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Affichage des articles associés au libellé Elizabeth Taylor

Adieu Anna

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  Exils # 132 (08/10/2025) Amour mineur ? Diptyque anecdotique ? Codicille inutile au révolutionnaire requiem de Rome, ville ouverte (Rossellini, 1945) ? Durant soixante-quinze minutes (30 + 45) de modeste tumulte, Roberto dit adieu à Anna, donc la recommande à Dieu, la transforme fissa en folle homonyme, solitaire en prière, insomniaque et enceinte. Neuf ans avant Le Bel Indifférent (Demy, 1957), monologue mimétique, d’une durée identique, d’après Cocteau idem , mais cette fois sans personne au téléphone, précédant de plus de soixante-dix la version d’Almodóvar ( La voz humana , 2020), Swinton s’y colle, L’amore (1948) d’abord adapte une pièce de 1934, s’écarte du théâtre, dès le premier plan se dédoublant. Rossellini filme et magnifie Magnani, au(x) miroir(s) et au lit, admirable et démolie, bien beau boulot du dirlo photo Robert Juillard, qui éclaira itou les ruines enfantines d’ Allemagne année zéro (1948), la restauration souligne sa « richesse...

L’Âge de glace de la guerre froide

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  Exils # 119 (17/07/2025) Si Richard Harris refusa L’ Œ uf du serpent (Bergman, 1977) au profit d’ Orca (Anderson, 1977), la production imposa donc Richard Burton, mais L’Espion qui venait du froid (Ritt, 1965) lui permet de déployer l’une de ses meilleures interprétations. Escorté par un casting choral impeccable, Monsieur Liz Taylor, ancien amour de Claire Bloom, vous suivez, acteur au carré, à raison récompensé, incarne un Alec très tourmenté, d’abord déguisé en dépressif alcoolique, amer et déclassé, ensuite en prisonnier express puis vrai-faux transfuge de retraite montagnarde et de tribunal bancal. Les mauvaises langues soulignent qu’il s’agit à peine d’un rôle de composition, les cinéphiles applaudissent devant le talent, capable d’exprimer la peur de ce temps-là et le dégoût de tout cela, sinon de soi. Pourri par l’opportunisme – expediency en VO, « pragmatisme » en sous-titres – et le machiavélisme, voire le pharisaïsme et l’homophobie, queer guère un...

L’Anglais

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  Silhouette ou quartette, musico et peut-être mec honnête… John Cameron composa donc une poignée de pièces assez irrésistibles de library music , exercice de style difficile, sinon stérile, dont un diptyque addictif, à la sensualité de « soleil liquide » et de céleste vocaliste seventies , en partie découvert jadis par votre serviteur via une publicité télévisée. Il ne céda cependant à la paresse de « rêveries oubliées à demi », jaillit du jazz , passa par la pop , s’occupa de comédie musicale, par exemple les increvables Misérables du tandem Boublil & Schönberg, se soucia aussi de classique. Collaborateur de Donovan, Hot Chocolate ou José Carreras, Cameron écrivit, conduisit et produisit ainsi, souvent avec discernement, pour le petit et le grand écran, signa en sus moult arrangements. Moins renommé que son compatriote, un autre John, Barry, en tout cas ici, il ne démérite néanmoins, prend sa place parmi une estimable liste, celle d’artistes britanni...

T’as pécho ?

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Un métrage, une image : Ce plaisir qu’on dit charnel (1971) À la suite d’un générique explicite, acoustique, à deux types, à double problématique, aimé, être aimé, en sus, bien sûr, baiser, être baisé, à l’arrière, la mélancolie d’après-guerre d’un fameux air de Glenn Miller, plus tard on percevra Amapola , longtemps avant Leone & Morricone ( Il était une fois en Amérique , 1984), ça parle de personnages, de rôles sociaux, donc annonce une similaire discussion de El buen patrón (León de Aranoa, 2022), aussi placée sous le signe de l’incertitude d’identité, de surcroît quantique. Vers la fin, le coma d’â côté de l’amante émouvante, emmerdante, suicidaire, à défaut de cuisinière, Art Garfunkel en toubib à bout, au bout du fil, prophétise en situation Enquête sur une passion (Roeg, 1979). Quant à l’engueulade responsable, précédente, moins insupportable que poignante, de « prick » et de « gift », elle pourrait passer pour du Pialat, surtout celui de Nous ...

Toi, le venin

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  Un métrage, une image : L’Accident (1963) J’avale des couleuvres J’y suis pour rien j’y suis c’est tout Lili Frikh, Ch’uis P’tite Film ultime de Gréville, lui-même a priori porté sur la bibine, victime définitive d’un accident automobile, ce titre rarissime, pas même doté d’un succès d’estime, s’avère vite un vaudeville dépressif, un gros mélo, un thriller de langueur. La Russie se réduit ici aux symphonies de Tchaïkovski, au pedigree de la (mal) mariée, à un discours sur trente-trois tours, à de l’alcoolisme local, poire d’entonnoir au lieu de vodka, voilà. Les Slaves, faut croire, ça sait boire, picoler contre le désespoir, ou bien s’imbiber afin de le renforcer, allez savoir. Françoise passe et repasse, dans l’impasse, à un jet de pierre du cimetière, à proximité d’épaves, au propre, au figuré, métaphore formulée, dont une porte le prénom, allons bon, de l’épouse en proie au blues . Cependant Andréa ne se suicidera, laissant cela à Anna Karenina, elle desce...

La Sorcière amoureuse : Logan’s Run

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  Confusion, collusion, confrontation, condamnation... À la bonne sorcière Jacqueline Waechter Chaînon manquant et ensorcelant reliant La maschera del demonio (Bava, 1960) et Le streghe (Bolognini, De Sica, Pasolini, Rossi, Visconti, 1967), La strega in amore  (1966) se découvre dès le premier plan en conte de décor : un homme à Rome soulève un store, ouvre des vitres, va vite se retrouver cloîtré, à l’insu de son plein gré. S’il dialogue de surcroît, disons à distance, avec le Fedora (Wilder, 1976) d’autrefois, le plus récent et peu passionnant Abuela (Plaza, 2022), le film de l’ami Damiani, surtout (re)connu ici pour ses percutants et pertinents polars made in Italy , annonce aussi Amityville II: The Possession (1982), coécrit par le sieur Wallace, similaire amateur de femmes en flammes, de Mexicaines guère sereines ( Vampires: Los Muertos , 2002), qu’il dirigera aux USA. Seize ans avant, le (mauvais) génie du lieu sévit déjà, donne une leçon d’humiliation, ...

L’Idole d’Acapulco

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  Un métrage, une image : Buster (1988) De ce buster ni block ni ghost , même si Collins y casse une vitrine, y vole un costard, on connaissait surtout une célèbre chanson sentimentale, coécrite par deux dames, Toni Wine & Carole Bayer Sager, sur une mélodie mimi de Muzio Clementi, thème de double départ, instrumental et vocal, ici servi par les cordes ad hoc d’Anne Dudley, déjà directrice d’orchestre puis compositrice de The Crying Game (Jordan, 1992), The Full Monthy (Cattaneo, 1997), Oscar à la clé, olé olé, ou Elle (Verhoeven, 2016). Mais le métrage un peu trop sage, en tout cas au goût relou de critiques conservateurs, (pré)occupés à dénoncer son révisionnisme supposé, ne se limite Dieu merci à une comédie romantique, sur fond de fait divers de naguère. La reconstitution d’hier, les Britanniques savent parfaitement faire, au ciné, à la TV, les costumes, les décors, les accessoires, ressuscitent ainsi les sixties du Royaume-Uni, où l’on regarde, essaie d...

L’Homme pressé

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  Un métrage, une image : La Race des « seigneurs » (1974) Delon & Rome en Dior, Moreau en Ungaro, Rich en Smalto. Placement de produit, entre la France et l’Italie, défilé de mode, à la gomme, mannequins malsains, anciens, à rien ? Film funèbre, autofiction de dépression, de compromission, métrage mental, dont la temporalité perturbée, parasitée, annonce celle de Enquête sur une passion (Roeg, 1980). Celui-ci fini, revoilà Theresa, survivante, inclémente, munie d’une cicatrice de trachéotomie, à la Liz Taylor, d’accord. Ici, Sydne d’abord s’endort, ensuite ne se réveille, présente et pourtant partie, à l’infini. Julien, ni serein ni Sorel, se souvient d’elle, (la) pleure à l’extérieur, arrivé encore trop tard, « libéral de gauche » auquel un président de droite fait une offre dédoublée – affaires sociales + industrie, ça vous dit – à ne refuser. Dans sa DS à la Barthes davantage qu’à la Fantômas, au chauffeur qui se fiche des manifs – «...

La Lune dans le caniveau

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  Un métrage, une image : Irma la Douce (1963) Mais ça c’est une autre histoire Gérard Blanc Irma la Douce se termine comme Conan le Barbare (Milius, 1982), encore un conte d’éducation, d’émancipation, de narration en voix off , le rauque Mako remplace le doux Jourdan, de puissance sexuelle, de valeurs renversées, certes plus épique et lyrique : par une affirmation de l’infini de la fiction, coda de regard caméra amusé, assumé, en rime à celui de Shirley, descendue du billard où danser, au son de Dis-Donc . Exit la (jolie) musique de Marguerite ( Monnot ), précieuse compositrice pour Piaf, hors et au ciné ( Les Amants de demain , Blistène, 1959), puisque Previn revient, repart pourvu d’un Oscar. Diamond & Wilder ne remettent le couvert de La Garçonnière (1960), ralentissent la rapidité, disent adieu à l’actualité de Un, deux, trois (1961), adressent des clins d’œil à Kubrick ( Lolita , 1962) & Lean ( Le Pont de la rivière Kwaï , 1957 + Lawrence d...

La Grande Menace : La mort est mon métier

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  L’ultime chapitre du journal eschatologique… Thriller télékinésique disposant des présences puissantes de Burton & Ventura, de la magnétique Lee Remick, La Grande Menace (Gold, 1978) possède une évidente dimension méta : il s’agit d’un film classé catastrophe au sujet d’un supposé fauteur de catastrophes. Le romancier Morlar porte la mort dans ses productions, jusque dans son nom. Sa moralisatrice misanthropie lui donne des airs de mauvais messie et son désir homicide à sa façon résonne avec celui de Bronson ( Death Wish , Winner, 1974). Victime à domicile, menace à l’hôpital, il (se) survit et décide au/en final de faire s’effondrer une cathédrale, de détruire une centrale. Un flic français, flanqué d’une psychiatre patraque puis coupable, voire l’inverse, reconstitue son CV vite visualisé, essaie de le stopper. Après le matricide de La Malédiction (Donner, 1976), l’actrice américaine ici se suicide, très ou pas assez lucide, tandis que Morlar, a priori , selon ce...

Grease : Travolta et moi

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Du miel à la truelle ? Diptyque de pépites… N’en déplaise aux spécialistes, au critique Kant, le sublime peut aussi procéder du risible, au lieu de flanquer l’effroi, de flanquer les foies, au moins parfois, surtout au cinéma, surtout à gomina. Le dispensable Grease (Randal Kleiser, 1978) présente ainsi deux instants assez intéressants, sinon séduisants, unisson de chansons de (désespérée) dévotion et de (mauvaise) réputation. Certes, de supposées lycéennes s’y voient interprétées, double sens, par d’avérées trentenaires, en duo à distance, solidaire, mais la magie, pas seulement musicale, muséale, sentimentale, opère, la « suspension d’incrédulité » possède une certaine solidité. Opus d’adolescence(s) et d’apparence(s), Grease se mire au miroir ludique, liquide, du désir, de la nostalgie, des identités sexuées de communautés archétypisées, des images-mirages d’un autre âge, à la fois subjectif et collectif. Par conséquent, il devient cohérent que l’esseulée,...