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Affichage des articles associés au libellé Comédie dramatique

Un secret à croquer

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  Exils # 182 (19/03/2026) Badalamenti au générique, une Amérique historique et satirique, un placard ajouré piqué à Blue Velvet (1987) et une (a)normalité tourmentée : Parents (1989) ressemble en surface à un film de Lynch, mais il s’apparente en profondeur à Miller ( La Classe de neige , 1998). Prisonnier du célèbre « cauchemar climatisé », ce Petit Poucet made in USA fait les siens, fait des siennes, préfère se coucher que toucher aux repas carnés, cuisinés jusqu’à la nausée, servis à satiété. Si une saucisse paraît s’enrouler autour de son cou tel un serpent, son lit soudain se transforme en mare de sang, tandis que le même liquide dégouline illico d’un frigo. Quant à la cave, espace obscur à la clarté symbolique, les psychanalystes ne le contredisent, elle rappelle celle de La Nuit du chasseur (1955), autre conte d’ Americana , d’enfance en fuite, de survie pervertie. Michael porte le prénom d’un tueur de dragon, terrasse à sa manière incendiaire l’ogre ...

Cinéma de Papa

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  Exils 179 (11/03/2026) Au début de Kolkhoze , Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (197...

Dupieux du mieux

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  Exils # 174 (02/03/2026) Douze heures de perdues et trois jours de gagnés, un « conduit » qui descend, permet de remonter : Incroyable mais vrai (Dupieux, 2022) ne s’oppose au symbole, ni à la glose de numérologue, possède une architecture non-euclidienne, rappelle celle des Rêves dans la maison de la sorcière , du patraque Lovecraft. L’Alice de Lewis pénétrait à l’intérieur d’un terrier de lapin, on s’en souvient, la Marie de Quentin soulève soudain une trappe redoutable (le couple déclare « on n’est pas très cave »), se glisse parmi le puits de Poe et se hisse au premier niveau, reproduit l’exercice en série, ressuscite une pomme pourrie, jour et nuit rajeunit. La belle baraque acquise à crédit ne suscite l’homicide en famille, comme jadis l’homologue d’ Amityville (Rosenberg, 1979), modèle d’horreur dite économique, King & Forrester confirment, relève idem du surnaturel, catalyse encore une folie adepte d’insectes, fourmis mimis d’hôpital...

Dernière neige

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  Exils # 173 (26/02/2026) Petite pépite en partie polonaise, Chopin opine, on applaudit un pastiche de la scie des Choristes (Barratier, 2004), un faisceau de français, preuve du passé partagé, de la valeur sociale de la langue hexagonale, Le Masseur [1] (Szumowska & Englert, 2020) évoque Edward aux mains d’argent (Burton, 1990), ne ramène à Théorème (Pasolini, 1968), car l’étrange étranger, s’il révèle aussi à eux-mêmes les résidents et surtout les résidentes d’une banlieue bourgeoise sécurisée, au gardien imbibé, aux habitations dupliquées, chérie sa chasteté [2] , ne s’en délivre in extremis qu’en compagnie d’une jeune mère complice [3] , veuve point joyeuse et amante généreuse, scène sexuelle éclairée de manière mordorée, en rime à La Double Vie de Véronique (1991) du compatriote Kieślowski. Une seconde influence cinéphile irrigue l’intrigue simple et répétitive, au risque du tressage de saynètes au sous-texte psychanalytique, reliée au premier fil précité, celle ...

L’Enfant du Président

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  Exils # 171 (24/02/2026) Prologue au téléphone, épilogue aux Goudes, entre les deux, une lettre volée, Marlowe à la place de Poe, la page de titre de Sans espoir de retour de David Goodis, je me tire littéraire et prophétie de Descente aux enfers (1986), mais aussi au domicile cinéphile une affiche du Journal d’une fille perdue (Pabst, 1929) et au-dessus d’une salle de ciné celle des Chiens de paille (Peckinpah, 1971). Giroud & Girod, encore une lettre (en)volée, retrouvée, la mise en images d’un roman édité chez… Mazarine. En dépit du script signé d’une initiée, puisque journaliste passée par l’Élysée, d’un carton de coda à la fameuse formule cette fois-ci de facto ironique, « toute ressemblance » telle une évidence, Le Bon Plaisir   (1984) ne s’assimile au portrait détourné, très chargé, d’un certain François Mitterrand, alors au pouvoir depuis trois ans, même si de courtes écoutes, un gamin adultérin, les médiatiques « chiens » (caméo ...

Plus vieille la vie

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  Exils # 168 (10/02/2026) Les féministes et les misogynes parlent de « films de (bonnes) femmes ». On les laisse se soucier du sexe des cinéastes, on évalue les œuvres et non les individus, on précise cependant qu’une scénariste écrivit Les Belles Années (Kulcsar, 2022), qu’une réalisatrice le dirige. Le genre joue ici un rôle important et permanent, la crise du couple au carré, car fifille alcoolisée, cocufiée, fissa et aussi concernée, aux yeux mouillés, au lit couchée, relève de la guerre des sexes et révèle vite un « triste » abîme. À la retraite à soixante-cinq, de quoi flanquer des sueurs froides aux syndicats français, fi de fameuse réforme à la gomme, un bel employé de bureau (viva la Juvenia), végan à vélo, embarque sur un bateau, cadeau d’adultes marmots. Le complot de l’épouse, supposé leur permettre de se rapprocher, se rabibocher, ranimer la flamme sous les cendres de l’existence, tombe à l’eau, locution en situation. La moitié pas si machiavél...

Ivan le Risible

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  Exils # 167 (09/02/2026) Vous souvient-il de « l’américanisation d’Emily », de la britannique Julie (Andrews), titre d’origine des Jeux de l’amour et de la guerre d’Arthur Hiller (1964) ? Voici celle d’Ivan, saisie cinquante-deux années auparavant, par la productrice, scénariste et réalisatrice elle-même « émigrée » de L’Américanisé (1912). Alice (Guy) au pays des merveilles de l’Oncle Sam commet une courte tragi-comédie, un exercice didactique et drolatique de thérapie, comme si la violence conjugale, forcément masculine, s’apparentait à une sorte de maladie d’Europe centrale. Si le sieur Orloff dispose d’une nationalité indéterminée, ses compatriotes à barbe blanche et enthousiasme désarmant annoncent avec leurs visages et leurs vêtements le voyageur à mal au cœur de L’Émigrant (Chaplin, 1917), le casting choral d’ Un violon sur le toit (Jewison, 1971). Alice antisémite ? Pacifions les sophistes : la cinéaste émancipée du patron Léon Ga...

Eux deux

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  Exils # 163 (29/01/2026) Trois années après l’essai à succès de Marie-France Hirigoyen, Philippe Le Guay se soucie à son tour de « harcèlement moral » et de « violence perverse au quotidien ». Vingt ans plus tard, il livrera le dispensable L’Homme de la cave (2021), autre film de conflit à l’architecture symbolique, cette fois-ci sur fond d’antisémitisme et de conspirationnisme. Dédié à son papounet, tourné en partie in situ , c’est-à-dire dans l’usine Saint-Gobain à Chalon, établissement bien sûr remercié au générique, Trois huit (2001) ressemble à un mélange de La Meilleure Façon de marcher (Miller, 1976) et Ressources humaines (Cantet, 1999), avec un doigt du Droit du plus fort (Fassbinder, 1975), un zeste du Voleur de bicyclette (De Sica, 1948), De manière explicite, Pierre commence donc à travailler de nuit, va devoir découvrir une double et redoutable obscurité, la sienne et surtout celle d’autrui. L’ouvrier vite adopté, cuisinier acclamé, becaus...

Bodhi et Body

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  Exils # 162 (28/01/2026) Découvrir Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient ? (Bae Yong-kyun, 1989) vingt-sept années après sa sortie s’apparente presque à de l’archéologie, consiste à revenir aux origines de la vague occidentale du cinéma sud-coréen, débutée au terme du siècle. Derrière la caméra se dissimule un homme-orchestre capable d’occuper tous les postes principaux, à l’exception de la composition et de l’interprétation. Né en 1951, Bae consacre beaucoup de temps, un peu moins de dix ans, à ce film quasi unique, comme l’on dit d’un fils, tels La Nuit du chasseur (Laughton, 1955) ou Les Tueurs de la lune de miel (Kastle, 1970), en écho au minot orphelin à dessein. Le peintre aux études accomplies à Paris puis le professeur d’enseignement supérieur catholique fréquenta autrefois l’université de Dongguk, établissement bouddhiste situé à Séoul, c’est-à-dire la même qu’un certain Choi Min-sik, l’acteur majeur d’ Ivre de femmes et de peinture (Im Kwon-taek, 2002)...

Cachez ce bassin que je ne saurais revoir

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  Exils # 160 (22/01/2026) André Bazin, un poil (pubien) puritain, tu ne filmeras le sexe et la mort, d’accord, ne parvenait à séparer la nudité (godardienne ou non) de Brigitte Bardot de celle de ses personnages, comme incapable de comprendre qu’au cinéma, y compris pornographique, il s’agit toujours d’images, de représentations (donc de constructions individuelles, culturelles), de points de vue, jamais de chair promise à la poussière, à humer, goûter, toucher en (dans la) réalité. Auto-adaptation (et autofiction) d’occasion, comédie méta, satire poussive, Bad Director (Roelher, 2024) se moque du voyeurisme (hitchcockien ou onaniste), prend acte du cahier des charges de la moderne morale. Déjà responsable ou coupable, suivant le degré d’indulgence de la perspective critique, d’une traduction anecdotique ( Les Particules élémentaires , 2006), d’une évocation invalide ( Goebbels et le Juif Süss : Histoire d’une manipulation , 2010), d’un biopic insipide ( Enfant terrible , 202...

Robin des Mers

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  Exils # 159 (21/01/2026) Qui résiste à un steak cuisiné par Kevin ? Pas ceux, nombreux, qui firent, naguère, le succès en salles d’ Une bouteille à la mer (Mandoki, 1999). Éclairé par Caleb Deschanel tel un dépliant touristique, dirlo photo toutefois émérite, collaborateur de Lucas ( THX 1138 , 1971), Cassavetes ( Une femme sous influence , 1974), Gibson ( La Passion du Christ , 2004), Friedkin ( Killer Joe , 2011), Sheridan ( Dream House , 2011), McQuarrie ( Jack Reacher , 2012), par ailleurs réalisateur de trois épisodes de Twin Peaks , d’un de Bones , la série de sa fifille Emily ; musiqué de manière peu inspirée par le Gabriel Yared oscarisé du Patient anglais (Minghella, 1996) ; co-produit par la lectrice ( extra -)lucide Denise Di Novi, partenaire de Tim Burton, rempilant pour Pitof ( Catwoman , 2004), Message in a Bottle , précédent stimulant de The Police, se voit lancé la même année qu’un autre mélodrame hollywoodien, sur lequel je ne reviens, le moins ma...

Éloge des femmes mortes

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  Exils # 158 (20/01/2026) Pour Patrick Laura Palmer, Laura de Preminger, l’ aura de Marker. L’Orphée figé de La Jetée (Marker, 1962), poursuivant le passé, souvenir à venir, in extremis descendu, divisé. En anglais, filmer (ou photographier) et flinguer se disent to shoot . En français, on dit tirer le portrait, mais en France, on utilise le fusil photographique de Marey. Femme de falaise ou bancal « Batman », les suicidaires d’hier se visionnent en vidéo, la torche humaine se relève, prend leur relève. Les conflits s’avèrent en vérité peu « présentables », en fait irreprésentables, il n’existe de films « olfactifs », la guerre en images se réduit à des images de guerre, devient une guerre des images, une mise en scène de l’obscène, à Iwo Jima, Clint ne le contredit ( Lettres d’Iwo Jima , Eastwood, 2006), à Kiev & Gaza. « Tu n’as rien vu à Okinawa, tu ne vois que dalle à Marienbad » pourrait-on répliquer, Resnais au carré, sous le...

Italie année uno

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  Exils # 154 (08/01/2026) « L’union politique européenne détruira-t-elle l’individualité des nations et leur rôle historique ? » interroge le journaliste. Le pacifiste et volontariste De Gasperi répond par son obsession, l’unité italienne étendue à l’union européenne. Cinquante-deux années après, l’échange conserve sa pertinence, n’en déplaise à la bien-pensance de la chaîne franco-allemande, médiatique, idéologique et symbolique alliance, laquelle conclut sa courte critique d’un alarmiste « Ce cinéma moral et politique offre des outils de compréhension du monde et demeure puissamment d’actualité à l’heure où les démocraties occidentales se voient fragilisées par les montées des extrémismes ». Comme si la superstructure malsaine présidée par l’indéboulonnable Madame von der Leyen ne possédait sa part de responsabilité dans le populisme des peuples, ces entités à mater, à masquer, à manipuler, accessoirement à calmer avec de l’argent méprisant, cf. la PAC, viv...

Dix ans d’une nuit blanche

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Exils # 153 (06/01/2026) Construit en boucle bouclée, tour Eiffel surcadrée au carré, La Minute de vérité (Delannoy, 1952) documente le conservatisme de la France des années cinquante, dit adieu à l’idéal, pas seulement pictural et sentimental, remarquez la composition explicite de l’ incipit , perspective de ville depuis une fenêtre ouverte, en somme à la Caillebotte. On (re)pense à Montparnasse 19 (Becker, 1957), co-écrit par un non crédité Henri, on songe surtout de La Fête à Henriette (Duvivier, 1952), making-of méta de scénaristes en goguette et tragi-comiques marionnettes, idem dialogué par Jeanson en situation, car le couple en déroute commente en voix off et piste de disque son parcours d’amour. Ses répliques sarcastiques font sourire, la « comédie légère » et douce-amère de décisif anniversaire évite en définitive le « vaudeville », résume à bon escient Madeleine Vincent, comédienne sur scène et actrice à domicile, femme in fine aussi (in)fidèle ...