Articles

Affichage des articles associés au libellé Vincente Minnelli

Épouvante impuissante

Image
  Exils # 137 (22/10/2025) Cafi d’informations, dont beaucoup en voix off , le prologue de Pompoko (Takahata, 1994) épuise vite, on se dit que le film ne va pas pouvoir tenir un tel rythme, mais il y arrive, fi du contemplatif. Si le synopsis paraît anticiper celui d’ Arrietty : Le Petit Monde des Chapardeurs (Yonebayashi, 2010), la (re)découverte consensuelle des espèces cède ici sa place à une guerre ouverte, sinon une lutte des classes, dont l’issue prévue et perdue dessine en définitive un joli génocide. Chronique historique d’une disparition programmée, ce requiem jamais blême, constamment amusant, ne succombe à la mélancolie, dépasse la problématique écologique, tarte à la crème de la mauvaise conscience moderne. Ce qui se joue sous les yeux ravis, jeu sérieux délesté de l’esprit homonyme, relève du réflexif, de la résistance, de la transcendance. Le baroud d’honneur devient un bagout d’horreur, la technologie détruit la magie, les Mohicans japonais se font fissa dég...

La Preuve par l’épreuve

Image
  Exils # 107 (12/05/2025) Pour Patrick Dans Survivre à Hollywood , titre programmatique, le cher Fleischer se souvient de l’oraison de Robinson, de l’émotion de Heston, qualifie le film, avis d’Eddy, « de premier ordre », doté d’une histoire « qui a du fond  ». La valeur de Soleil vert (1973) se situe ici aussi, histoire d’amour entre deux hommes non plus amicale et homosexuelle ( Ben-Hur , Wyler, 1959) mais cette fois-ci filiale et paternelle. Plus proche du « charognard » coriace de L’Inspecteur Harry (Siegel, 1971) que des serviteurs dessillés des sinistres sociétés du Meilleur des mondes , 1984 , Fahrenheit 451 , émules de Paul sur le chemin de Damas, le « détective » indocile et anti-émeutiers affamés se nomme Thorn, patronyme explicite de déchirement piquant, tel le père infanticide, avatar d’Abraham, de La Malédiction (Donner, 1976). En « 2022 », à New York la glauque, chacun se fiche de l’Antéchrist, du maléfique me...

La mariée était en blanc

Image
  Exils # 93 (19/03/2025)  Mythomane à Mexico ? Bovarysme à l’El Globo ? Luisa débarque de sa campagne, d’un « village » aux « deux mille habitants », dans une « pâtisserie française » se rend, où pour une mendiante on la prend, cependant posthume recommandation de la « tante » du bon patron, veuf avec enfants, aux groom et employées plutôt bien traités. Douée, adoubée, la discrète s’adresse à des personnages en sucre, une petite pièce occupe, dont la fenêtre pauvrette permet au voisinage, trivial outrage, de la mater, de ses manières se moquer, aussi elle quitte ce quartier de concierges, au-dessus de « bureaux » et de « caves » se perche. Sur le toit-terrasse, de colère lasse, on peut apercevoir des enseignes américaines, spectacle nocturne d’un capitalisme qui l’illumine et ne l’importune. Via une variation de la célèbre pantoufle de vair de Cendrillon, elle (se) raconte à ses collègues allègres sa re...

La Chouette et la Pêche

Image
  Exils # 33 (27/05/2024) Réentendu en VF délavée, revu samedi en salle vidée, sur un grand écran lui redonnant son « lustre d’antan », surtout cette double et fondamentale dimension spatiale, celle du récit, celle du widescreen , Labyrinthe (1986) demeure un divertissement séduisant et stimulant, pour petits et grands enfants, un conte pas con de compte à rebours et d’émancipation, certes moins sexuel que La Compagnie des loups (Jordan, 1984), certes moins sentimental que Legend (Scott, 1985), connus et reconnus contemporains, idem modèles d’un cinéma disons démultiplié, de l’imaginaire, du fantasme, du studio, encore doté d’une analogique matérialité, avant l’avènement du numérique hégémonique, souvent castrateur et sans saveur (puisque tout paraît possible, plus rien ne devient crédible). Dans Dark Crystal (1982), le père des Muppets n’animait que des marionnettes, leur humanité se passant des humains, parce qu’elles le valaient bien. Ici, il conduit Connelly ...

La Dernière Chevalerie

Image
  Un métrage, une image : Les Chevaliers de la Table ronde (1953) Le style statique et impersonnel de Thorpe subit ici une sorte de transfiguration, à l’unisson de la dimension mystique de la narration : on s’attendait à un sommet d’académisme hollywoodien, nous séduit une démonstration de classicisme serein. Certes certains cinéphiles, cyniques ou lucides, se gausseront de (re)découvrir l’aventurière Ava Gardner en nonne immaculée déguisée, cette balance maccarthyste de Robert Taylor en étalon de vraie-fausse trahison, donc adoubé modèle de fidélité. Cependant ceci ne saurait suffire à réduire à l’égard du film habile la fameuse suspension d’incrédulité, ni amoindrir ses trop peu remarquées qualités. Premier métrage de la MGM en Scope et stéréo, in situ tourné, par une grève – de mécontents figurants, fi des fournisseurs de carburant – à peine dérangé, retardé, Les Chevaliers de la Table ronde bénéficie ainsi d’une convergence de gens de talent(s), qu’il s’agisse ...

Gens de Dublin

Image
  Un métrage, une image : La Jeune Folle (1952) À Jacqueline Waechter, à l’écart de la guerre En surface, La Jeune folle se soucie d’Irlande, d’indépendance, de Républicains, de destin. À ce niveau-là, ça ne fonctionne pas, jamais on y croit, la fameuse suspension of disbelief sur tout ceci glisse. Idem en situation de délocalisation, le Minnelli de Madame Bovary (1949), autre portrait d’une féminité fiévreuse et très tourmentée, durement dessillée, convainquait davantage, au-delà du langage, puisque du cinéaste la sensibilité idéaliste et lucide ressemblait à celle de l’héroïne, faisant du pari impossible, de l’adaptation a priori à la con, un modèle de fidélité infidèle, en outre un autoportrait porté par une actrice assez sublime, souvent intense, Selznick ne me critique, nommée Jennifer Jones. En subjective vérité, Yves Allégret décrit un second pays, et cela séduit, réussit : en écho à l’incontournable Corbeau (1943) du guère collabo Clouzot, La Jeune Folle...

Camille redouble

Image
  Un métrage, une image : Le Mépris (1963) « C’est un film de Jean-Luc Godard », aussi ce voyage en Italie inverse celui de Roberto Rossellini (1954), propose un prologue à Pierrot le Fou (1965), adoube un blason sans toison bientôt développé dans Une femme mariée (1964), quand sa coda joue avec le souvenir du déjà italien et méta Quinze jours ailleurs (Minnelli, 1962). Bardot & Piccoli remplacent Bergman & Sanders, Michel en Marat s’amuse à singer le Dean Martin de Some Came Running (Minnelli, 1958), le couple plein d’entourloupe va voir au ciné le premier opus précité, Camille & Prokosch, in extremis et de manière moche, se cassent et s’encastrent au milieu d’un camion-citerne, accident de gisant annonçant Week-end (1967). Lang & Palance, Moravia & Homère, Delerue & Celentano, Ponti + la piaule de Malaparte, même de Demy un caméo en cabine de projo : tout ceci fait beaucoup, peut-être trop, la caméra de Coutard caresse des fes...

T’as pécho ?

Image
Un métrage, une image : Ce plaisir qu’on dit charnel (1971) À la suite d’un générique explicite, acoustique, à deux types, à double problématique, aimé, être aimé, en sus, bien sûr, baiser, être baisé, à l’arrière, la mélancolie d’après-guerre d’un fameux air de Glenn Miller, plus tard on percevra Amapola , longtemps avant Leone & Morricone ( Il était une fois en Amérique , 1984), ça parle de personnages, de rôles sociaux, donc annonce une similaire discussion de El buen patrón (León de Aranoa, 2022), aussi placée sous le signe de l’incertitude d’identité, de surcroît quantique. Vers la fin, le coma d’â côté de l’amante émouvante, emmerdante, suicidaire, à défaut de cuisinière, Art Garfunkel en toubib à bout, au bout du fil, prophétise en situation Enquête sur une passion (Roeg, 1979). Quant à l’engueulade responsable, précédente, moins insupportable que poignante, de « prick » et de « gift », elle pourrait passer pour du Pialat, surtout celui de Nous ...

Vilaine

Image
  Un métrage, une image : Two Eyes Staring (2010) (Il était) une fois le fantastique enfui, s’impose la psychiatrie, en somme Lisa ne parlait à personne, seulement à elle-même, surtout pas à Karen, jumelle de Christine et juvénile diariste pseudo-décédée, retrouvée in extremis , double bruni, d’ascenseur révélateur, via le gentil mari, d’abord endeuillé, ensuite sidéré, qui passe à côté de l’essentiel, l’existentiel, croit au suicide de ligne tapé à la machine, tandis que l’empoisonnement de la mère par sa propre fille reproduit la rivalité (tentative avortée),   en effet empoisonnée, entre les gamines en reflet. Au sein malsain de cette immense maison (grand-)maternelle, héritée, surprise du décès, hantée, disons au figuré, se déroule un psychodrame de dames, la transmission équivaut à la contamination, amitiés à Chromosome 3 (Cronenberg, 1979), le fantôme s’affirme in fine fantasme, la féminité se place sous le signe (rouge, voir Bava en VO, Une hache pour la l...

Toine

Image
  De la vaseline et un oignon : San-Antonio ? Oh non… Cela pourrait s’apparenter disons à une profanation, si l’on considérait la littérature comme sacrée. Cela pourrait passer aussi pour une assez sinistre plaisanterie, un exercice de révisionnisme risible, vide et stupide. A priori sensible aux critiques possibles, Fournier trois fois se justifie, prétexte de son patronyme homonyme, nous rejoue l’air déjà rassis du qui aime bien, châtie de même, amen , envisage l’ouvrage à l’image d’une recommandation à « lire ou relire » le renommé modèle, idem . Mais il s’agit, en vérité subjective, la mienne, la sienne, que double celle du diariste, de davantage, d’un drôle d’hommage, d’une recréation, voire récréation, au-delà d’une destruction. Composé de quatre parties de taille inégale, conclu selon un inventaire presque à la Prévert, Le Petit Meaulnes expose à petites doses, sous la forme d’un calendrier écrémé, étendu sur quarante-quatre années, avant et après de...

La Lune dans le caniveau

Image
  Un métrage, une image : Irma la Douce (1963) Mais ça c’est une autre histoire Gérard Blanc Irma la Douce se termine comme Conan le Barbare (Milius, 1982), encore un conte d’éducation, d’émancipation, de narration en voix off , le rauque Mako remplace le doux Jourdan, de puissance sexuelle, de valeurs renversées, certes plus épique et lyrique : par une affirmation de l’infini de la fiction, coda de regard caméra amusé, assumé, en rime à celui de Shirley, descendue du billard où danser, au son de Dis-Donc . Exit la (jolie) musique de Marguerite ( Monnot ), précieuse compositrice pour Piaf, hors et au ciné ( Les Amants de demain , Blistène, 1959), puisque Previn revient, repart pourvu d’un Oscar. Diamond & Wilder ne remettent le couvert de La Garçonnière (1960), ralentissent la rapidité, disent adieu à l’actualité de Un, deux, trois (1961), adressent des clins d’œil à Kubrick ( Lolita , 1962) & Lean ( Le Pont de la rivière Kwaï , 1957 + Lawrence d...

Extension du domaine de la lutte

Image
  Un métrage, une image : La Garçonnière (1960) Un (mini) miroir pour mieux voir, une suicidée divisée à sauver, à déshabiller, à dorloter, un triangle tout en angles, de vaudeville vitriolé, une normalité très tourmentée : si La Garçonnière se souvient à l’évidence de Sueurs froides (Hitchcock, 1958), il anticipe aussi la géométrie déshumanisée du Playtime (1967) de Tati, relie en sourdine La Foule (Vidor, 1928) à Brazil (Gilliam, 1985). Dans Comme un torrent (Minnelli, 1958), Shirley MacLaine succombait aux balles de la jalousie ; ici, elle revit, amorphe, ranimée de force, à la Faces (Cassavetes, 1968), gifles non simulées en prime. Mélodrame humoristique, didactique et ludique, moralité morale mais jamais moralisatrice, le long métrage de (deux heures) son âge, au message presque à la Reich, deviens enfin un « être humain », « petit homme » à la gomme, « sans qualités » à la Musil, « unidimensionnel » à la M...

Vacances romaines

Image
  Un métrage, une image : Quinze jours ailleurs (1962) La suite des Ensorcelés (1952) ? Le duplicata de La dolce vita (Fellini, 1960) ? Le prototype du Mépris (Godard, 1963), de La Party (Edwards, 1968) ? Plutôt un soap en Scope, pourvu de types puérils, muni de femmes mégères ou infirmières, tentatrices ou salvatrices, Cyd Charisse, Daliah Lavi, Claire Trevor s’y collent encore, à la fois périphériques et fatidiques. Au milieu du jeu sérieux, amoureux, à dimension méta, Douglas se démène, soigne son trauma , didactique doxa de la comédie dramatique et psychologique américaine d’autrefois. L’escortent Robinson, impitoyable, pitoyable, Hamilton, demi-sosie de Warren Beatty, sorte de Surmoi et Ça déménagés de Vienne à Rome, car capitale commerciale de la pellicule occidentale. Kirk pratique la fessée féminine, le coup de pied au cul, le baiser ensoleillé, le bouquet offert. Il lui faut sortir de l’asile, faire vite, finir le film, le second, celui qu...

Beyond Barry

Image
  Caché derrière, à la Voulzy ? Dissimulé dedans, à la Barry… Des échos des BO de La Poursuite impitoyable (Penn, 1966), Vivre libre (Hill, bis ), On ne vit que deux fois (Gilbert, 1967), Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), La Randonnée (Roeg, 1971), Top Secret (Edwards, 1974), King Kong (Guillermin, 1976), Jeux érotiques de nuit (Vadim, 1980), Quelque part dans le temps (Szwarc, idem ), La Fièvre au corps (Kasdan, 1981), Frances (Clifford, 1982), Out of Africa (Pollack, 1985), Danse avec les loups (Costner, 1990), L’Expert (Llosa, 1994), Les Amants du nouveau monde (Joffé, 1995), Enigma (Apted, 2001) se déploient sur ce diptyque physique et métaphysique, personne ne s’en étonne, essence d’un style, aboutissement souvent saisissant, autant que testament stimulant. Le post -romantisme assumé du renommé, récompensé, compositeur/arrangeur parvient à une plénitude inédite, du cinéma, mythologies mimis, commandes excitantes, mesquine...