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Affichage des articles associés au libellé Éric Rohmer

Un cœur qui bat

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Un métrage, une image : Les Visiteurs du soir (1942) Si la littérature médiévale, surtout celle de Chrétien de Troyes, regorge d’allégories, christiques ou sarcastiques, Renart se marre, le fameux film de Carné ne se préoccupe d’Occupation ni de Résistance, lecture historique assez risible, a fortiori lorsque l’on songe aux fréquentations hors de saison d’Arletty. Davantage redevable au Roman de la Rose de Lorris & Meung qu’aux Très Riches Heures du duc de Berry , influence graphique avouée, bien (di)gérée, il s’agit à l’origine d’un scénario original coécrit par Prévert & Laroche, partenaire professionnel et personnel de Jacqueline Audry ( Olivia , 1951), ensuite d’un conte à succès, critique, économique, œcuménique, éclairé/décoré avec brio, musiqué de la même manière par Maurice Thiriet, le compositeur du contemporain La Nuit fantastique (L’Herbier, 1942) ou Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), au casting choral impeccable, un brin bressonien, y compris pa...

Que Marianne était jolie

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  Mitan émouvant, cadeau tombeau… À Lorea qui ne le lira Entre un « prologue » dantesque et un « épilogue » shakespearien, parce qu’elle le valait bien, Marianne Faithfull ne s’avère en vitesse – trente-cinq minutes au compteur, mon cœur – ni faithless ni sado-masochiste, en dépit de ses maternelles origines Sa vie secrète écrite et orchestrée au cordeau, selon ses propres mots, ceux de l’amical McGuinness, du tandem Foreman & Levine, on le sait ne connut aucun succès, économique ou critique. Précédé puis suivi par une paire d’ opus de reprises, le sevrage de Strange Weather , le cabaret à la Brecht & Weill de 20th Century Blues , sorti assorti de sa traduite autobiographie, c’est-à-dire de sa vie retracée, révélée, A Secret Life constitue cependant un chef-d’œuvre de poche, un classique instantané, un (mélo)drame de chambre à coucher. Certes moins narratif que l’ idem mal-aimé Berlin de Lou Reed, guitariste sur deux titres de l’allitératif H...

Le Repas de bébé

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  Un métrage, une image : Les Années Super 8 (2022) « Fiction familiale », « fragment d’autobiographie » homonyme, le film intime se situe sous le signe des « commencements », pas seulement ceux des enfants, affiche l’épiphanie des premières et uniques fois, met en « récit » la « trace » d’autrefois, mais il documente a posteriori des disparitions en série, celles d’un désenchanté Chili, d’un Portugal apparenté à Tanner, d’une Cergy associée à Rohmer, celles d’une mère au carré, de grands-parents du paternel côté, d’un mari fumeur et filmeur. Ce cinéma dit amateur, jamais mateur, dépourvu de pathos, manie aussi l’étymologie, l’amour et le désamour, le couple en route puis en déroute, la publication et la séparation. Durant une décennie, (re)voici la France de mon enfance, prise à travers le prisme et l’objectif subjectif d’une caméra « désirable », (em)portée là-bas, sur soi, en train d’enregistrer du « temps...

Le Grand Alibi

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  Un métrage, une image : Témoin à charge (1957) Les dix dernières minutes de tumulte du succès cinématographique issu d’un succès scénique accumulent les coups de théâtre, logique esthétique, symbolique, a fortiori réflexive, puisqu’il s’agit aussi, en sus de Christie transposée par Billy, d’une fable affable sur l’art d’interpréter, par conséquent de (se) tromper. Dans Le Grand Alibi (Hitchcock 1950), déjà   avec Dietrich, encore une histoire d’actrice, le vrai coupable mentait dès l’orée ; dans Witness for the Prosecution , les amants (se) mentent tout le temps, jusqu’à l’ultime moment. Quant au Procès Paradine (Hitchcock, 1947), toujours avec Laughton, il carburait par avance à la culpabilité avérée, décuplée, au triolisme assumé. Cependant Wilder, a contrario du confrère, qu’il classait en spécialiste supérieur du suspense , étiquette suspecte, simplette, Chabrol & Rohmer s’en désolèrent, ne succombe au catholicisme, ne se soumet à l’illustr...

Looking for Eric

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  Un métrage, une image : Maestro (2014) Comédie dramatique et sentimentale, vrai-faux making of des Amours d’Astrée et de Céladon (Éric Rohmer, 2007), hommage posthume et méta, Maestro (Léa Frazer) n’en fait pas trop, ne s’étire très longtemps, une heure et quart et à Venise au revoir. La cinéaste se base sur un scénario a fortiori autobiographique, co-écrit par le défunt Jocelyn Quivrin ( Jacquou le Croquant , Laurent Boutonnat, 2007), suit ainsi trois lignes narratives, illustre un tournage, capture une passion, met en images une transmission. Impérial et convivial, même ensommeillé, même courbé, Michael Lonsdale vaut à lui seul la découverte de ce téléfilm jamais nécrophile, qui ne se limite, chic, au portrait attendri et drolatique d’un minuscule milieu, de gens joueurs et joyeux, placé parmi une industrie autarcique. Adoubeur de « beauté », accordeur de « confiance », Cédric Rovère récite du Mallarmé sentimental, du Verlaine crépusculaire, ...

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise : Honorer Honoré

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               « Qualité française », à l’aise ou malaise… Eugénie Grandet (Xavier Giannoli, 2021) puis Illusions perdues (Marc Dugain, 2021) ne devraient guère déplaire à Jacqueline Waechter, cependant, de Balzac à nouveau adoubé, adapté, cette double dose interroge. Tandis que Mon petit doigt m’a dit… (2005), début de sa trilogie jolie, suivi du Crime est notre affaire (2008), Associés contre le crime… (2012), d’après l’increvable et vénérable Agatha Christie, connaissait un certain succès, Bertrand Blier, de Canal+ invité, taclait Pascal Thomas, « on en est là », oui-da. Dans le cas qui nous occupe, un peu nous préoccupe, le passé paraît sans cesse (re)présenté, puisque Balzac au cinéma ne date pas d’hier, plutôt du temps des Lumière, de celui d’Alice Guy la pionnière, donc, par corrélation, de Léon Gaumont ( La Marâtre , 1906). Lestée d’une bonne centaine de transpositions plus ou moins à la con, ...

La Cage aux rossignols

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  Un métrage, une image : L’Arbre , le Maire et la Médiathèque (1993) Fable affable et feel good movie , eh oui, leçon de choses jamais morose, ce divertissement respire et procure un plaisir évident. On sent à chaque plan que tout le monde s’amuse, on se sourit, on se séduit, on prend le temps, on va de la ville au champ et inversement. Il ne s’agit pas de « parler sérieusement », c’est-à-dire lesté d’un esprit de sérieux, davantage de dialoguer, surtout debout, assis aussi. De la campagne électorale à la campagne rurale, de la justesse de la jeunesse au cynisme du journalisme, de l’aménagement du territoire à des témoignages de mouroir, de la pragmatique ambition à l’administratif manque de fonds, projet foutu, échec bienvenu, en tout cas pour Luchini, qui en classe applaudit, Rohmer s’auto-produit et ne s’auto-parodie. Si la sensualité naturelle des Amours d’Astrée  et de Céladon (2007), son ultime film, son chant du cygne et surtout du signe,...

De bruit et de fureur : Mon poussin

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Claude Brisseau. C’était une douce habitude jadis que de revoir des films, elle se perd. Baudrillard, Amérique En 1986, après cinq ans de mitterrandisme, les flics français ne manifestaient pas déjà devant l’Assemblée, mais ils se faisaient fissa « caillasser », une assistante sociale aussitôt démissionnait, menacée à domicile au flingue in fine rigolo, puisque pistolet à eau, fi du sentimentalisme dépressif de la pionnière série Pause café . Chaque plan impeccable, implacable, le « débutant » Brisseau cadre au cordeau un mélodrame familial très vite (dé)tourné vers l’antique, le mythe, la tragédie-pédagogie triviale, spectrale. Incarnée par « l’accoucheuse », c’est-à-dire la monteuse (et costumière et décoratrice) María Luisa García, aka Lisa Hérédia, actrice moins mutique et assembleuse aussi chez le cher Rohmer ( Le Rayon vert , 1986 ou Conte de printemps , 1990), ...

Le Beau Serge

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  Un métrage, une image : La Faute de l’abbé Mouret (1970) Mouret mourait, Albine le ranime : l’abbé amnésique, serviteur cadavérique, convalescent désarmant, découvre les délices d’un jardin évidemment édénique, verse sa sève au sein si saint de sa nouvelle Ève ; (sur)veille hélas le dégueulasse Archangias, mauvais archange in extremis châtié de manière ad hoc à la van Gogh. Co-adapté par Jean Ferry, collaborateur de Clouzot & Christian-Jaque, aussi scénariste du vampirique Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), éclairé par le fidèle DP Marcel Fradetal, musiqué par Jean Wiener, Zola au cinéma cette fois ressemble à ça, à un conte défait de fanatisme provençal. Premier film en couleurs de Franju, ici assisté de Bernard Queysanne, La Faute de l’abbé Mouret s’ouvre sur une scène de sexe champêtre et comporte deux poitrines topless , nous voici bel et bien sur le seuil des explicites seventies . Mais comme le contemporain David Lean de La Fille de Ryan (1970),...

Easy Rider

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  Un métrage, une image : Les Sorcières du lac (1970) Le Diable adore le cigare, déteste la jeunesse, roule en Rolls-Royce, accumule les succubes, sainte trinité inversée, en parallèle aux Parques ou aux witches de Macbeth , accessoirement organise, au sein de son château caveau, de sinistres soirées, de rassemblement et d’égarement, tintouin un brin kubrickien ( Eyes Wide Shut , 1999). Comme l’Enfer, on le sait, de bonnes intentions se voit pavé, sa (dé)route, décès simulé sur la route, croise celle d’un solitaire capillaire, d’un altruiste presque en fuite, d’un motard du temps, goinfre à la Gretel de liberté, d’infidélité se gargarisant. Hélas, le voici « tombé dans le panneau », en effet, celui qui indique en VO « lac d’été », SVP. Un an avant l’Eastwood des Proies (Siegel, 1971), le Lovelock ad hoc de Murder Rock (Fulci, 1984) succombe, au propre et au figuré, au charme (dé)enchanté de femmes fortes et sans pitié. Producteur d’Antonioni & ...

Phantom of the Paradise : Black Swan

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  Disons De Palma décrit par Derrida… Pour la précise et précieuse Jacqueline A Que le cinéma, de façon fondamentale, s’avère un art funéraire, nul ne le niera, surtout pas Jacques Derrida. La chère Jacqueline Waechter m’orienta vers cet article signé Adolfo Vera, basé sur deux « interventions » du penseur de la « déconstruction ». Au lieu de commenter un commentaire, merci mais mieux à faire, de (re)formuler mon propre rapport au ciné, à ses fantômes, en effet, en reflet, à son miroir mouroir, donc à notre interminable mort, une fois encore, je décidai de réactiver le vocabulaire derridien, d’appliquer ce particulier lexique, en projecteur cinématographique, parmi le Paradis ; voilà le résultat, appréciable ou pas. Auparavant, en 2015, voici ce que j’écrivis, avec ma voix (voie) à moi, au cours d’un parcours intitulé  L’Insoutenable Légèreté de l’être : Notes sur les comédies musicales  : Vicki Page résonne avec la Phoenix incendiaire de...

Remember Me : Dementia 13

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  Elle ne chouine, elle écoute Gershwin et lui ne déprime, la rédime… Pour Jean-Michel, projectionniste analogique puis numérique Il s’agit bien sûr d’un téléfilm, comme disons la désolante majorité des produits du mercredi, affaiblissement-affadissement des formes à l’infini. Et le sujet se caractérise par une sorte d’égoïsme masculin assumé : un « théâtreux » malheureux, désormais démodé, essaie in situ de ranimer la mémoire d’une ancienne comédienne, dorénavant du monde déconnectée, son premier amour pour toujours. Le critique doté de fric ne feint plus la folie tel Hamlet ou Jack Nicholson chez Miloš Forman ( Vol au-dessus d’un nid de coucou , 1975), il simule aussitôt la maladie d’Alzheimer, il espère l’ultime remember du Conte d’hiver , pas celui d’Éric Rohmer (1992), certes. Pour Lily Blanche, tous les jours ressemblent à présent à dimanche, vide intime, à tricoter, à rester muette, hébétée. Autrefois, elle immortalisa Médée, Blanche DuBois, elle se casa, ...