To be (dis)continued
Exils # 157 (19/01/2026)
Vingt-cinq années après la fin heureuse et miséricordieuse de Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992), la coda karma de Twin Peaks: The Return boucle la boucle du doute et de la déroute. L’odyssée du lui-même dédoublé Dale se solde donc par un échec au carré, car il ne parvient à sauver au passé Laura dans les bois, à ramener « à la maison » Carrie aujourd’hui, replay de Piper Laurie compris (Carrie au bal du diable, De Palma, 1976), avatar vieilli, fugitive amnésique, au macchabée de canapé, jadis « trop jeune pour se méfier » dit-elle ensommeillée, de qui, de quoi, sinon de son possédé papa, conduite encore à la place du mort, sur une (auto)route autant nocturne et désolée que celle de Lost Highway (1997). Le cinéaste ici téléaste se souvient de la dernière rencontre, décevante et dessillante, entre Sue Lyon & James Mason, le loué Lolita (Kubrick, 1962) autre conte de doppelgänger pervers. Il confère à un univers co-inventé avec Mark Frost & Robert Engels une origine atomique et mystique, largement supérieure au soufflé du surfait Oppenheimer (Nolan, 2023), démunie de moralisme mais munie d’atonalisme, de la musique programmatique de Penderecki, déjà accaparé par Billy Friedkin (L’Exorciste, 1973). Les scènes sexuelles relèvent du mortel (couple crevé de cube d’incube), de l’extatique (Dougie & Janey-E), de la détresse (Dale & Diane), la procréation s’apparente à une infestation, une contamination, Sarah Palmer alors juvénile et endormie, pénétrée, fécondée de façon buccale, par un insecte radioactif, « you put your disease in me » résumait Isabella Rossellini (Blue Velvet, 1986), parturiente inconsciente puis acheteuse âgée, hantée, prompte à égorger, fi d’homophobie, alcoolique de ring cyclique, iconoclaste de fétiche photographique incassable. D’un viol au suivant, l’inceste du père remplacé par l’assaut du clone mortifère, Diane déballe, simulacre écartelé, exécuté, coiffé coloré à la Louise Brooks, Ben « respecte » Beverly, c’est-à-dire Ashley Judd, l’un des rouages du scandale Weinstein. L’Amérique nordiste de David Lynch, où la seule Noire de l’ouvrage se prostitue dans les parages, où le seul Noir du métrage annonce les conclusions musicales, où un Indien parce qu’il le vaut bien découvre des pages de journal, constitue un microcosme économique tourmenté, voiture à virer, hématies à monnayer, camping à occuper ; un asile ludique et mélancolique, à émissions conspirationnistes et pelles (dé)merdiques ; une banlieue burtonienne à main armée, un comptable discutable y dégomme un tandem de tueurs, une personne dite de petite taille pourvue d’un pic à glace sévit en sus. Tant pis pour le proverbe : ce qui se passe à Las Vegas n’y demeure et (les) dépasse, paire de frères pas si dégueulasses, « cœurs d’or » d’accord, rime magnanime aux shérifs téléphoniques, vaincs l’adversaire du cancer, brother. « Starring » un remarquable Kyle MacLachlan, Orphée d’éphémère normalité, qu’accompagne une troupe impeccable, générique nécrologique, dédicaces aux disparus, le téléfilm hybride, rédigé puis tourné en entier, vrai-faux feuilleton découpé pour la diffusion, s’avère souvent amusant, parfois poignant, cf. l’accident de l’enfant, instant de sidération et d’ascension. Libre à autrui de l’estimer surréaliste, ésotérique, réussi à demi, raté à moitié, on se réjouit en 2026 de ces retrouvailles en forme de funérailles, éternel retour au titre explicite, au déterminisme dépressif, testament involontaire et synthétique d’artiste peu solitaire, éclectique. Chalfont & Tremond, « tulpa » ou pas, hier devenu avenir ou pire, le cri de Carrie, de la « seule et unique » Sheryl Lee, répond à l’appel de Sarah, précède le murmure de Laura – nous (vous) y (re)voilà, hélas et hourra…

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