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Adieu au langage

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  Adages, radotages, sabordages… Talk is cheap Dicton ricain D’abord je veux avec ma langue Natale deviner tes pensées Plus tu cries plus profond j’irai Dans tes sables émouvants sables Où m’enlisant je te dirai Les mots les plus abominables Serge Gainsbourg, Love on the Beat Dans Les Hommes le dimanche (Siodmak & Ulmer, 1930), du body language en mode Miss Minogue ; dans Permis de construire (Fraticelli, 2022), des onomatopées au café ; dans Les Sans-dents (Rabaté, 2022), de régressifs borborygmes contre la déprime et, tangente évidente, dans L’Homme au crâne rasé (Delvaux, 1966), une voix off fatiguée : à travers les décennies, les pays, les titres réunis ici, se pose ainsi la question de l’expression, de la langue, du langage, donc de l’identité, de l’individualité, de son dialogue et de sa dialectique avec la communauté. Face à la solitude infinie, faussée – je voudrais être au moins une fois enfin moi-même – de l’anti-héros d...

La Voix des morts : Notes sur le hors-champ sonore

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La voix de sa maîtresse et la preuve de sa tristesse… Au cinéma, la voix off ne constitue pas (uniquement) une option car elle relève de l’identification (d’une femme, d’un homme). Désincarnée de manière littérale, elle paraphe la nature fantomatique (et funéraire) d’un art de l’obscurité tombale (autant que commerciale). Une fois filmé, le corps s’évapore, devient une image, une trace, un souvenir à sans cesse ranimer, réactualiser, raviver en version restaurée ; d’où, en partie, la mélancolie congénitale de la pornographie, présence-absence du plaisir public. La voix subit aussi une métamorphose, elle se dissocie de sa source, elle se sépare de son émetteur, bien au-delà de la parenthèse historique liminaire du muet (ou de son simulacre discutable à la Tabou ). Dans la mosaïque filmique, la bande-son et la bande-image dialoguent, se redoublent, se contredisent. Le doublage, bien sûr, souligne l’artifice sonore, permet le cosmopolitisme polyglotte. Il ne représente...

Quand tu liras cette lettre : Se taire, se délester, s’enfuir

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Le droit baudelairien de « se contredire et s’en aller », ou celui de rester, de persister, de s(a)igner ? Longtemps je crus au cinéma. Art du siècle, art dans le siècle, art des « extases » classées X et du double désastre de la Grande Guerre, de la Shoah, je ne crains pas d’avouer que je crus en toi, crois-le bien. Je fis ta connaissance à l’orée de la crise des années 70, dans un port sudiste ouvert sur le monde, sur la mer, sur la Méditerranée aussi ancienne qu’Ulysse, ballotté/bercé dans son exil nostalgique par la lumière verticale et les ombres fraîches. Visualisez, je vous prie, une place de village provençal, une fontaine vive en son centre, sous les arbres abritant des vieillards noueux, taiseux et sans âge à leur image. Voici Manon, la sauvageonne des sources venue régler son compte à la tribu de parvenus, Jacqueline Pagnol si blonde parmi les hommes bruns, quelque part entre la sainte, la martyre, l’avatar d’Antigone et la «...