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Affichage des articles associés au libellé Christopher Nolan

To be (dis)continued

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  Exils # 157 (19/01/2026) Vingt-cinq années après la fin heureuse et miséricordieuse de Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992), la coda karma de Twin Peaks: The Return boucle la boucle du doute et de la déroute. L’odyssée du lui-même dédoublé Dale se solde donc par un échec au carré, car il ne parvient à sauver au passé Laura dans les bois, à ramener « à la maison » Carrie aujourd’hui, replay de Piper Laurie compris ( Carrie au bal du diable , De Palma, 1976), avatar vieilli, fugitive amnésique, au macchabée de canapé, jadis « trop jeune pour se méfier » dit-elle ensommeillée, de qui, de quoi, sinon de son possédé papa, conduite encore à la place du mort, sur une (auto)route autant nocturne et désolée que celle de Lost Highway (1997). Le cinéaste ici téléaste se souvient de la dernière rencontre, décevante et dessillante, entre Sue Lyon & James Mason, le loué Lolita (Kubrick, 1962) autre conte de doppelgänger pervers. Il confère à un univers co-inventé...

Le Messie et le Matricide

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  Exils # 121 (20/08/2025) « Abomination » s’exprime Rampling en sourdine, « amélioration » se félicite le cinéphile en séance gratuite. J’expédiai jadis ainsi la première partie : « Hiératisme, romantisme, scepticisme : pasteurisation nolanisation » ( Un film, une ligne ). Aujourd’hui je dédie quelques lignes à demi laudatives à sa suite – sic transit cinéma mundi . Sis sur le sable du désert et de l’arène, la poursuite du périple de Paul Atréides indeed mérite une mesurée estime. Certes, on y retrouve et on y réécoute hélas la mélasse bien ambient du sieur Zimmer ; certes, le sound design ne lésine sur les effets acoustiques, quitte à faire frissonner le fauteuil ; certes, la philosophie politique paraît presque simpliste comparée à celle du Prince de Machiavel – mais ce passif se voit en vérité dépassé, fluidifié, par l’actif d’une réflexion en action(s) sur les limites du messianisme. Si Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), sa m...

La Grande Attente

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  Exils # 109 (14/05/2025) Dans Pierrot le Fou (Godard, 1965) Belmondo se suicidait à la dynamite, Anna Karina portait une robe écarlate ; dans Week-end à Zuydcoote (1964), il succombe à une bombe, aperçoit au lointain Jeanne en rouge. Le Nolan de Dunkerque (2017) et le Spielberg de La Liste de Schindler (1993) connaissaient-ils l’œuvre de Verneuil ? Peut-être, peu importe, ce titre restauré se suffit à lui seul, délesté d’héritiers. Flanqué de François Boyer ( Jeux interdits , Clément, 1952), Robert Merle, l’auteur de La mort est mon métier , matrice apocryphe de La Zone d’intérêt (Glazer, 2023), s’auto-adapte et dialogue cette chronique tragi-comique d’un couple de jours pas si historiques, plutôt pragmatiques. Si Fabrice ne voyait rien à Waterloo, Julien, Maillat et non Sorel, accomplit un périple picaresque, ponctué de rencontres pittoresques, comme ces vraies-fausses nonnes façon La Grande Vadrouille (Oury, 1966), de caméos plus ou moins rigolos, citons ceu...

G(r)osse frayeur

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  Exils # 29 (15/04/2024) En 1988, surprise œcuménique presque archéologique, on pouvait donc dessiner des sous-vêtements d’enfants, de la nudité humide, avec père pas pervers, un peu solitaire et universitaire, sans que personne ne s’étonne, ne trouve vite ces traits discrets très suspects. Autres temps, autres mœurs, esprit rebondi, à douce pilosité, de la fabuleuse forêt, fais que ma petite sœur ne meure, pourrait prier la gamine à moitié portée, animée, terme en contexte, par un fameux sentiment de culpabilité, tel le narrateur du crève-cœur La Cicatrice de Bruce Lowery, fraternel et enfantin, in fine orphelin. Film de « fantômes » et film de famille, mélodrame rural à l’hédonisme animiste, voire l’inverse, Mon voisin Totoro , au-delà de son estivale sensualité, de sa séduisante simplicité, donne à voir une réflexion en action sur la thématique dialectique de l’imagination, de la représentation. « C’était un rêve qui n’était pas un rêve ! » s’exc...

Old Gringo

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  Un métrage, une image : Memory (2022) Construit en boucle bouclée de cou coupé, commencement et dénouement d’égorgement, ce remake américain d’un succès européen pouvait bel et bien se déployer en mélodrame masculin un brin élisabéthain. Il convient de se contenter d’un polar un peu politique, a fortiori gérontophile, qui carbure, en sourdine, à l’immigration clandestine, à la mineure mexicaine, à la sommité de l’immobilier maternelle et malsaine. Sorti au terme d’avril aux États-(dés)Unis, déjà disponible en ligne, Memory s’avère vite aussi superficiel et consensuel que American Nightmare 5 : Sans limites (Gout, 2021), file une métaphore déjà utilisée, idem délocalisée, par les très supérieurs Outrages (De Palma, 1989) puis Redacted (De Palma, 2007). Au viol et au meurtre comme armes militaires au Vietnam, en Irak, se substituent la cellule du camp d’internement, pardon, du « centre de détention », la violence de l’enlèvement, la complicité traumatisée,...

Les Griffes de la nuit : Fred

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  Hymne à la joie ? Hymen d’effroi… Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou, Tout plein de vague horreur, menant on ne sait où ; Baudelaire, Le Gouffre Le conte de culpabilité de Craven s’ouvre sur une scène malsaine signée Dan Perri, title designer de L’Exorciste (Friedkin, 1973), de sa risible suite L’Hérétique (Boorman, 1977), de La Main du cauchemar (Stone, 1981), Dream Lover (Pakula, 1986), L’Amie mortelle (Craven, 1986), des Griffes du cauchemar (Russell, 1987), du Cauchemar de Freddy (Harlin, 1988), de Jusqu’au bout du rêve (Robinson, 1989), Color of Night (Rush, 1994) ou du récent remake de Suspiria (Guadagnino, 2018). Le collaborateur régulier de Scorsese nous projette aussi sec à l’intérieur qui fait peur de la psyché ensommeillée de la très tourmentée Tina qu’incarne Amanda (Wyss). N’en déplaise à ses adorateurs, disciples   sin...

Et la vie continue + Au travers des oliviers : Tremblement de terre + Les Mariés de l’an II

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Suite à leur visionnage sur le site d’ARTE, retour sur les titres d’Abbas Kiarostami. Abbas Kiarostami aimait les bagnoles, savait s’en servir, cf. Le Goût de la cerise (1997) ou Ten (2002). Ici, chez lui, la vitre de la voiture devient vite viseur, écran au carré sur lequel un gosse ensommeillé découvre la réalité. Toujours picaresque, jamais pittoresque, le périple paternel permet de cartographier une catastrophe, comme en écho à la déroute de La Route (John Hillcoat, 2009), même si, cette fois-ci, on ne se nourrit d’un nourrisson, on amuse un marmot en hamac au milieu des arbres, petit Moïse plâtré, pansé. Plus tard, le fiston philosophe, fanatique de foot télédiffusé, rappelle à la mère lessiveuse, pas lessivée, le sacrifice d’Abraham, autre histoire de fils, de supplice, de foi d’effroi, de miséricorde divine. Ce dialogue dessine davantage que réesquisser une scène de Où est la maison de mon ami ? (Kiraostami, 1987), relier le premier volet de la « trilogie...

Forget Me Not : Tu oublieras le cinéma

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  « Fondu au noir » ou « nouvel espoir », dernière esquive ou vertus du vide…  Je ne considère pas qu’un comédien puisse prendre la place d’un autre : on peut être oublié bien sûr mais c’est autre chose. Nous sommes tous condamnés à cela… C’est une question qui ne me hante pas, j’accepte cet ordre des choses. C’est tellement bon d’avoir déjà eu droit à un peu de lumière ! Omar Sy, dossier de presse du Prince oublié D’après Godard : grâce au ciné, les valeureux souvenirs, via la TV, surtout celle de Vidéodrome (David Cronenberg, 1983) et sa sommité homonyme, spécialiste cathodique pas très catholique, le vain oblivion ? Pas tant évident, moins manichéen, car le cinéma suscite aussi sa sienne amnésie. Dans Le Voyage , souviens-t’en, justement, un Baudelaire mortifère réclamait en coda du « nouveau » fiché « au fond de l’Inconnu », c’est-à-dire de l’autre côté du tombeau. Les distributeurs répondent en chœur, le public l’imite – chaque ...

Unborn : Phoenix

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Shalom à la gomme ? Conte pour solde de tout compte… Le motif du miroir fantomatique matérialise l’intitulé du blog que vous lisez, lui-même définition du cinéma, mais l’argument mystique et historique excède les reflets funestes. Si Unborn (David S. Goyer, 2009) semble se souvenir de The Grudge (Takashi Shimizu, 2004) et son gosse d’escalier, de Prince des ténèbres (John Carpenter, 1987) et sa terreur quantique, de L’Exorciste (William Friedkin, 1973) et sa tête rotative en spider walk , l’essentiel se situe ailleurs, davantage du côté du Golem (Paul Wegener, 1920 ou Julien Duvivier, 1936), de Ces garçons qui venaient du Brésil (Franklin J. Schaffner, 1978), de Shoah (Claude Lanzmann, 1985). Ce métrage minoré, mal-aimé, mérite néanmoins une heure vingt d’une vie de cinéphilie, car il essaie de revitaliser un thème momifié, celui de la possession/malédiction, au contact de la Kabbale. Hollywood, on le sait, on renvoie vers Le Royaume de leurs rêves de Neal Gable...

Stereo : Amnesia

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Maximilian Erlenwein. Récit cerveau, dès l’intro, à moto, en techno, Stereo (2014) rappelle David Cronenberg, pas celui du film homonyme (1969), plutôt celui de A History of Violence (2005). Toujours trompeuses, les apparences rurales, idéales, dissimulent à peine un passé dont la griffe ne cesse de se planter en plein cœur des protagonistes, le Jacques Tourneur de Out of the Past (1947) ne nous contredira pas. Stereo se souvient aussi du Memento (2007) de Christopher Nolan, histoire sans cesse inversée, en différé, d’un enquêteur se découvrant in fine meurtrier, en rime à un certain Œdipe. Moins parricide et incestueux, davantage violent et misogyne, Erik, pas vraiment viking, père par procuration, mécanicien à l’excitante odeur de cambouis, accessoirement motard accumulant les amendes, se divise assez vite, aperçoit, court après puis discute avec le cynique Henry, prénom probablement emprunté au bon tou...