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Affichage des articles associés au libellé Statut du Festival de Cannes

That’s Entertainment!

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  La fin de Netflix ? Le cycle du recyclage… Affaire de fric, annonce symbolique : Amazon dispose donc désormais du gros catalogue de la MGM elle-même. On sait que ce studio presque centenaire possède un CV assez agité, cas d’école pour spécialistes ès faillites. On se souvient des épisodes plutôt pénibles de son feuilleton financier, du kolossal Kirk Kerkorian, de l’éphémère Ted Turner, de l’Asie selon Sony, du transalpin Giancarlo Paretti, épaulé par un certain Crédit Lyonnais, olé. La fameuse firme du lion à la con, dotée de sa devise autarcique ou cynique, l’art pour l’art, à moi les dollars , subit aussi le démantèlement antitrust et des dettes à perpète, dont un faramineux fiasco dû au mégalo mais pas démago Michael Cimino ( La Porte du paradis , 1980). Néanmoins « major » en or, elle accumula moult succès, assortit un essaim de « stars », déploya des producteurs de valeur, citons les noms d’Irving Thalberg, de David O. Selznick, du tandem W...

Le Docteur et les Assassins : Soigner le ciné en société

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Récoltes dérisoires, grains de guérisons… 1 Le cinéma est essentiellement révélateur de toute une vie occulte avec laquelle il nous met directement en relation. Mais cette vie occulte, il faut savoir la deviner. Il y a beaucoup mieux que par un jeu de surimpressions à faire deviner les secrets qui s’agitent dans le fond d’une conscience. Le cinéma brut, et pris tel qu’il est, dans l’abstrait, dégage un peu de cette atmosphère de transe éminemment favorable à certaines révélations. Le faire servir à raconter des histoires, une action extérieure, c’est se priver du meilleur de ses ressources, aller à l’encontre de son but le plus profond. Voilà pourquoi le cinéma me semble surtout fait pour exprimer les choses de la pensée, l’intérieur de la conscience, et pas tellement par le jeu des images que par quelque chose de plus impondérable qui nous les restitue avec leur matière directe, sans interpositions, sans représentations. Artaud, 1927 Nous approchons d’une époque ...

La prochaine fois je viserai le cœur

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Énigme limpide des Euménides, calvaire du Captain Marvel  de Jim Starlin. Quand je me détendrai enfin, quand je presserai la détente à deux mains, je reverrai peut-être tous les films que je vis, les mille et une vies traversées au passé, qui me transpercent au présent. Quel littéral final cut  ! Quel instantané en accéléré ! Quel furtif récapitulatif ! Je me planquerai dans l’impasse à palmiers de Pacino. Je sauterai avec Sigourney enceinte de l’étranger au creux de son brasier. Je m’écroulerai dans la rue indifférente à côté de Ventura, pauvre papillon épinglé. Car regarder un film, finalement, a fortiori fiché horrifique, s’apparente à entrevoir un accident, lent travelling avant puis latéral vers le point d’impact, la « scène du crime », la « scène primitive », la sculpture impure qui cristallise la collision et immortalise un événement évident, irréversible. Art mimétique, art funéraire, le cinéma représente le monde et la mort,...

De beaux lendemains

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 « Piège à cons » ou poltrons, haleines de moutons, contrefaçon de participation. Et sans doute est-il étrange aussi de faire de l’homme parfaitement heureux un solitaire : personne, en effet, ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul, car l’homme est un être politique et naturellement fait pour vivre en société. Aristote, Éthique à Nicomaque , IX, 9 Est-ce que tu le sens le bonheur Qui se dessine à l’horizon Est-ce que tu la sens la chaleur La nation devient ta maison TiBZ, Nation Les revoilà, suivant la loi. Les revoici, tous réunis. Dans d’affreux petits « films de campagne » sous-titrés, diffusés tous les soirs de la semaine à la TV (publique) assermentée, asservie, tam-tam tribal à la Marshall McLuhan de plus en plus assourdi (bien que les « nouvelles » en ligne fassent « grise mine », entre broutilles de l’ infotainment et jugements « à l’emporte-pièce » du «...

Les Femmes d’à côté

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Cachez à Cannes ce sein « malsain » que nous désirons voir. Gérard Depardieu, acteur indiscutable un peu vite reconverti en amuseur russe, s’émut récemment de la présence à Cannes de Rocco Siffredi, sympathique/nauséeux « étalon » italien capable de (plutôt bien) jouer sans jouir chez Catherine Breillat, de repasser (une chemise) tôt le matin pour Catherine Ceylac et surtout de « dresser » d’innombrables inconscientes, en leur enfonçant la tête dans la cuvette des toilettes ou en les faisant saigner de la bouche au cours d’une fellation (on se contente de décrire, il existe pire). Tout se perd, ma bonne dame , et même un émule d’Alain Delon (période Jean-Pierre Melville) ou de Silvio Berlusconi (« pistachier » outrancier) peut venir présenter ici un documentaire à sa gloire narcissique, (dé)monter les marches pour Money Monster de Jodie Foster (le sut-elle ? Lui dit-elle ce qu’elle en pensa, en français, langue partagée), au bras d...

Independence Days

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Comment Cannes devint (vraiment ?) autonome. N’en déplaise aux esthètes et autres « humanistes » ne s’occupant pas de politique – elle finit toujours par s’occuper d’eux, fréquemment à leur détriment –, le cinéma se situe dans la Cité, dans un hic et nunc particulier, dans un réseau d’idées, de volontés, de talents et de moyens financiers inséparables. Politique par nature et par pratique, il s’agit donc d’un art du commerce mais surtout de la communauté (humaine, citoyenne), le microcosme « bigarré » de l’équipe reproduisant le patchwork sociétal, même au sein d’une classe générationnelle (la double jeunesse d’un premier film), en dépit de sa propension autarcique (notoires relations incestueuses d’un milieu se définissant lui-même, en France, comme une « grande famille »). On peut composer, écrire, peindre seul, voir aussitôt le résultat de ses efforts et décider de le conserver pour soi, dans une sorte d’arrogance aristocratique – u...

Extérieur, nuit : Cinéma de la Plage

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Vamos a la playa , martelait autrefois Righeira – y croiserons-nous la juvénile Pauline, l’irréelle Arielle d’Éric Rohmer ou Tony Montana, le « renoirien » enragé/balafré de Brian De Palma ?  Sous le sable nocturne gisent des films restaurés à exhumer en archéologues-cinéphiles, à ranimer en inoffensifs profanateurs de sépultures de celluloïd. Sous le ciel immense, doucement noirci par la nuit bleue, dans de confortables transats terrestres, parmi un public attentif et intergénérationnel, les images d’hier retrouvent leur jeunesse première, via le souci de la préservation d’un patrimoine vraiment mondial, grâce à l’alchimie du numérique, « fontaine de jouvence » abouchée au flux informationnel. Tout paraît tourné la veille, les scènes resplendissent dans l’éclat mat, lisse, du lustre-langage binaire. Si l’ambre abrite les reliques des dinosaures, les suites de 1 et de 0 redessinent un nouvel imaginaire, donnent à contempler la richesse d’un tréso...