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Affichage des articles associés au libellé Delmer Daves

Poussière d’étoile

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  Exils # 113 (18/06/2025) Dans ses Souvenirs et Réflexions , l’estimable musicienne Mel Bonis affirme : « L’artiste n’est pas un moraliste, mais il se doit d’être une personne morale. » On ne saurait douter de l’éthique d’Anthony Mann, néanmoins cette « étoile d’étain » d’intitulé original mérite son titre. Western modeste, mineur et méconnu, cela explique en partie ceci, Du sang dans le désert (1957) ne réussit jamais à s’élever au-dessus du statut de bel exercice de style desservi par un script simpliste, signé du complice de Ford Dudley Nichols ( La Chevauchée fantastique , 1939), « d’après une histoire » de scénaristes de TV, handicapé par un casting anecdotique, surtout du côté des dames, aux rôles en toc, doté d’un didactisme rédhibitoire rempli d’espoir, ce succédané stérile et laïc de l’espérance, précise le credo catho de la précitée compositrice. Un chasseur de primes en transit, pragmatique et presque cynique, transmet sa prati...

La Grotte Costner

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  Exils # 44 (05/06/2024) Donc d’un western moderne ( Furiosa : Une saga Mad Max , Miller, 2024) au suivant à l’ancienne ( Horizon : Une saga américaine , Costner, 2024). Chacun remarquera du même mot le même emploi. Des deux côtés de l’Atlantique et du Pacifique, face à la faillite du politique, revoici le répit de l’épique ; à l’encontre des communautés, de leur clivante radicalité, vive la collectivité, l’unanimisme démuni de manichéisme. Ça se rassemble et se ressemble sur un écran, ça vous rassemble et vous ressemble devant. Cet Ouest à représenter, à ressusciter, cette Frontière filmée, fantasmée, à la fois fabuleuse et fondatrice, odieuse et destructrice, on le savait bien avant le révisionnisme cinématographique des seventies , Costner les connaît sans conteste, il s’illustra autrefois dans des westerns authentiques ( Silverado , Kasdan, 1985, Danse avec les loups , Costner, 1990) ou symboliques ( Les Incorruptibles , De Palma, 1987, Un monde parfait , ...

Gervaise : Parasite

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de René Clément. Fracassés par Truffaut puis réhabilités par Tavernier, Aurenche & Bost zozotent Zola. Ce résumé pasteurisé, récompensé, d’un Assommoir à scandale, à succès, mériterait d’être « voué aux gémonies », puisque représentatif du « cinéma de papa », exemplaire de la fausse fidélité, de l’exécrable « qualité », des produits désincarnés, « bourgeois », de ce temps-là ? Pourquoi pas, position pleine de « passion », de « parti pris », admettait lui-même, in extremis d’un fameux article, le pas encore apôtre de Hitchcock, point de vue acceptable, discutable, pourtant incomplet, cependant insuffisant, qui renforcerait les faiblesses de Gervaise (René Clément, 1956), affaiblirait ses forces. Notre tandem de scénariste/dialoguiste assez stakhanoviste signera aussi, en simultané, La Traversée de Paris (Autant-Lara) + Notre-Dame de Paris (De...

Le Météore de la nuit : On murmure dans la ville

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  « Petits hommes verts » ? Élans en noir et blanc. Le vaudeville, le désert et l’individualisme reviendront évidemment dans L’Étrange Créature du lac noir (1954), Tarantula! (1955), L’Homme qui rétrécit (1957), mais Le Météore de la nuit (1953) se découvre aussi en surprenante matrice inversée de L’Invasion des profanateurs de sépultures (Siegel, 1956). Déjà désargenté, au service de Universal, Arnold s’appuie sur un scénario d’Essex, le plume du Black Lagoon , une histoire du diplomate Bradbury, une direction de la photo signée Stine, responsable des effets spéciaux sur Tarantula! et The Incredible Shrinking Man , un tandem assez solide, joli couple de ciné nommé Barbara Rush & Richard Carlson. Il tourne in situ et en studio, il se situe dans le sillage artisanal d’un Cocteau, à base d’objectif déformé, de projection dans les deux sens, la chute introductive du vaisseau servant in fine à son ascension, panoramique économique de palindrome écon...

La Colline des potences : The Tree of Life

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Suite à sa diffusion par ARTE, retour sur le titre de Delmer Daves. Ce beau western , religieux et politique, interroge les mythes fondateurs dans un cadre édénique où grouillent les vipères et trône un arbre maléfique (celui de  La Nurse  de Friedkin, autre conte de fées pour adultes ?). Dans le Montana, terre d'enfance de Lynch, un homme manque de se faire lyncher – il faudra l’amour d’une étrangère pour le racheter, au double sens du terme. Daves filme avec élégance et grâce une parabole sur le regard, l’aveuglement et la valeur des êtres au monde. Scott s’appelle Grubb, comme le père du Chasseur ; Malden, Quasimodo nommé Frenchy Plante (!), brûle d’une fièvre sexuelle inassouvie qui précipitera sa chute (morale) du haut de la falaise ; Maria Schell, un peu fade chez Visconti, Clément ou Brooks, irradie de ses yeux verts la chambre balayée par une lampe ; quant à Cooper, à peine sorti de  L’Homme de l’Ouest  (éprouvant avènement de la violence généralis...