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Affichage des articles associés au libellé François Truffaut

Les Ombres et les Rayons

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  Exils # 193 (29/04/2026) Dans ses mémoires de boire et déboires, « Tony » Hopkins trouvait « anglais » ces récits de ciné, où renoncent les gens de tous les jours, surtout en amour, conformisme clivant, fissa « déchirant ». En ce sens, Guerre et Passion (1979), intitulé français à la Tolstoï, le titre d’origine se limite au topographique, rue du début puis perspective in extremis , se définit film britannique, en sus de la nationalité de l’équipe, du lieu de sa fabrique. Le mélodrame martial évoque davantage Lean intime que le glamour militaire d’ Officier et Gentleman (1982). Mélancolique et pudique, il expédie une scène sexuelle en deux plans point malaisants, comme disent les objecteurs de conscience d’aujourd’hui, torses dissimulés, mains enlacées, durant moins longtemps que le londonien bombardement. Après un prologue de « romcom »,   attaque et contre-attaque de simulacres, se tisse en montage alterné, bombes à larguer, infi...

Le Genre d’Angela

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  Exils # 180 (16/03/2026) Fameux pour son final, Massacre au camp d’été (1983) commence par une série de panoramiques fantomatiques, visite livide du lieu de l’intitulé, en septembre et à vendre. Le prologue au soleil introduit un accident d’adolescents, ski nautique fatidique, cadavre à la dérive sur le lac déjà sépulcral, gilet de sauvetage fissa renfloué à la surface, sinistre indice d’enfant défunt. Le survivant s’agitant demeure dos tourné, silhouette non identifiée. « Huit ans après », une tante médecin mais à demi démente fournit un faux certificat à son fils et à sa nièce. Voici donc Angela, calme gamine au mutisme traumatique, à dévisager la chipie de la chambrée, in extremis promise à subir le supplice d’un fer à friser enfoncé style Les Valseuses (1974), atrocité à oreiller, mur d’ombres portées. Avant cette vengeance vicieuse, à ravir le rêveur ou tueur sadique de Bret Easton Ellis, ces vacances s’apparentent à un petit martyre, pourtant pas autant sangl...

Mission Maman

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  Exils # 164 (02/02/2026) Parmi des familles et des enfants attentifs, on découvre avec Le Robot sauvage (Sanders, 2024) l’équivalent américain de Flow (Zilbalodis, 2024) l’européen, puisque les deux dessins animés, par ordinateur idem engendrés, manient le même matériau : des animaux, de l’eau, des hommes évaporés ou à la périphérie de la géographie (du récit), une certaine idée de la solidarité. En dépit d’une interprétation réductrice, applicable et appliquée aux films dits horrifiques, il semble que le darwinisme ne se réduise en vérité à une évolution sélective, incontournable et défavorable aux espèces les plus faibles. La (sur)vie dépendrait aussi de l’adaptabilité, de l’altérité, d’une dialectique pragmatique. In extremis mis en abyme, car lecture de catalogue au lieu de projection publicitaire, le conte anticonformiste produit par DreamWorks carbure à la concorde, à la « trêve » hivernale et amicale, à l’altruisme démocratique et bien sûr à ...

Voix sans issue

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  Exils # 127 (10/09/2025)  Macabro (Prado, 2020) commence comme un codicille au diptyque Troupe d’élite (Padilha, 2008 + 2010), qui plut au public et déplut à la critique, les producteurs rempilent, l’affiche et la bande-annonce le précisent. On retrouve vite plusieurs motifs : des hommes en uniformes, une bavure au début, le récit du protagoniste en voix off , avant celle du journal régional nommé A voz da serra . Mais le film sème ce modèle, évite la ville, se déplace donc en montagne, retrace sous forme fictive un fait divers en effet macabre, plus sordide que celui du script . Au Brésil sévissent ainsi deux « frères nécrophiles », friands de refroidissants « féminicides », à faire défaillir les féministes nordistes. Au Brésil sévit aussi un prêtre pédophile, son onctuosité le trahit dès l’orée, son discours antidémoniaque le démasque. En vérité je vous le dis, en dépit de somptueux paysages de parc national, paradis laïc presque préhistorique...

La Grande Attente

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  Exils # 109 (14/05/2025) Dans Pierrot le Fou (Godard, 1965) Belmondo se suicidait à la dynamite, Anna Karina portait une robe écarlate ; dans Week-end à Zuydcoote (1964), il succombe à une bombe, aperçoit au lointain Jeanne en rouge. Le Nolan de Dunkerque (2017) et le Spielberg de La Liste de Schindler (1993) connaissaient-ils l’œuvre de Verneuil ? Peut-être, peu importe, ce titre restauré se suffit à lui seul, délesté d’héritiers. Flanqué de François Boyer ( Jeux interdits , Clément, 1952), Robert Merle, l’auteur de La mort est mon métier , matrice apocryphe de La Zone d’intérêt (Glazer, 2023), s’auto-adapte et dialogue cette chronique tragi-comique d’un couple de jours pas si historiques, plutôt pragmatiques. Si Fabrice ne voyait rien à Waterloo, Julien, Maillat et non Sorel, accomplit un périple picaresque, ponctué de rencontres pittoresques, comme ces vraies-fausses nonnes façon La Grande Vadrouille (Oury, 1966), de caméos plus ou moins rigolos, citons ceu...

L’Ombre et la Couronne

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  Exils # 106 (06/05/2025) « Il n’y guère de quoi rire » parmi « l’hystérie » maccarthyste, mais la « comédie » à moitié terminée sur les larmes du gamin renouvelle une trouvaille originelle ( L’Arroseur arrosé , Lumière, 1895) pour laver le sale procès. Au cabaret où ne craquer, gaffe à l’effroyable lifting, un tandem de mecs retravaille l’increvable modèle de la tarte à la crème. Voici du physique, du slapstick , comme un effort encore, avant de revenir en volant vers la patrie révolutionnée, volée, décor et hublot de studio, truquage de paysage d’un autre âge. Certes le scénariste/réalisateur/acteur/producteur/compositeur ridiculise sa cible, (dé)montre l’immoralisme de la « Commission » à la con, ne pratique cependant le prosélytisme, « roi et communiste » impossible indeed , jadis déjà le drapeau rouge ramassé, en tête de cortège porté, ne consistait à être encarté ( Les Temps modernes , 1936). Ironie terrible et au carré,...

Le Pantin et la Femme

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  Exils # 102 (15/04/2025) Comme Bergman ( Fanny et Alexandre ) & Kieślowski ( Le Décalogue ), Pialat ( La Maison des bois ) & Lynch ( Twin Peaks ), Comencini manie en cinéaste la temporalité, la proximité de la télé. Que vaut donc cette version condensée, en salle distribuée, en français doublée ? Elle démontre d’abord que la qualité du regard ne dépend de la quantité de l’écran : leçon de réalisation, sinon d’adaptation, bravo à l’incontournable co-scénariste Suso Cecchi D’Amico, (re)lisez mon portrait, Les Aventures de Pinocchio (1972) bénéficie ainsi et aussi d’une direction artistique – costumes + décors de Piero Gherardi ( La dolce vita , Fellini, 1960) – et photographique – Armando Nannuzzi éclaire ensuite le Jésus itou cathodique de Zeffirelli – assez admirable, mélange réussi de réalisme et de fantastique, de rudesse et de douceur. Avec son casting hétéroclite, aux caméos drolatiques, citons Stander en marionnettiste, De Sica en magistrat, Adorf en...

La Belle et la Bête obsolètes

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  Exils # 86 (24/02/2025) Faut-il se méfier d’un film qui se termine sur une porte fermée ? Après les applaudissements du public aux cheveux blancs, riant souvent durant l’ensemble de la séance, on pouvait entendre « pas de violence » en remerciement, sinon en soulagement. Au siècle dernier, à une époque pas encore cadenassée par le moralisme de la nôtre, quoique, un critique, en l’occurrence Serge Kaganski des Inrockuptibles , qualifiait de « pétainiste » Les Enfants du marais (Becker, 1999), au grand dam du cinéaste le menaçant d’un procès. Tandis que le dernier éditorial de Positif , signé Yann Tobin, se félicite des auditions d’une commission présidée par Sandrine Rousseau, avec Rima Hassan la meilleure ennemie de Boualem Sansal, consacrée aux « violences et harcèlements sexistes et sexuels (VHSS) commis dans les milieux artistiques et médiatiques, notamment dans le cinéma et l’audiovisuel », se préoccupe de « représentation »,...

CRS et Détresse

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  Exils # 59 (04/11/2024) Une chambre en ville (1982) se conclut donc en écho à Possession (Żuławski, 1981), gisant d’amants, reprise rapprochée d’un plan des allongés pareillement en plongée. Le pont transbordeur peu à peu crépusculaire de l’ incipit optique remémore celui des Demoiselles de Rochefort (1967), mais Christine Gouze-Rénal remplace la productrice Mag Bodard. Pendant un prologue d’époque en noir et blanc, tension très hiératique, duo de chœurs antiques, l’action prend des couleurs, la caméra mobile esquive vite le cinéma marxiste, prend la tangente à Nantes, de manière littérale, puisque passe fissa la porte de l’immeuble de Madame Langlois, clin d’œil à Henri, spectatrice aux premières loges de la manif et des matraques moroses, baronne et daronne à la particule perdue, pianiste parfois pompette, qui abhorre la bourgeoisie, éprouve une maternelle sympathie pour le locataire prolétaire, en dépit des portes claquées, des amours contrariées. En pull rose puis ja...

La propriété, c’est le fol

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  Exils # 51 (23/09/2024) « Mon rôle de voleur le plus célèbre et l’un des plus réussis » résume de manière laconique l’acteur au cours du bel et anecdotique album photo Belmondo par Belmondo , publié par Fayard en 2016. Il développe un peu dans le non vital Mille vies valent mieux qu’une , même éditeur et millésime, dit qu’il « adore » ce « personnage ténébreux et cynique », se dit « agacé » de l’échec économique et critique, affirme que le film se verra « réhabilité » au fil des années. Alors en lutte contre une presse à potins putain (pléonasme), en raison de sa (longue) liaison avec une certaine Ursula Andress, « tigresse ultra-sportive », je cite mais je ne confirme, au passage présente à la première du Malle, le comédien guère acclamé du Conservatoire tourna déjà Cartouche , ne se soucie pas encore de Mesrine (ni de Céline), va bientôt se viander avec Resnais, puisque l’estimable Stavisky , qu’il produit aussi, cons...

Le Mojo de Belmondo

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  Exils # 42 (28/06/2024) Ce film mésestimé s’ouvre sur un accident de voiture, en fait sa ferrarienne mise en scène, mais Chabrol se moque du Godard de Week-end (1967), qui d’ailleurs ne le considérait comme un « auteur », paraît vite s’orienter vers une comédie de mœurs dont l’hédonisme et le machisme durent faire horreur aux féministes, tandis que la séquence de tunisien tourisme – après L’Homme de Rio (de Broca, 1964), voici celui de Tunis – dut atterrer les tenants de l’anticolonialisme. Fiché misogyne dès Les Bonne Femmes (1960), ici adoubé « beauf », le cinéaste récidive, encore en compagnie du scénariste Paul Gégauff, adaptateur de polar lui-même occis par sa petite amie. Si d’un arriviste provincial, d’un anecdotique et antipathique casanova d’hôpital (baiser des « mochetés » parce que « plus marrant et moins compliqué » CQFD, fric en prime), d’un mari manipulateur épris de sa sensuelle belle-sœur, comparaison (des alcools) d’o...

Meursault en morceaux

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  Exils # 40 (24/06/2024) On connaissait déjà Boileau & Narcejac, on découvre donc Durand & Galissian, dissimulés derrière ce pseudonyme presque transparent : H. L. Dugall. Hélas affublé d’une couverture colorée hors sujet, modèle de roman dépressif et dégraissé, limité à l’essentiel et surtout à l’existentiel, à l’image du sacrifié, sinon du crucifié, cf. la référence d’évidence, durant sa transformation finale, petit opus de cent quatre-vingt-sept pages en poche primé à sa parution en 1967, La Porte dorée s’apparente un peu à L’ É tranger (relu et) corrigé, (reconnaissable et) déguisé, délocalisé. Il s’agit d’un joli KO à Frisco, coécrit par le futur scénariste du risible Dancing Machine (Béhat, 1990) et un ancien critique ciné de L’ É cran français . Deux hommes et une femme forment un trio forcément infernal et un triangle foutrement fatal, leurs patronymes servant aussi à intituler ses trois parties. Si la première et la deuxième utilisent une « focalis...

Mais 68

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  Exils # 28 (11/04/2024) Avec Cathy 2024 vous rend patraque ? On compatit, s’exile aussi, de notre époque médiocre, à l’art de désespoir. « Forget 68 », préconisait le pitre Cohn-Bendit : si désormais, merci à l’amitié, février revêt une relative valeur, suivant votre serviteur, qui malheureusement ne croit au bonheur, a priori celui promis par la petite bourgeoisie, sa pseudo-révolution à la con, sa lutte ouvrière de naguère, de chimère, ses « CRS SS », pourtant Pasolini les applaudit, ses pavés de plage, son « réactionnaire » héritage, il ne s’agit ici de gémir de nostalgie, de ressusciter un passé franco-français, enterré plutôt que regretté, mythifié, démystifié, aux dépens d’un présent lui-même épuisant, peu « épatant ». La production cinématographique peut paraître parfois prophétique, l’hypnotiseur Caligari en prédécesseur de Hitler, professe Kracauer, le spectateur regarde toujours dans le rétroviseur, car l’écran, «...