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Affichage des articles associés au libellé Sergio G. Sánchez

Banco : Les Braqueuses

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Dérober des billets, monnayer sa maternité, arroseuse arrosée… Robbing a bank’s no crime compared to owning one. Bertolt Brecht Après l’Italie de Cani arrabbiati (Mario Bava, 1974), l’Espagne de Banco (Koldo Serra, 2018) : encore un braquage, des otages, un huis clos, pas d’auto, un(e) enfant à sauver, à récupérer, in extremis un changement d’identité, une culpabilité partagée – mais la fin diffère, douce-amère. Raquel « ment comme elle respire », elle ne cesse d’affabuler durant la centaine de minutes du métrage presque en temps réel, elle manipule le spectateur solo, le couple de voleurs, le duo de policiers, elle sème des indices cryptés, qui lui vaudront de survivre, ligotée au creux d’un coffre de bagnole, Bava bis . Néanmoins, jamais elle ne simule son amour maternel, quand bien même elle s’autorise à l’instrumentaliser auprès du rouquin serein, malin, elle fait tout ça pour son « adorable » Alba, sa fillette enlevée sans violence...

La Maison près du cimetière : Don’t Look in the Basement

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Fulci for ever . Fulci faux rêveur. Fulci en sa faveur et avec ferveur. À Nicolas Rozier Dans Sous le sable, une veuve dépourvue de cadavre visite un appartement plaisant avant d’aviser qu’une fenêtre fatale donne sur une nécropole… Je me (com)plais à le répéter pendant quatre années : le cinéma constitue un art funéraire, il raffole des fantômes, il affole avec des reflets, les nôtres, morts en sursis miroités sur la glace de l’Alice de Lewis, de saint Paul s’adressant aux Corinthiens, du camé sous couverture de Substance Mort (que Dick intitule en VO via l’explicite A Scanner Darkly ). S’enfoncer de l’autre côté, incitait Jim Morrison et ses po(r)tes de la perception, sillage funeste du graphique Alfred Kubin, afin d’y trouver quoi ? La coda de La Maison près du cimetière répond, module la découverte stérile de L’Au-delà son prédécesseur. Deux spectres au féminin entraînent un gamin au sein de leurs limbes glacés, désespérés. Comme disait Dante, toi qui en...

Le Jour de mon retour : True Lies

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Il existerait pire que renoncer à ses souhaits – les voir se réaliser… Le Secret des Marrowbone se déroulait en 1969 et Le Jour de mon retour itou ; tandis que les Américains plantent leur drapeau de petits propriétaires à la surface lunaire, Donald Crowhurst s’embarque pour le Golden Globe, course autour du monde désormais sans escale. Première maritime et première pour lui, pas même marin dominical, à peine inventeur désargenté. Le film s’inspire d’une histoire vraie, assume sa prise de libertés fictionnelles à des fins « d’effet dramatique », nous indique le générique. Pourquoi part-il ? Parce qu’il veut accomplir quelque chose d’inédit, de jamais fait avant lui, parce que sa vie, malgré son boulot ludique, sa spacieuse propriété bientôt gagée, sa jolie famille à la Norman Rockwell de côte anglaise, paraît anecdotique, sinon vide. Le speech liminaire d’une légende vivante, à la fois lucide et dynamique, lui donne l’envie avide de mettre les voiles lit...

Le Secret des Marrowbone : Le Château de ma mère

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Moelle d’âme, forteresse de Bettelheim ou Michael Mann, ligne à franchir, à écrire. Un territoire, un manoir, un miroir : nous voici de retour au pays des souvenirs, dirait Mickiewicz, et bien sûr de la cinéphilie, en particulier espagnole. Le triple secret du film, mère mobile, malade, morte, père truand, incestueux, assassin, survivant à personnalités multiples, n’importe quel spectateur des Autres et de L’Orphelinat le connaît, le reconnaît. Nulle surprise puisque le scénariste du second, Sergio G. Sánchez, rédige et réalise Le Secret des Marrowbone , que produit d’ailleurs Juan Antonio Bayona, que met en musique Fernando Velázquez, que monte Elena Ruiz, tous les trois déjà au côté de la belle Belén Rueda, autre mère malheureuse à progéniture de sépulture. Rien de neuf en matière de fantômes, de famille, de présent empoisonné par le passé, de culpabilité partagée à conjurer, à évacuer ? Oui et non, car le mélodrame, terreau de l’horreur, on ne cessera de le rép...