom et Jerry

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  Un métrage, une image : Fair Game (1986) Exercice de style habile, jadis jugé misogyne, aujourd’hui félicité féministe, Fair Game s’avère vite un ouvrage toujours divertissant, un opus jamais complaisant. S’il bénéficie du beau boulot du directeur photo Andrew Lesnie, ici à ses débuts, ensuite partenaire de George Miller ( Babe, le cochon dans la ville , 1998) et surtout de Peter Jackson, éclairant son épuisante pentalogie de tolkienneries, son remake à la con de King Kong (2005), son adaptation du bouquin à succès d’Alice Sebold ( Lovely Bones , 2009), Fair Game vaut avant tout pour la découverte de la svelte Cassandra Delaney, actrice furtive dont la performance physique suffit à lui assurer une méritée renommée, pas qu’auprès du guignolo Quentin Tarantino. Traquée par trois connards guère queutards, plutôt portés sur le massacre motorisé de kangourous nocturnes, équipée bleutée, patraque, très à la Razorback (Russell Mulcahy, 1984), notre soigneuse de sanctu...

L’Esprit de la mort : Les Immortels

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  Qui veut vivre toujours ? Pas sans toi, mon amour… Comparé au moralisme de L’Esprit de la mort (Peter Newbrook, 1972), celui de Frankenstein paraît presque permissif : alors que Victor, bon baron, idem adonné aux délices sinistres de l’hubris, donnait certes naissance à sa pauvre et impure créature, perdait pourtant son frangin benjamin, sa servante innocente, son meilleur ami aussi, sa svelte Elizabeth, promise adoptive, je précise, puis presto son père et ensuite décédait, suivi de près par sa némésis suicidaire, polaire, Hugo Cunningham, puisque privilégié depuis cinq cents années, du pouvoir évitons de profiter, soutenons la domesticité, observons le monde en train de changer, aspire à prouver l’existence de l’asphyx du titre d’origine, à capturer sa présence au creux d’un réceptacle aux allures de cercueil raccourci ; hélas pour lui, cette immortalité à domicile, domestiquée, va vite conduire à une accumulation de deuils en série, ceux de sa seconde épouse, fi...

Avoir 20 ans dans les Aurès : Chronique des années de braise

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  « Guerre sans nom » ? Cohésion de décision… (Im)parfait contemporain du Franc-tireur de Causse & Taverne, voici un second western révisionniste, le célèbre Avoir 20 ans dans les Aurès  (1972) de Vautier. Léotard rempile, en lieutenant impressionnant, tandis qu’Arcady, sosie d’Aja, nul ne s’en étonnera, Brizzard, Canselier, Elias, Moreau, Ribes sans Palace , Scoff sans Collaro, constituent le récalcitrant commando . Ils réclament la « quille », ils expérimentent l’exil, bien loin de leur Bretagne, en plein « putsch des généraux », à l’ombre et à la radio du Général, de Gaulle, qui d’autre ? Égalitariste dès le générique, le réalisateur associe au sien les noms de ses assistants, de sa scripte. Co-monté par l’un des acteurs principaux, à savoir Hamid Djellouli, ensuite au casting du R.A.S. (1973) de Boisset, aussi un récit « d’insoumis », fissa transformés en élite polémique, le film de fiction affirme sa « vérac...

Fortress : The Warriors

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Les « risques du métier », le « trophée » à ramener… Adapté par l’indispensable Everett De Roche du premier opus de Gabrielle Lord, à succès instantané, au passage inspiré d’un « fait divers » des seventies décalqué sur une célèbre séquence de L’Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), co-produit par HBO, distribué en réduction en salles australiennes, voici un vrai téléfilm valant mieux que de nombreux faux « films ». Réalisateur de second unit sur Razorback (Russell Mulcahy, 1984), documentariste gouvernemental, Arch Nicholson, décédé à la cinquantaine, dommage, délivre un ouvrage attentif, inventif, in extremis très ironique. Sorte de « sortie scolaire » hardcore , Fortress (1985), aka L’École de tous les dangers , amitiés au compatriote Peter Weir ( L’Année de tous les dangers , 1982), relève du ravissement, du survival , de la revanche vacharde. Cette fable affable, à la moralité immorale, aux kidnappeurs masqués, id...

Le Secret du lac : La Prophétie des grenouilles

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Nostalgie rassie ? Découverte guillerette… « Les Noirs sont tellement bizarres » (« Blacks got a lot of funny ways » en VO) : la réplique ne ravira les manifestants de maintenant, mais Le Secret du lac (Brian Trenchard-Smith, 1986) présente avec respect, sinon fraternité, ses « indigènes » d’Aborigènes, n’en déplaise à la critique inique, politiquement correcte, par conséquent abjecte, du bien-pensant The Guardian , osant gloser sur son « casual racism », mince, qu’elle diligente un dictionnaire, qu’elle ôte ses œillères. Écrit et co-produit par le valeureux Everett De Roche, scénariste inspiré de Long Weekend (Colin Eggleston, 1978 + Jamie Blanks, 2008), Harlequin (Simon Wincer, 1980), Razorback (Russell Mulcahy, 1984), Link (Richard Franklin, 1986) ou Visitors (Richard Franklin, 2003), voici un récit d’adolescence, de croyance, de masculinité, de maturité. Film faussement zoologique et film effrontément euphorique, Le ...