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Affichage des articles associés au libellé André Delvaux

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

Adieu au langage

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  Adages, radotages, sabordages… Talk is cheap Dicton ricain D’abord je veux avec ma langue Natale deviner tes pensées Plus tu cries plus profond j’irai Dans tes sables émouvants sables Où m’enlisant je te dirai Les mots les plus abominables Serge Gainsbourg, Love on the Beat Dans Les Hommes le dimanche (Siodmak & Ulmer, 1930), du body language en mode Miss Minogue ; dans Permis de construire (Fraticelli, 2022), des onomatopées au café ; dans Les Sans-dents (Rabaté, 2022), de régressifs borborygmes contre la déprime et, tangente évidente, dans L’Homme au crâne rasé (Delvaux, 1966), une voix off fatiguée : à travers les décennies, les pays, les titres réunis ici, se pose ainsi la question de l’expression, de la langue, du langage, donc de l’identité, de l’individualité, de son dialogue et de sa dialectique avec la communauté. Face à la solitude infinie, faussée – je voudrais être au moins une fois enfin moi-même – de l’anti-héros d...

La Tête d’un homme

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  Un métrage, une image : L’Homme au crâne rasé (1966) Tourné pour la TV, distribué en salles, voici un ouvrage séminal, de la filmo de Delvaux, de celle du pays aussi, rayon fiction. Qui commence sur un mec ensommeillé, un diminutif féminin murmuré, prière peu patibulaire, d’un professeur point profanateur, souvent en sueur, lesté d’une sensibilité trop lourde à supporter. L’odyssée au tiers temps en POV se termine à l’asile, il convient de s’occuper de son jardin, dirait l’autre voltairien, d’accepter une altérité d’identité, en clin d’œil bien rimbaldien. Le cinéaste mélomane adapte donc un romancier cinéphile, signe le texte d’une chansonnette à la Weill & Brecht, la maison de fous projette itou L’Opéra de quat’sous (Pabst, 1931), en sus d’actualités d’actualité, adieu à la culpabilité, au féminicide intempestif, fictif, bienvenue à une forme de salut, d’humilité à cultiver, au propre, au figuré, à fabriquer un familial et immaculé tabouret, dessein divin, soi-même...