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Affichage des articles associés au libellé Martin Ritt

Le Concert et le Cimetière

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  Exils # 128 (16/09/2025) Dans Obsession (De Palma, 1976), autre avatar du complexe d’Électre, une restauratrice de tableaux invitait à sauvegarder la beauté, peu importe le palimpseste. Dans La 7 ème Cible (Pinoteau, 1984), la mamma de Ventura dissimule sous ses « gouaches » pas si dégueulasses des signatures de renom, découvre Degas d’un coup de chiffon. On devine vite que le procédé de la double couche s’applique au film, qui commence comme se termine Un papillon sur l’épaule (Deray, 1978) et se termine comme commence L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965). Cette fois, toutefois, l’acteur en bout de course et presque à bout de souffle ne se fait plus descendre à distance, en pleine rue passante et indifférente, il se fait tabasser arrivé au sommet d’un escalier à la Remorques (Grémillon, 1941) mais démuni de flotte, position surélevée perdue puis retrouvée, car il l’occupera en coda, indication musicale et spatiale. Ce récit d’une chute rempli de tumulte troq...

L’Âge de glace de la guerre froide

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  Exils # 119 (17/07/2025) Si Richard Harris refusa L’ Œ uf du serpent (Bergman, 1977) au profit d’ Orca (Anderson, 1977), la production imposa donc Richard Burton, mais L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965) lui permet de déployer l’une de ses meilleures interprétations. Escorté par un casting choral impeccable, Monsieur Liz Taylor, ancien amour de Claire Bloom, vous suivez, acteur au carré, à raison récompensé, incarne un Alec très tourmenté, d’abord déguisé en dépressif alcoolique, amer et déclassé, ensuite en prisonnier express puis vrai-faux transfuge de retraite montagnarde et de tribunal bancal. Les mauvaises langues soulignent qu’il s’agit à peine d’un rôle de composition, les cinéphiles applaudissent devant le talent, capable d’exprimer la peur de ce temps-là et le dégoût de tout cela, sinon de soi. Pourri par l’opportunisme – expediency en VO, « pragmatisme » en sous-titres – et le machiavélisme, voire le pharisaïsme et l’homophobie, queer guère un...

La classe ouvrière va au paradis

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  Un métrage, une image : Les Camarades (1963) Pour Jacqueline, camarade cinéphile Comédie (mélo)dramatique en sourdine drolatique, Les Camarades (Mario Monicelli, 1963) se termine en déprime : le gosse déscolarisé se met à travailler, à franchir en dernier, derrière les adultes, après le tumulte, les grilles vite refermées, usine d’hier, insulaire, cellulaire, fissa substitué à son frère à terre, mortellement touché par le « feu à volonté » de l’armée, sur lequel s’ouvrait, deux heures dix auparavant, l’épopée d’antan. À la découvrir aujourd’hui, restaurée, numérisée, à moitié par TF1, ils ne redoutent dégun, elle paraissait programmée pour l’insuccès, trop amère, trop en colère, pas assez solidaire ni révolutionnaire. Pas encore cancéreux, hospitalisé, suicidé, le cinéaste chronique un échec collectif, donc individuel, l’immortalise et le magnifie, très beau boulot du maestro Rotunno ( Rocco et ses frères , Visconti, Hier, aujourd’hui et demain , De...

Norma Rae : Sur les quais

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 « Tous ensemble », qu’ils disaient. Et après ? En 1979, Sally Field se prit pour Arlette Laguiller ; bien lui en prit car on la récompensa  à Cannes et Hollywood (Jane Fonda, pressentie, refusant, dut « s’en mordre les doigts » avec souplesse). Dotée d’un décolleté certes moins spectaculaire que celui de la bien nommée Julia Roberts dans Erin Brockovich , la compagne d’alors de Burt Reynolds affiche un accent sudiste du meilleur cru. Derrière l’objectif laïque, Martin Ritt conte un récit évangélique – un syndicaliste juif de New York « descend » (l’Alabama du tournage substitué à la Caroline du Nord de la diégèse) annoncer à des ouailles d’abord récalcitrantes la « bonne nouvelle » des vertus de l’union (dans la langue de Jimmy Hoffa, le même mot signifie aussi un syndicat, voilà, voilà). L’éveil des consciences aboutit in fine à la présence (votée) de délégués au sein d’une entreprise textile, dernière branch...