Articles

Affichage des articles associés au libellé Merian C. Cooper

Jetons et Dragons

Image
  Exils # 147 (04/12/2025) On se doute de la tête des cadres de Disney à la projo privée, surtout la scène du pied princier, par la bête bien bouffé. On entend itou parler de virginité, on entrevoit sous l’eau une nageuse nue : Le Dragon du lac de feu (Robbins, 1981) s’inscrit ainsi dans le sillage de longs métrages disons adultes, au modéré tumulte, à l’instar du Trou noir (Nelson, 1979), des Yeux de la forêt (Hough, 1980), de La Foire des ténèbres (Clayton, 1983). Si le périple initiatique, à grande lance fissa phallique, dont le nom duplique le titre d’origine ( Dragonslayer , Buffy opine), réutilise une ressassée structure mythique ; si la créature en question, détruite en définitive via un « sorcier en apprentissage » (cf. Fantasia , 1940), avec le concours de son mentor déjà mort ( Sir Ralph Richardson cachetonne, ressuscite le Moïse de DeMille) et d’une chouette amulette, procède d’un bestiaire culturel et religieux fameux ; si l’issue ne sem...

La Déesse de la détresse

Image
  Exils # 144 (25/11/2025) Datée d’une trentaine d’années, la version restaurée de Narayana (Poirier, 1920) s’ouvre sur des images du tournage, bref making-of d’exploitants en train d’explorer le studio, le temple art déco. Si les dames demeurent discrètes, des messieurs facétieux saluent l’objectif, c’est-à-dire désormais les cinéphiles en ligne. Puis on apprend que la première se passa au Gaumont-Palace, façade imposante en insert. Les principaux interprètes défilent en fondus dans la foulée, vous voici capturé de bon cœur, durant une petite heure, au creux soyeux d’une traduction très infidèle, presque pirate, de La Peau de chagrin de Balzac. Le successeur de Feuillade au poste de directeur artistique des produits de la firme à la marguerite engage Robert-Jules Garnier, donc le décorateur de Fantômas (Feuillade, 1913), L’Homme du large (L’Herbier, 1920), El Dorado (L’Herbier, 1921), La Femme de nulle part (Delluc, 1922) ou Un chien qui rapporte (Choux, 1931) et le film...

Et tu t’amènes au cinéma

Image
  Exils # 32 (16/05/2024) À dix euros le ticket (qui n’explose, n’en déplaise à Bill Burroughs), mieux vaut ne pas se planter. Si l’on se dit que ce prix moyen d’une place de cinéma en monnaie de singe communautaire devrait décourager le « grand public », a priori impacté par la « paupérisation » économiquement constatée d’une croissante partie de la société, il convient de se souvenir du succès financier du classé « septième art » en période de désespoir, donc durant la Grande Dépression aux États-Unis puis pendant l’Occupation ici. Avec son prologue explicite et symbolique – future et point pure nouvelle Ève, l’anti-héroïne y dérobe une pomme parmi la « Grosse Pomme » – de chômeuse voleuse ; avec son dépaysement aussi fantasmatique et fantastique qu’érotique et exotique ; avec son parallélisme spatial, une jungle insulaire et autarcique au large de Sumatra versus de la capitaliste et phallique New York la fameuse « jung...

Les Bonheurs de Sophie

Image
  Exils # 30 (19/04/2024) D’un château l’autre, disait Céline : après le (tout) premier, du comte Cagliostro, en 1979, ensuite celui déjà dans le ciel (1986), proie de pirates, voici la piaule de Howl, le personnage au nom très connoté de la romancière anglaise Diane Wynne Jones, devenu en France Hurle et au Japon Hauru. Emily Brontë doublerait ainsi Allen Ginsberg, hurlement (et Hurlevent) en tandem  ? Plutôt l’écho illico des Aventures fantastiques du baron Münchhausen (von Báky, 1943), plaisante pièce montée européenne, allemande et non alsacienne, préférable à l’épuisant et indigeste pudding suiviste de Gilliam (1988), sorti pendant un autre conflit, la Seconde hécatombe substituée à l’Irak patraque, au creux duquel retrouver, outre le magicien italien précité, supposé, le même mélange pas si étrange de guerre et de paix, de féminisme soft et de reversement du vieillissement, et d’airs explorés, d’amants éplorés. Miyazaki connaissait-il tout ceci ? Peu imp...

L’Homme qui rétrécit : Chérie, je me sens rajeunir

Image
  Tom & Jerry ? Le destin et l’esprit… Au douloureux puis dangereux domicile, voici un survival viril, une véritable Aventure intérieure (Dante, 1987), in extremis ouverte sur l’extérieur. Que l’on considère ou non sa consolation cosmique à la con, The Incredible Shrinking Man (Arnold, 1957) ne manque pas d’âme, masculin mélodrame inversant à chaque instant les valeurs et les échelles jamais à la truelle. En contact en vacances avec une brume maritime façon Fog (Carpenter, 1980) ou Stephen King, de plus perturbé par un pesticide, Scott rapetisse, incarne en effet « à son corps défendant » les retombées radioactives de la menace atomique, sinon le séisme féministe en avance des seventies . Démuni du remède de la médecine, d’une sentimentalité elle-même diminuée, puisque l’amitié d’une « personne de petite taille » défaille, notre ant-héros se transforme fissa en Tom Pouce « tyrannique », malgré sa femme affolée, du commun engagement l...

La Prisonnière du désert : Mon oncle

Image
  Manier la lumière, quitter ses ténèbres… Une première porte, d’abord ouverte, une seconde, ensuite fermée, clôture de l’épopée, accomplie en optique truquée : voici la célèbre boucle bouclée de La Prisonnière du désert (Ford, 1956), film majeur de son auteur, où « un poète de la haine », dixit Scorsese , s’entête à retrouver, durant des années, sa nièce à la fois adorée, détestée, gosse à la Oz, voire survivante à la Anne Frank, fissa transformée en squaw, mais pas trop. Ford filme donc un double retour, il le fait de façon magnifique, pour ainsi dire contrapuntique, considérez, d’une scène à la suivante, spectaculaire et discret, le changement d’axe à cent quatre-vingts degrés. Aussitôt surcadrée, à contre-jour éclairée, part noire de nuit intime, ainsi figurée, signifiée, plus tard à l’assemblée attablée exposée, par un personnage au racisme décomplexé, assumé, une femme s’avance vers un panorama en effet monumental, celui de Monument Valley, précédée en trave...

Ne vous retournez pas : Un mois de cinéma

Image
  Des films, des films, des films … Frime futile ? Exil utile ! Avec la peau des autres (Jacques Deray, 1966) Dirigé par le solide Deray, voilà le valeureux Ventura à Vienne, selon cette version sérieuse des Barbouzes écrite par Giovanni, bis , à partir de Perrault cependant dépourvu de pull-over (rouge). Si les belles Ellen Bahl & Marilù Tolo ne font que de la figuration, les premiers nous le regrettons, Bouise, suicidé via une vitre, sauve la mise du métrage d’un autre âge, idem musiqué par Michel Magne, en composant un espion à soupçon(s), un père d’adoption, sur le départ, hélas bien trop tard. La Balance (Bob Swaim, 1982) Avant d’être le braqueur masqué de L’Amour braque , Karyo fracasse et met Pagny au tapis, descend un second flic, se fait dessouder en souriant ; son supérieur de malheur, élégant Ronet en caïd cuistot, traqué, exécuté, d’une bastos dans la bouche, sème ainsi sa némésis nommée Berry ; la force de Baye, la fragilité de Léotard confè...

London After Midnight : Remarques sur Le Loup-garou de Londres

Image
Le « cri du cœur » de Rick Baker… Le cinéma sympathique et anecdotique de John Landis trouve ici une sorte de sommet. Son film préféré retravaille en partie Le Chien des Baskerville (Terence Fisher, 1959), adresse un clin d’œil salace au Voyeur (Michael Powell, 1960) et se conclut comme King Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933). Outre résonner avec d’autres opus consacrés de loin ou de près à la « lupinité », par exemple Wolfen (Michael Wadleigh, 1981), Hurlements (Joe Dante, 1981) ou La Compagnie des loups (Neil Jordan, 1984), Le Loup-garou de Londres (1981) se souvient des werewolves nazis avant le Lars von Trier de Europa (1991) et préfigure à la fois La Féline (Paul Schrader, 1982) et Simetierre (Mary Lambert, 1989). Une trentaine d’années après, Landis retournera en Angleterre, à l’occasion de Cadavres à la pelle (2010), encore une relecture des mésaventures du sinistre tandem Burke & Hare, disons dans le sillage d...