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Affichage des articles associés au libellé Sergueï Eisenstein

Zeman I Love

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  Exils # 190 (23/04/2026) Aventures fantastiques (1958) mérite son titre, alternatifs aussi, The Fabulous World of Jules Verne et L’Invention diabolique , traduction explicite du pragmatique intitulé d’origine, auquel le fidèle Invention for Destruction rend justice en rime. Il s’agit en résumé, en bon français, d’une sorte de best of de l’univers vernesque, basé sur un roman méconnu, oublié, cause de procès, le pacifiste Face au drapeau , lui-même synthèse de plusieurs et plus célèbres prédécesseurs, aux personnages au passage cités dès le prologue en voix off . Avant de s’aventurer vers une île forcément mystérieuse, volcan en toc, tant pis pour Empédocle, ce classique à succès, un peu partout récompensé, adoubé de Bazin & Resnais, apprécié par Pauline (Kael), débute dans un asile, comme Le Cabinet du docteur Caligari (Wiene, 1920), se souvient bien sûr de Méliès, autre adaptateur classé « libre », adresse des clins d’œil à la pieuvre de Vingt Mille Lieues s...

Le Port de l’angoisse

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  Un métrage, une image : Frères (1929) Découvrons donc un « film allemand prolétarien », dont le générique aux personnages et acteurs anonymes, limités à des types, désigne un « Juif », fichtre. Dit ainsi, ça effraie fissa, toutefois Frères ne sacrifie ni au manichéisme, ni à l’antisémitisme, même orné, dès l’orée, d’une célèbre phrase d’un certain Marx. La lutte des classes commence par la glace (du calcul classé égoïste) que cassent les bateaux de Hambourg, capturés à contre-jour. En 1896, malaise, de maritime mélodrame familial à la fraternité au carré, au propre et au figuré, puisque deux fils s’y opposent et in extremis s’y rabibochent, à l’écart du casque boche, à pointe prussienne assez malsaine. Cinéaste attentif, historique scénariste, proche du SPD, ennemi et (in)soumis aux nazis, Hochbaum se base sur une vraie grève hivernale et générale d’exploités peu écoutés, payés 4,20 marks la journée, pour trente-six heures de très dur labeur, encadré...

Coup pour coup : Merci Patron !

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Drapeau rouge à la Chaplin ? Gueule de bois de déprime… Vrai-faux documentaire et « film militant », Coup pour coup (Marin Karmitz, 1972) s’apparente en plus à un psychodrame féministe. Ancien chef opérateur, déjà producteur, bientôt distributeur, sous peu exploitant, le réalisateur paraît enregistrer en direct, in situ , une situation d’insoumission, celle du personnel d’une usine textile, dont deux membres viennent de se faire fissa virer, bien sûr sans indemnités, pour avoir renversé sur la contremaîtresse sans merci, à la sortie, en public, chic, un seau rempli de farine, fichtre. Si le court-circuit, causé en catimini, de manière volontaire, permet de couper court à la cadence épuisante, au chrono dingo, au bruit à l’infini, accessoirement à une main masculine palpeuse d’épaule, autorise à une pause opportune, un répit face à l’infortune, possibilité partagée de croquer une pomme, fumer une clope, parcourir un bouquin, la séquestration de saison du pénible...

Extase : Climax

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Papa aux cent pas qui ne comprend pas, collier de perles qui se perd, cigarette after sex … Affublé d’afféteries arty (par exemple chaise + chandelier en amorce), lesté d’un symbolisme sexuel à la truelle (mention spéciale à la saillie en POV d’équidé, olé), Extase (Gustav Machatý, 1933), quel dommage, se caractérise en sus par son moralisme maousse. Réactionnaire plutôt que révolutionnaire, le récit d’insatisfaction, de révélation, de suppression, de séparation, s’achève sur un rêve (éveillé, ensoleillé), où l’ingénieur beau joueur envisage la furtive (et fautive) Eva en (joviale) mamma, nous y (re)voilà. La coda contredit ainsi la première empathie, recadre (terme idoine) le (mélo)drame, remet en ordre les rôles (sexués, sociaux). Les mecs construisent, les femmes enfantent, amen , et le réalisateur tchéco imite Murnau (en travelling ), singe Eisenstein (au montage). Commencé comme une comédie (du mariage, malgré la différence d’âge) dépressive, because nuit de noces mor...

Tanks for Stalin : Dear Dictator

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Légende dorée, d’idiotie jolie, à réserver aux nostalgiques amnésiques… Restons en Russie, camarade cinéphile, avec cette pitrerie-poutinerie, itou produite par le ministère culturel, remarquez les renforts de la « société russe d’histoire militaire », misère. Kim Druzhinin semble amouraché des chenilles, puisqu’il signa en 2016 28 hommes de Panfilov , où des soldats soviétiques affrontaient des tanks teutons, allons bon. Ici, admirez le renversement dialectique, toujours historique, un ingénieur traverse le pays pour présenter au « petit père des peuples », en avant-première, à la veille de la guerre, sa dernière trouvaille fatale, le fameux T-34. Deux prototypes entament par conséquent un périple périlleux, puis s’exposent in extremis sur la place Rouge, à proximité du Kremlin, face au moustachu serein. En compagnie de ses co-équipiers, volontaires et sincères, réticents ou rusés, Mikhaïl Kochkine accomplit ainsi sa mission, presque sans autorisation, ...

Francofonia : Alexandre le bienheureux

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre d’Alexandre Sokourov. Codicille inutile à L’Arche russe (2002), Francofonia (2015) retravaille le motif principal du patrimoine pictural, enjeu esthétique et historique, ludique et mélancolique. Si le précédent ouvrage se terminait sur une mer menaçante, celui-ci commence, à distance, par sa sœur tempétueuse, risquant de couler le cargo chargé de tableaux, rime interne, histoire qui se répète, à l’instar de l’Histoire toujours suspecte, dotée de sa grande hache à la Perec. On retrouve itou les marins eisensteiniens, les cercueils de Leningrad assiégée, ici évoquée via des images d’actualité assez saisissantes, je pense en particulier à ce plan d’un enfant décédé sur des marches d’escalier, presque une œuvre en soi, loin d’Odessa, située au bord de l’obscénité, en écho à une fameuse photo de « migrant » minot, échoué sur une plage turque, aux p(l)eureuses portes de l’Europe. « Que serions-nous san...

Le Livre d’image : Five Fingers

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jean-Luc Godard. Vieillard invisible, désormais doté de la voix off de l’ordinateur cacochyme de Alphaville (1965), Godard ne raconte plus une contre-histoire du cinéma, il dé/remonte un magma similairement mémoriel, cosmopolite, par conséquent polyglotte, il manie, in extremis , l’orientalisme, le démystifie. Placé sous le double signe de la « superposition », musicale ou non, cf. l’explication du contrepoint, de la destruction, litanie des conflits, fragilité de la chose filmée, du sujet, de l’objet, Le Livre d’image (2018) illustre à sa manière celui, juste littéraire, fi d’iconographie, de sa compagne Anne-Marie Miéville, intitulé Images en parole . Ici, comme en peinture estampillée moderne, le matériau se métamorphose en thème, en motif, sens musical en sus. Ici, les discours accordés, contradictoires, dialoguent en stéréo, variation, pourquoi pas, sur les duos d’opéra. Une main cristallise ...

Le Monde, la Chair et le Diable : La Couleur des sentiments

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La peau et l’apôtre, le spectacle et le pensum , le lendemain et le rien. Donne-moi ta main gamin et toi prends la sienne Et nous ferons une ronde une chaîne Claudio Capéo Comme La Nuit des morts-vivants (Romero, 1968), Le Monde, la Chair et le Diable (MacDougall, 1959) débute en Pennsylvanie, rappelle le roman de Matheson Je suis une légende , paru en 1954, inspiration post -apocalyptique reconnue, retravaillée, des zombies de ciné indé, concerne les rapports estampillés raciaux, Blancs et Noirs en noir et blanc. Correspondances et point ressemblances, car le scénariste estimable de Aventures en Birmanie (Walsh, 1945), Le Grand Alibi (Hitchcock, 1950), Cléopâtre (Mankiewicz, 1963) ou Le Dernier Train du Katanga (Cardiff, 1968) s’avère un réalisateur sans saveur, car son métrage d’un autre âge s’enlise vite dans la vase du « film à message ». Antiatomique, antiraciste, Le Monde, la Chair et le Diable commet surtout de l’anticinématographique, sorte...

Have a Nice Day : Night on Earth

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Liu Jian. Au cours d’un discours philosophique ironique entre prolétaires autour d’un verre, on entend une évidence, « Les gens ont besoin d’une vie spirituelle », on énumère les trois niveaux de liberté à l’ère du consumérisme, au marché, au supermarché, en ligne. Durant une nuit sans répit, cependant engourdie dans sa propre autarcie, un magot d’un million dérobé joue les furets. Il passe par ici, il repassera par là, il finit trempé par la pluie, alors que son propriétaire gangster , auparavant renversé, se relève avec difficulté. Fin ouverte et boucle bouclée selon ce métrage d’animation déprogrammé à Annecy, adoubé par Jia Zhangke. Réussite drolatique, Have a Nice Day cartographie une partie de pays, chorégraphie un massacre ankylosé. Il aligne les personnages multiples et dessine leur destin funeste. Composé de plans fixes, doté d’un travail évocateur sur le son, l’ opus se po...

Les Temps modernes : Le Sourire

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Charlie Chaplin. « Une histoire d’industrie, d’entreprise individuelle – d’humanité en croisade pour la poursuite du bonheur » : le carton d’introduction reprend la sacro-sainte trinité américaine en corrigeant la sociologie sartrienne de l’intitulé. Le temps d’une métaphore et d’un décor, Chaplin singe Eisenstein puis Lang, mais malgré ses moutons associés aux ouvriers, ses machines mutines, Les Temps modernes ne saurait se confondre avec Le Cuirassé Potemkine ni Metropolis . Ersatz de Mabuse, le directeur assemble un puzzle , lit les aventures de Tarzan en BD, surveille le personnel par écran géant interposé, donne la cadence à son horloge de métal dont on ignore ce qu’elle produit, à part des écrous à visser partout, y compris sur une robe de matrone. Le respectable négrier songe même à se munir d’une « automangeoire » aléatoire testée aussitôt sur Charlot, corps singulier ici soumi...