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Affichage des articles associés au libellé Comédie musicale

Éducation en glaise

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  Exils # 64 (10/12/2024) Projeté en VF vintage , pour un petit public enfantin et féminin, Mary Poppins (1964) ressuscite et revient, redescend du ciel avant d’y remonter éternelle. Avouons : votre serviteur s’y présentait sans passion, presque à reculons, n’attendait rien de très bon, ne se souvenait de chansons jadis déjà et aujourd’hui encore à la con. Mais le métrage de Disney & Stevenson mérite mieux que l’amnésie ou la nostalgie. Certes, sa suffragette simplette, vite soumise au déplaisir du mari, rendra furieuses les féministes, tandis que la critique anticapitaliste ne contentera les autoproclamés Insoumis. L’intérêt secret de cette pâtisserie douce-amère à colossal succès réside ailleurs, dans un anarchisme British , une mélancolie assourdie. Le spectateur moqueur ne redoute que la nounou noircie aux grandes dents blanches, aux pieds écartés à cent quatre-vingts degrés, subisse sur les toits, rime chorégraphique à l’urbanisme ethnique de West Side Story (Rob...

CRS et Détresse

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  Exils # 59 (04/11/2024) Une chambre en ville (1982) se conclut donc en écho à Possession (Żuławski, 1981), gisant d’amants, reprise rapprochée d’un plan des allongés pareillement en plongée. Le pont transbordeur peu à peu crépusculaire de l’ incipit optique remémore celui des Demoiselles de Rochefort (1967), mais Christine Gouze-Rénal remplace la productrice Mag Bodard. Pendant un prologue d’époque en noir et blanc, tension très hiératique, duo de chœurs antiques, l’action prend des couleurs, la caméra mobile esquive vite le cinéma marxiste, prend la tangente à Nantes, de manière littérale, puisque passe fissa la porte de l’immeuble de Madame Langlois, clin d’œil à Henri, spectatrice aux premières loges de la manif et des matraques moroses, baronne et daronne à la particule perdue, pianiste parfois pompette, qui abhorre la bourgeoisie, éprouve une maternelle sympathie pour le locataire prolétaire, en dépit des portes claquées, des amours contrariées. En pull rose puis ja...

Chantons sous la pluie + Orange mécanique : La Joie et l’Effroi

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  Globes lumineux, danseur fiévreux, acteur improvisateur, propagande de la peur…   Une femme raccompagnée à sa porte, une autre qui hésite à ouvrir la sienne : on passe ainsi d’une première décennie à une seconde, on délaisse la douceur, on adoube l’immonde, à la rhétorique hollywoodienne se substitue celle kubrickienne. Mais il s’agit aussi, là et ici, de cinéma méta, d’un art (se) réfléchissant sur soi, d’un rappel (silencieux) puis d’un rapport (sexuel) à la loi. D’un Stanley (Donen) au suivant (Kubrick), la comédie nostalgique cède sa place à la dystopie drolatique, la grâce de Gene Kelly disparaît devant la disgrâce de Malcolm McDowell, une nuit éclairée s’efface face à l’intérieur d’une maison aux miroirs et aux murs immaculés, à l’instar du costume d’Alex, tant pis pour le gris de Don. Cependant la caméra chorégraphie en écho, presque en stéréo, des trombes d’eau en studio, un domestique chaos, saisit l’allégresse de deux hommes lestes, figure la climatique tran...

Violettes impériales

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  Un métrage, une image : Fandango (1949) Vous voulez un ouvrage estival ? À défaut du fandango de Bernard Herrmann ( La Mort aux trousses , Alfred Hitchcock, 1959), voici celui de Francis Lopez . Tourné à la Victorine, donc à Nice, Fandango (Emil-Edwin Reinert, 1949) ne se déroule pas au Pays basque, tant pis pour ce qui s’écrit en ligne, plutôt aux environs de Falicon (06), pourtant l’un des deux personnages principaux, prénommé Luis, amateur mécano, déclare venir d’Irun : double détail autobio de Mariano, né au même endroit, au garagiste papa. Deux ans avant L’Auberge rouge (Claude Autant-Lara, 1951), un « pont d’or » n’y sème la mort mais y détourne idem les touristes sudistes en direction d’un établissement au succès sous peu assuré par un prévu tracé, à l’inverse de la solitude très désaxée du motel de Norman Bates ( Psychose , Hitchcock, 1960). Le serveur subito licencié, assorti de sa simplette dulcinée, se transforme fissa en petit capita...

Au-dessous du volcan

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  Un métrage, une image : La Mélodie du malheur (2001) Mélodrame, donc drame en musique, comédie, pas uniquement musicale ni sentimentale, vrai-faux remake du coréen The Quiet Family (Kim, 1998), The Happiness of the Katakuris aussitôt séduit, en raison de sa « déraison », ainsi désignent l’énergie, la générosité, l’inventivité ceux qui s’en voient privés, voire n’en possèdent pas assez. Cinéaste stakhanoviste, signataire des réussis Audition (1999), Visitor Q (2001), La Maison des sévices (2006, mémorable segment de la série Les Maîtres de l’horreur ), du raté Ichi the Killer (2001), l’aimable Miike investit cette fois-ci une auberge, pas celle de Hostel (Roth, 2005), presque, dans lequel il accomplissait un amical caméo muet. Andrews & Wise ( La Mélodie du bonheur , 1965) peuvent respirer/reposer en paix, pas une once de cynisme ici, ni de pénible pose post -moderne, plutôt une réflexion en action(s) à propos de la famille, tropisme nippon, cf. le...

Le Diable boiteux + Les Chaussons rouges : Voyez comme on danse

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  Le corps, encore, la mort, mon amor… Du sieur Sacha, on connaissait bien sûr, en les appréciant à leur valeur, le novateur Roman d’un tricheur (1936) et les aimables comédies sentimentales, menées en tandem « contre, tout contre » l’impeccable Jacqueline Delubac ( Bonne chance ! , 1935, Désiré , 1937). Pourtant l’on ne soupçonnait une pareille capacité à savoir la danse filmer. Via la valeureuse et chère Jacqueline Waechter, nous voici donc en train de découvrir une scène évocatrice du Diable boiteux (1948), paraît-il tentative de réhabilitation dédoublée, du diplomate polémique, du principal intéressé, pendant l’Occupation en effet très occupé, que l’on pourrait pourquoi pas rapprocher du similaire et différencié J’accuse (2019) de Polanski, pardi. Car, a contrario du Souper (1992) de Molinaro, autre pièce transposée, point d’après un script premier censuré puis accepté, à optique inversée, fi d’apologie, à la santé des salauds, pas vu ni visionné celui-...

Hair + Pink Floyd The Wall : Expendables

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  L’unique et l’inique, le numéro et le morceau… Sur le fond en reflet de chansons à succès, écrites pour contester, les séquences font s’affronter l’individu et la collectivité, les solitaires et la masse. Dans les deux cas, complémentaires, contradictoires, il convient de donner à voir un double processus d’impuissance et de dépossession, l’affreuse façon dont l’armée américaine puis l’éducation anglaise transforment fissa les soldats et les élèves en « chair à canon », en « chair à pâté », au sens cette fois littéral, le figuré congédié. Si Forman filme une arrivée en retard, un sauvetage survenu trop tard, une coupure temporelle, de croix et de chevelures une ribambelle, Parker plonge parmi l’esprit point serein ni malsain d’un petit poète humilié en public, à proximité de ses condisciples antihéroïques. Chez le premier, l’aboiement des supérieurs prépare le terrain psychotique de Full Metal Jacket (Kubrick, 1987), la soute de déroute d’un avion vert, ou...

Les Misérables : Germinal

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  Le dénuement du beuglement… Comme avec Germinal (Berri, 1993), représenter la pauvreté coûte beaucoup et pourtant rapporte encore plus, ne le niera l’acclamée, oscarisée, Anne Hathaway. D’une morte-vivante à la suivante : dans le plutôt plaisant Les Passagers (García, 2008), l’actrice, in extremis , prenait conscience de son décès, l’acceptait, en écho, tout là-haut, à la terrestre noyée motorisée, assourdie puis dessillée, du sensoriel et financé en bouts de ficelle Carnival of Souls (Harvey, 1962). Selon Les Misérables (2012) à succès du sieur Hooper, Tom, exit Tobe, la revoilà relookée en performeuse malheureuse, coiffée, costumée, maquillée à la mode de l’au-delà, un chouïa à celle de la Shoah, toutefois point celui, féminin, fiévreux, refroidi, de Lucio Fulci (1981). Fantine ne vit « parmi la terreur » transalpine, majuscule hexagonale optionnelle, elle survit au milieu de l’horreur, échangeant ses cheveux, vendant ses dents, se prostituant pour son...

The Wiz : Nostalghia

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  La voie et la voix, le conte et le décompte, le superficiel et l’essentiel… Chez Woo, on pleure en souriant ; chez Lumet, on déchante en chantant. Le sentimental tueur de The Killer (1989) et le magicien politicien de The Wiz (1978) animent des mélodrames étymologiques. Pourtant, pas de ralenti ici, d’oiseau symbolique, de colombe catholique, au lieu d’un aveuglement, un égarement, du « mythique » remodelé en « ethnique ». Au rebelle Badham substitué, par Cohen & Gordy, par Jones & Schumacher escorté, le New-Yorkais Sidney, souvent sérieux, essaie de fusionner le féerique et le réalisme, comme si Car Wash (Schultz, 1976), pareil avec Pryor, croisait illico Serpico (1973), patchwork (d’)équivoque en partie assemblé par le maestro (et matte artist ) Albert Whitlock, collaborateur de Carpenter, Disney, Hitchcock ou Lynch, cf. en l’occurrence la séquence de la yellow brick road délocalisée du côté de Coney (Island Baby, susurre bien sûr Lou...

L’Insoumise

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  Un métrage, une image : Sur quel pied danser (2016) Par un tandem de diplômés de la friquée Fémis commise, voici une pseudo-comédie musicale, sentimentale, sociale, du commencement au terme calamiteuse, alors qu’elle pouvait, pourquoi pas, sur le papier ou l’escarpin, en tout cas, s’avérer assez audacieuse. À part apercevoir la trop rare Caroline Silhol, de manière subliminale et silencieuse, certes, que voit-on dans cet ouvrage de naufrage, aussi vide qu’une usine déserte, aussi creux qu’un camionneur, amoureux et malheureux ? On avise vite un certain ciné français, passé par ARTE, par la Fondation Gan récompensé, redoutable duo de double formatage, d’auteuristes et autorisés enfantillages. On constate que la mise à disposition, comprendre la promotion, d’une cinégénique région, ne saurait suffire à l’éclosion d’une seule seconde de cinéma, pas même dénommé régional, sinon régionaliste. Que tout ceci, solaire et sudiste, se réduit à du pasteurisé tourisme, à un arr...

Les Demoiselles de Rochefort : Le Parfum d’Yvonne

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  Des chants d’antan, maintenus maintenant… Contraste et concordance : malgré du métrage la grisante immanence, Yvonne & Maxence n’apprécient le présent ni n’en font l’expérience. La cafetière, pas encore en colère, à cause des contemporaines mesures de fermeture pseudo-sanitaires, molto totalitaires, du passé prisonnière s’avère ; l’artiste au service militaire se projeter préfère, peintre épris d’une introuvable et pourtant à proximité tendre et chère. À nouveau portuaire, alors solaire, sise place Colbert, en dialogue à distance et en réponse à succès à Lola (1961), La Baie des Anges (1963), Les Parapluies de Cherbourg (1964), la mélancolie de Demy irradie, déploie en duo à deux voix le géométrique et le mélodramatique, au sens certes étymologique. On sait, via un aveu de l’intéressé, ou le souvenir de l’ami Paul Vecchiali, que le marin amoureux d’une image idéale devait d’abord terminer sous les roues du camion des forains pas un brin durassien, quoique, mai...

Phantom of the Paradise : Black Swan

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  Disons De Palma décrit par Derrida… Pour la précise et précieuse Jacqueline A Que le cinéma, de façon fondamentale, s’avère un art funéraire, nul ne le niera, surtout pas Jacques Derrida. La chère Jacqueline Waechter m’orienta vers cet article signé Adolfo Vera, basé sur deux « interventions » du penseur de la « déconstruction ». Au lieu de commenter un commentaire, merci mais mieux à faire, de (re)formuler mon propre rapport au ciné, à ses fantômes, en effet, en reflet, à son miroir mouroir, donc à notre interminable mort, une fois encore, je décidai de réactiver le vocabulaire derridien, d’appliquer ce particulier lexique, en projecteur cinématographique, parmi le Paradis ; voilà le résultat, appréciable ou pas. Auparavant, en 2015, voici ce que j’écrivis, avec ma voix (voie) à moi, au cours d’un parcours intitulé  L’Insoutenable Légèreté de l’être : Notes sur les comédies musicales  : Vicki Page résonne avec la Phoenix incendiaire de...