Mission Maman

 Exils # 164 (02/02/2026)

Parmi des familles et des enfants attentifs, on découvre avec Le Robot sauvage (Sanders, 2024) l’équivalent américain de Flow (Zilbalodis, 2024) l’européen, puisque les deux dessins animés, par ordinateur idem engendrés, manient le même matériau : des animaux, de l’eau, des hommes évaporés ou à la périphérie de la géographie (du récit), une certaine idée de la solidarité. En dépit d’une interprétation réductrice, applicable et appliquée aux films dits horrifiques, il semble que le darwinisme ne se réduise en vérité à une évolution sélective, incontournable et défavorable aux espèces les plus faibles. La (sur)vie dépendrait aussi de l’adaptabilité, de l’altérité, d’une dialectique pragmatique. In extremis mis en abyme, car lecture de catalogue au lieu de projection publicitaire, le conte anticonformiste produit par DreamWorks carbure à la concorde, à la « trêve » hivernale et amicale, à l’altruisme démocratique et bien sûr à la maternité revisitée. Tandis qu’en autarcie les machines des non submergés cultivent du maïs génétiquement modifié, que le pont de San Francisco émerge à peine des eaux, un robot en cargo fait naufrage sur une île édénique, à la faune sympathique. Tel Frankenstein, l’innocent bienveillant se voit vite ostracisé, androgyne anonyme, hérésie en (numéro de) série, ramené à sa « monstruosité ». L’apprentissage du langage (lui) permet de communiquer, une adoption par procuration d’éprouver les plaisirs et les peines de la parentalité, métonymie d’humanité. Les chiens ne font des chats, un objet devient donc la mère d’un oison toutefois, l’orphelin défie le destin, dépasse sa marginalité imposée, s’affirme fissa chef (d’escadrille), refuse de faire comme les autres et de marcher là-bas au pas de l’oie. Un être répond à un (pré)nom, donné ou non, pas de Nils Holgersson à l’horizon, mais le tandem de Roz & Joli-Bec.

S’il se souvient à l’évidence de Bambi (Disney, 1942), l’item retravaille les motifs du sexe des anges et des androïdes rêveurs de moutons électriques du moins écologique Philip K. Dick. Lorsque Roz(e) se fait capturer par une pieuvre dépourvue de pitié, abduction de science-fiction et de témoignage d’outrage, le ravissement en vol viré au viol, ses souvenirs imprévisibles intéressent l’hôtesse, autant que les autorités à redouter du Monde des Ā de van Vogt et de Total Recall (Verhoeven, 1990). Dans Alien 3 (Fincher, 1992), l’increvable survivante de Sigourney Weaver devait, crâne rasé, compter avec un monde d’hommes, get out James Brown, avec les prisonniers patibulaires d’une colonie pénitentiaire. Au final elle finissait au fond des flammes, Jeanne d’Arc stellaire, suicidaire et surmère, serrant de ses mains et de ses sentiments le fruit infernal de ses entrailles. Dans Le Robot sauvage, le thorax et le ventre en ferraille servent d’abri à la manière d’un marsupial, l’émotion d’une déclaration d’amour filial se moque de l’alimentation coupée en forme de funérailles et les retrouvailles de l’épilogue (reset en somme), en rime à l’illusion idyllique et dépressive de Brazil (Gilliam, 1985), n’en possèdent l’ironie de lobotomie. Fable fréquentable, malgré un optimisme assumé, Sanders peu désireux de désespérer la jeunesse, et réussite graphique, néanmoins (souvent) parasitée par une musique illustrative, Le Robot sauvage évoque davantage le gosse homonyme de Truffaut (L’Enfant sauvage, 1970) que le solitaire et suicidaire, bis, Into the Wild (Penn, 2007). À l’éthologue Emmanuel n’en déplaise, l’utopie jolie d’arche de Noé délocalisée les proies et les prédateurs apaise, son union réactive, combative, encore d’actualité, because contexte guerrier. « Inclusive » par le casting d’origine et la « diversité » de la VF, elle développe les lois d’Asimov, hisse la gentillesse à un rang puissant.   

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