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Affichage des articles associés au libellé Abel Gance

Au nom du Pierre

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  Exils # 117 (11/07/2025) Haceldama ou le Prix du sang (1919) s’ouvre sur une citation explicative, topographique et laconique, de l’ É vangile selon Jean , cela ne surprend de la part du réalisateur de Golgotha (1935), où Judas se resuicidera. Le tout premier plan du tout premier film de Duvivier, auteur disons supérieur, puisqu’il s’occupe de tout, du scénario, de la caméra, du montage, du labo à Bordeaux, de la production avec sa société Burdigala Films, in extremis signe même l’ item , jolie calligraphie, possède donc une pendaison d’introduction, de religion, suivie illico d’un sanglant couteau, tandis que ce métrage sans dommages carbure à la culpabilité, fonctionne au secret de famille enterré, au propre et au figuré, du côté de la Corrèze, planque balèze, au creux de laquelle concocter un vrai-faux western , mode d’époque, Gaumont ne dit non, une « grande scène dramatique en quatre parties », voire évangiles, témoignage sans outrage d’une « époque hé...

Le Culte et l’Occulte

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  Exils # 54 (10/10/2024) Aussi suicidaire mais moins « suicidé de la société » que le pauvre van Gogh, James Whale s’intéressait aux « dieux » et aux « monstres », cf. une réplique emblématique de La Fiancée de Frankenstein (1935). Alors âgé d’une trentaine d’années, Antonin Artaud se soucie de « sorciers » et de « saints », selon une sorte de note d’intention écrite à l’époque de La Coquille et le Clergyman (1928), vaudeville anecdotique et pseudo-cryptique dont le scénariste se désolidarise vite, dommage pour Germaine Dulac et sa « composition visuelle » très patraque, conspuée en sus dès sa sortie par les susceptibles surréalistes. Né un an après la date de naissance officielle du « cinématographe », leur rencontre se place cependant sous le signe du rendez-vous loupé, en dépit d’apparitions assez impressionnantes chez Gance ( Napoléon , 1927), Dreyer ( La Passion de Jeanne d’Arc , 1928), L’Herbier ( L’Arge...

La Micheline (tré)passe

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  Exils # 25 (08/03/2024) Que voit-elle, dans son miroir à elle, Micheline Presle ? Une femme élégante et souriante, à la beauté décolorée, semblable à des centaines, après, avant, par exemple, celle de sa vraie-fausse rivale, publique et privée, Michèle Morgan ? Une image pas si sage, même issue d’un autre âge, d’un autre régime d’images, de ramages, de paysages et de personnages ? Comme le clamait le docte Cocteau, l’accessoire narcissique, parfois flaque, au carré, en effet, réfléchit, les salopes ou les saintes, les haïes ou les chéries, mais il le fait de façon inversée, infidèle, crue et cruelle. L’écriture nous rassure, sait cracher ou caresser, tandis que la froide surface de la glace demeure de glace. Le verre vous renvoie vers hier, le cadre encadre une carrière, ici, eh oui, de décédée centenaire. Celle de Presle, un peu celle de la précitée Michèle rappelle, même mari américain et similaire, amère, désillusion hollywoodienne, ratage en partage. Elle to...

Ma petite entreprise

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  Mouron de Pathé Gaumont, devancier d’UGC… Passée inaperçue du public post -pandémique, l’ouverture du capital du groupe CGR Cinémas, comprendre sa « mise en vente de l’ensemble », se voit dotée d’un dossier d’actualité, dénué de la moindre malice, paru parmi la revue professionnelle Boxoffice , dont la une, reproduisant l’affiche de Doctor Strange in the Multiverse of Madness (Raimi, 2022), suscite aussitôt un titre alternatif, dédié à l’étude de l’étrangeté des multiplexes, de leur folie (pas si) inoffensive. À lire l’entretien du DG serein Bouyssy Jocelyn , tout va très bien, marquise, en dépit d’une « crise » qui s’éternise, d’un écosystème français en train de se métamorphoser, à la vitesse grand V, cf. illico l’édito. De La Rochelle à La Ciotat, d’aujourd’hui à autrefois, le succès, insolent ou stimulant, ne s’arrête pas là, se diversifie fissa. De père en fils, sous l’égide d’un ex -« opérateur projectionniste », on s’occupe donc de restaur...

Remorques : L’Honneur d’un capitaine

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La Bretagne vous gagne, la traversée vous sied… À Brieuc Le Meur, homonyme amical Est-ce que désormais tu me détestes D’avoir pu un jour quitter Brest La rade le port ce qu’il en reste Le vent dans l’avenue Jean Jaurès Je sais bien qu’on y était presque On avait fini notre jeunesse On aurait pu en dévorer les restes Même au beau milieu d’une averse Nolwenn Leroy & Christophe Miossec Évitons vite de revenir sur une genèse agitée, puisque les estimables spécialistes Jean-Pierre Berthomé & Raymond Chirat s’en chargent à notre place, de façon reflétée, sinon exhaustive. Préférons plutôt préciser pourquoi Remorques (Jean Grémillon, 1941) demeure aujourd’hui, presque quatre-vingts ans après sa sortie, si beau, si vivant, si bouleversant. Tel L’Atalante (Jean Vigo, 1934), autre mélodrame maritime, Jean Dasté partagé, il commence par une mariée immaculée, non plus sur mer mais à terre, noce nocturne flanquée d’un phare, repas programmatique de d...

Les Caves du Majestic + Le Coupable : Grand Hôtel + Séduite et abandonnée

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Les enfants, les parents, l’air du temps, étouffant ou changeant… 1 Coda de Continental écrite par Charles Spaak emprisonné, Les Caves du Majestic (1945) permet d’apprécier Albert Préjean habillé en Jules Maigret. Son commissaire dynamique, sarcastique, lui appartient, lui revient, rien à voir avec les avatars de Jean Gabin & Bruno Cremer, le davantage obscur Harry Baur ( La Tête d’un homme , Duvivier, 1933), les ponctuelles et surprenantes incarnations de Charles Laughton ( L’Homme de la tour Eiffel , Meredith, 1949) & Rowan Atkinson. Bien entouré par Mesdames Denise Grey, Gina Manès, Suzy Prim et Messieurs Jacques Baumer, Fernand Charpin, Jean Marchat, l’acteur-personnage s’intéresse peu au coupable, « capitaine » de cuisine, « contrôleur » malfaiteur, maître-chanteur puis tueur de mère vite (dés)armée, guère aimée. Il préfère explorer le milieu hôtelier, débusquer ses secrets, se faire désigner, identifier, chaque ustensile, puisque l’innoce...

Paradis perdu + Croisières sidérales : Belle Époque + Une merveilleuse histoire du temps

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Der des ders, mobilis in mobile , nostalgie de l’avenir, près du pire… Le cinéma français sous l’Occupation pratiqua souvent l’évasion – on peut le lui reprocher, on peut le lui pardonner. Tout le monde ne s’appelle pas Clouzot, quel cran de commettre Le Corbeau (1943), y compris pour la Continental ! Mais même des divertissements supposés innocents, voire insignifiants, a fortiori atteints d’amnésie, portent quelque chose de l’époque, puisque l’esthétique, surtout le cinématographique, procède de l’économique, du politique. Paradis perdu (Gance, 1940) et Croisières sidérales (Zwobada, 1942) se situent dans le passé, le futur, en partie dans un fort, en partie parmi l’espace, comme s’il fallait doublement fuir la France nazifiée. Toutefois, le scientifique l’affirme à raison, nul ne se fuit lui-même, peu importe la couleur du ciel, l’écart temporel, et le peintre transformé en couturier se voit vite mobilisé, tandis que les « explorateurs », les « expl...

La Fin du monde : Notes sur le néant au ciné

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Refrain de la fin, répliques apocalyptiques. The Universe is a plot of God Edgar Allan Poe Eureka: A Prose Poem (1848) Déjà tard mais pas trop tard À toi de voir à toi de croire Téléphone Le Jour s’est levé (1985) Le cinéma meurt demain et tu n’en savais rien. Le cinéma meurt avec toi et nul ne le saura. Comme les belles boisées endormies les films se réveillent et se raniment l’instant d’un baiser visuel. Puis ils retombent dans l’oubli qui ne nous oubliera pas. Ainsi va la cinéphilie jolie. Ainsi périssent les empires pas seulement de la tristesse crus à tort éternels. De la poussière à la pellicule et l’inverse. De l’évolution de l’espèce épuisante à la suppression de l’ensemble des données disponibles. La Terre retrouvera sa virginité avant de s’évanouir mais plus personne pour survivre et filmer le fondu au noir définitif. Déjà nous sauvegardons nos restaurations sur des supports problématiques sinon promis à la célèbre obsolescence programmée. Déjà n...