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Affichage des articles associés au libellé Boris Vian

J’irai cracher sur vos ombres

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  Exils # 88 (26/02/2025) Le générique fait gémir mais pas de plaisir, car surdécoupé, points de vue démultipliés, mention spéciale à la plongée depuis l’arbre, à vitesse réelle et au ralenti, escorté d’un « thème » vocal symboliste et sucré. Un cycliste binoclard y lit, ne s’y égare, traverse des rues de banlieue résidentielle aussi entretenues que celles, davantage anxiogènes, de Halloween (Carpenter, 1978). Tout autant indépendant, beaucoup moins gagnant, sur tous les plans, Horror High (Stouffer, 1974) ressemble un brin à un Carrie (De Palma, 1976) au masculin, on mate des torses d’hommes, on échappe à leur douche, ouf, on les voit se moquer d’un maternel orphelin au père lointain, bien sûr à une relecture transposée, paupérisée, de l’increvable L’ É trange Cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde , auquel la projection d’introduction fait d’ailleurs référence de séance, classe calme dévoilée en travelling arrière. Plus tard, Roger l’enfoiré se fichera du sci...

L’Italien

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  Baryton de bon ton, anthologie jolie… À ma mère Ce soir-là on sortait d’un cinéma La Chanson de Paul En 1922, Reggiani naquit. En 2022, que reste-t-il de lui ? D’abord des rôles, surtout ceux au ciné, qui s’étendent sur une cinquantaine d’années. On vit ainsi Sergio chez Ophuls ( La Ronde , 1950), Jacques Becker ( Casque d’or , 1952), Le Chanois ( Les Misérables , 1958), Duvivier ( Marie-Octobre , idem ), Comencini ( La Grande Pagaille , aka Tutti a casa , 1960), Visconti ( Le Guépard , 1961), Melville ( Le Doulos , idem + L’Armée des ombres , 1969), Clouzot ( L’Enfer , 1964), Enrico ( Les Aventuriers , 1965 + Les Caïds , 1972), Sautet ( Vincent, François, Paul... et les autres , 1974), Ferreri ( Touche pas la femme blanche , idem ), Carax ( Mauvais sang , 1986), liste subjective non exhaustive. On l’entendit aussi, puisqu’il se piqua, au mitan de son temps, d’un second type d’interprétation, à l’écart de l’écran choral, au creux de l’écrin vocal. Reggiani chan...

Pinocchio

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  Un métrage, une image : Menteur (2022) Remake niçois d’un succès québécois ( Menteur , Gaudreault, 2019), aussi moralisateur que Menteur, menteur (Shadyac, 1997), ce téléfilm infime pouvait s’avérer jeu de piste réflexif, réflexion en action(s) sur les puissances et les souffrances de la fiction. Mais la coproduction Gaumont & M6, associés symboliques, souffre d’être lisse, délestée de malice, inoffensive et poussive. Lorsque Chloé, pas celle de L’Écume des jours , condamnée à crever au milieu d’un univers autant cruel que merveilleux, désigne du terme « incidents » un substantif péjoratif (« blondasse ») + une insulte sexiste (« pute »), proférés par un client russe pas encore préoccupé par l’Ukraine, plutôt le traitement des eaux, elle souligne à son insu le consensuel du logiciel, que la coda de capitale, rencontre sentimentale, tourisme fluvial, pont du passé supposé célébrer l’amitié slave et hexagonale, d’article d’usine, d’abord ...

La guerre est finie

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  Un métrage, une image : Pluie noire (1989) Filmer l’infilmable, les effets instantanés, puis prolongés, du premier des crimes de guerre, des « crimes contre l’humanité », commis par les États-Unis, avec un cynisme définitif, n’oublions les observations, les interdictions, au Japon sous occupation, sans se soucier de Resnais ( Hiroshima mon amour , 1959), en se souvenant surtout d’Ozu – pari à moitié remporté, puisque musique surdramatique, due à l’incontournable Tōru Takemitsu, plus nuancé, plus inspiré, chez Teshigahara ( La Femme des sables , 1964), Kobayashi ( Kwaïdan , idem ), Ōshima ( L’Empire de la passion , 1979) ou Kurosawa ( Ran , 1985), allez, parce que le prologue, couplé à un retour en arrière, en enfer, reconstitution en accéléré, au risque de saper la célèbre « suspension d’incrédulité », rappelle plutôt la pétrification de Pompéi, qu’il n’annonce Nagasaki. Pourtant, Pluie noire opère, presque sans crier gare, un saut spatio-tempo...

Si seulement Marc Seberg

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  Dix titres , dix stèles, désire, dit-elle… Si seulement les chansons d’amour et de désamour de notre modernité (dé)moralisée, contaminée, condamnée, pouvaient posséder une seconde une once de l’élégance intense de celles de Marc Seberg… Si seulement ce chanteur charmeur qui jamais n’exista, sinon en toi et moi, sous une forme démultipliée d’individualités réunies, en sursis, revenait d’entre les morts vous éclairer encore, d’une éclaircie pas rassie, sus à l’ennemi, aux geignardes nostalgies, aux années enterrées, aux jeunesses effacées, fin de siècle, obsolètes… Si seulement Philippe Pascal, autrefois artiste apolitique de Fnac marseillaise, votre serviteur se le rappelle à l’aise, ne disparaissait, peut-être se suicidait, à la soixantaine, à Rennes… Si   seulement l’éphémère Pascale Le Berre, claviériste et compositrice, fredonnait davantage sur ces voyages efficaces, effectués tout sauf en solitaire, quelles belles et bonnes bouffées d’air, breton ou non… Si Brecht ...

L’Ange exterminateur : Providence

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Luis Buñuel. Le réduire à une satire ? L’Ange exterminateur (1962) excède sa rumeur. Il se souvient aussi, un peu, de La Règle du jeu (Renoir, 1939), il recycle illico Huis clos , il décline et délocalise L’Année dernière à Marienbad (Resnais, 1961). L’ opus placé sous le signe sinistre de l’itération à répétition, dont deux scènes en deux versions, celle de l’arrivée des convives, celle du toast à la cantatrice, possède indeed un pouvoir hypnotique, affiche un infernal fantastique. Il relie a fortiori le survival choral de La Mort en ce jardin (1956) et l’impossibilité en (supposée bonne) société du Charme discret de la bourgeoisie (1972). Victime d’une malédiction marxiste, le groupe porté sur l’opéra se trouve subito surpris au sein d’une situation irréelle, sinon d’une boucle temporelle. Pour rompre le charme maléfique et tragi-comique du confinement, de l’enfermement, ils vont devoir s’ape...

Ubik : De la Terre à la Lune

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  La connivence et l’existence, l’enfant et le néant… En 2021, l’unique Ubik ne ressemble presque plus à un roman émouvant et amusant, mais bel et bien à un réchauffant et refroidissant document, allusion incluse au fameux « confinement ». Au milieu d’un monde un brin à la Baudrillard, constitué de simulacres, de s(t)imulations, de paranoïa pandémique, d’emprise étatique, de cinés en effet fermés, puisqu’on projette déjà le « film-réalité » de Bill Burroughs bien malsain au quotidien, in situ , dans les rues, à domicile, au sein des esprits trop dociles, l’odyssée en écho à celle d’Orphée ou de Dante du pas si cheap Joe Chip nous happe et nous détraque, comme si sa lucide folie à lui, et ensuite celle de Dick, pouvait, devait, savait éclairer de ses questions toujours de saison, de ses inquiétudes ludiques et adultes, notre obscurité cadenassée, notre narration à foison, sans rémission ni horizon. L’auteur majeur du Maître du Haut Château , des Androïdes rêv...

Tirez sur le pianiste

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  Notes sur (de) Claude Bolling… Décédé en décembre dernier, le compositeur ne (se) meurt, puisque sa musique (lui) survit. Durant une cinquantaine d’années, au ciné, à la TV, Bolling bossa beaucoup, comme le démontre l’anthologie jolie du précieux spécialiste Stéphane Lerouge, en clin d’œil explicite, patronymique, baptisée Bolling Story , qui constitue avec American Movies un diptyque discographique et cinématographique presque exhaustif. Soixante-dix-huit morceaux permettent au spectateur auditeur de confirmer que ce corpus possède un cœur et une vraie valeur. Au-delà de l’éclectisme des items , des formats, des textures, ces tonalités, demeure une ligne unique, unificatrice, celle bien sûr du jazz , même si le maestro à son piano paraît méconnaître la liberté expérimentale d’un Ornette Coleman, lui-même annexé en intense Interzone par son homologue Howard Shore , à l’occasion de la somptueuse partition du Festin nu (Cronenberg, 1991), passons. Outre vadrouiller avec Vian, ...

La Mort d’Olivier Bécaille : De l’inconvénient d’être né

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  Six pieds sous terre, mon cher (1)… La Mort d’Olivier Bécaille , d’emblée, allez, L’Inhumation prématurée retravaille. Zola lut-il Poe ? Pourquoi pas, puisque opus original paru en 1844, quarante ans avant le sien, car traduction française, Baudelaire au vestiaire, disponible au moins dès 1882, du recueil Contes grotesques au creux. Cet extrait de Naïs Micoulin , collection qui elle-même, en 1945, inspira Pagnol, sa sublime Jacqueline, son émouvant Fernand, évoque évidemment l’enterrement vivant, crainte d’époque, débattue, voire rebattue, et documentée, on le sait. Chez le spécialiste pince-sans-rire de l’ensevelissement in situ , à bestiole, à l’instant, à survivant, (re)lisez La Barrique d’amontillado , Bérénice , Le Chat noir , La Chute de la maison Usher ou, en parallèle, Le Puits et le Pendule , le trépas programmé, en réalité imaginé, paraissait un prétexte à texte, une thérapie jolie, une traversée des apparences et de la catalepsie, en définitive tournée vers une n...

Live in Europe : Waiting for the Sun

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Au garde à vous devant Gardot ? Applaudissements à distance… Une chanteuse audacieuse et « mystérieuse », Melody Gardot  ? Une chanteuse généreuse et « malicieuse », plutôt, davantage « accidentelle » et « accidentée », on le sait. Cependant la souffrance ne confère aucun droit, affirmait Boris Vian, qui s’y connaissait vraiment, dans le cruel L’Arrache-cœur . Elle n’attribue pas non plus du talent, tout au plus du temps, de l’élan, l’hospitalisation alors perçue comme un catalyseur créateur (cf. le cas presque similaire de William Irish, romancier alité, en parallèle à Proust). Jadis découverte par votre serviteur via ses clips sympathiques et anecdotiques – en matière de sirène humide, à baignoire et sans peignoir, Lisa Stansfield susurrant du Barry White s’avérait renversante –, (re)voici Melody (disque prêté par une mélomane amie), cette fois-ci en concert, « nue comme un ver ». Si la guitariste/pianiste callipy...

Intérieurs : Hantise du studio

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Woody Allen sous influence bergmanienne ? Disons davantage dichotomie désuète. Oui, c’est le lieu. Shoah On le sait, le cinéma commença par s’enfermer, par retourner à l’utérus de la scène (musicale, primitive, cf. les bandes au bordel) : Edison érigea son Black Maria, surnom de dérision, de fourgon de flic, puis Méliès, presque par opposition, sa verrière à Montreuil. Les Lumière préférèrent le grand air, usine personnelle à Lyon, gare sudiste de La Ciotat, voilà. Bien sûr, la différence ne se situe pas seulement au niveau de l’ascendance, le Cinématographe, avec sa vraie forge et ses vrais forgerons, nom de nom, en rupture directe, documentaire, pas encore documenteuse, quoique, avec le théâtre, le vaudeville. En 1895, le monde lui-même devient une scène, ancienne orthodoxie shakespearienne, et des employés, des touristes, des classes sociales dissociées, se réinventent en acteurs du réel, oxymoron de saison. Si le studio, sombre ou transparent, permet le contr...