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Affichage des articles associés au libellé Jean Becker

La Belle et la Bête obsolètes

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  Exils # 86 (24/02/2025) Faut-il se méfier d’un film qui se termine sur une porte fermée ? Après les applaudissements du public aux cheveux blancs, riant souvent durant l’ensemble de la séance, on pouvait entendre « pas de violence » en remerciement, sinon en soulagement. Au siècle dernier, à une époque pas encore cadenassée par le moralisme de la nôtre, quoique, un critique, en l’occurrence Serge Kaganski des Inrockuptibles , qualifiait de « pétainiste » Les Enfants du marais (Becker, 1999), au grand dam du cinéaste le menaçant d’un procès. Tandis que le dernier éditorial de Positif , signé Yann Tobin, se félicite des auditions d’une commission présidée par Sandrine Rousseau, avec Rima Hassan la meilleure ennemie de Boualem Sansal, consacrée aux « violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) commis dans les milieux artistiques et médiatiques, notamment dans le cinéma et l’audiovisuel », se préoccupe de « représentation »,...

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

Così fan tutte

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  Un métrage, une image : La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (1970) Samantha Eggar s’égare, Stéphane Audran descend son amant, Oliver Reed déprime : l’ultime film de Litvak s’avère un road movie dédoublé, inversé, où deux dames dissemblables prennent la même (auto)route de déroute. Trois années après l’enquête et l’obscurité de La Nuit des généraux (1967), le cinéaste cosmopolite s’aère au soleil, fait s’affronter le couple de compatriotes de Chromosome 3 (Cronenberg, 1979). Au terme d’une première décennie, sur le seuil d’une seconde, l’ opus pépère, pas une seconde révolutionnaire, daté, d’époque, cf. son générique psyché, pop , affiche un filigrane féministe, puisque Dany & Anita agissent, sévissent, puisque Michel & Philippe réagissent, subissent. L’impuissance de l’épilogue peut frustrer une certaine masculinité, mais le deus ex machina des bulletins de salaire similaires impose la primauté du supposé « deuxième sexe » et développe l...

Histoire d’O + Histoire d’O, numéro 2 : La Débandade + Maîtresse

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Initiale infernale, d’orifice à offrir, de tandem cinématographique à fuir…   Comment minorer un roman majeur, l’amoindrir en modèle de cinéma bourgeois ? En pasteurisant Pauline, pardi, en modifiant le possible suicide en final féministe, fichtre. Toutefois les reflets en soft focus pouvaient presque fonctionner, car raccord avec la dimension onirique du conte initiatique, mystique, avec le parcours éprouvant, voire bouleversant. Hélas, l’érotisme inoffensif, la superficialité de publicité, le fastidieux défilé des vains mannequins, caractéristiques de pseudo-style, lassent fissa et le film ne s’en remet pas. Histoire d’O (Just Jaeckin, 1975), illustration d’une transposition de Sébastien Japrisot, dont l’Elle vengeresse et « névrosée » de L’Été meurtrier (Jean Becker, 1983) renverse et victimise la volontariste et extrémiste O, se voit donc co-éclairé par Robert Fraisse, qui dirigera dix-sept ans après la photographie du fumiste L’Amant (Jean-Jacque...

La Maison du lac : Les Vieux de la vieille

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Mark Rydell. Un jour j’oublierai tout jusqu’à mon nom je saurai simplement Que t’es là que t’es belle que t’es mienne Amir On redoutait le psychodrame, on se fichait, petit effronté, du rififi familial chez les Fonda, on différa le visionnage jusqu’au dernier jour de désamour. En réalité, « Hanoi Jane », actrice anecdotique, incarnation caricaturale de la bien-pensance US, de son hygiénisme maladif, de son féminisme à fessier, fait de la figuration, commet deux caméos en maillot, sorte de Vénus botticellienne relookée par l’aérobic des années 80, chouine un chouïa, aime-moi, Papa. Fleuriste surfait du fané The Rose (1979), Janis Joplin ne jubile, Rydell réalise l’adaptation d’une pièce à succès de Broadway, transposée par le principal intéressé, un dénommé Ernest Thompson, dramaturge trentenaire à tendances gérontophiles, sinon écologiques. Dans le cadre idyllique d’une piaule à « port...