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Affichage des articles associés au libellé Philippe de Broca

Michel ma belle

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  Exils # 192 (28/04/2026) « Tout ça pour toi » : la morale sentimentale s’applique au personnage de Kim, identifie le film de Pearce, sorti en 1986. Quarante années après, que reste-t-il de cette love story humide et pudique, de ce vaudeville assez vide, tramé en thriller mineur ? D’abord une direction de la photographie digne d’estime, due à Michel Brault, personnalité + pionnier de bon aloi du cinéma québécois, qui venait d’éclairer un certain Louisiane (de Broca, 1984). On demeure donc là-bas, dans cet É tat, on revisite évidemment La Nouvelle-Orléans, ville de vertige et de prestige, on épouse les pas troublés, passionnés, des fugitifs ( bis ) de l’abbé Prévost, sacrée Manon Lescaut, matrice apocryphe de La Sirène du Mississippi de William Irish et par ricochet du métrage raté de saint François Truffaut, des suceurs de sang existentiels et sensuels d’Anne Rice, ensuite de Neil Jordan ( Entretien avec un vampire , 1994), auxquels le Kurgan de Krabbé f...

Autrefois, au Venezuela…

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  Exils # 155 (13/01/2026) Le Sauvage (Rappeneau, 1975) va vite et semble être exotique, on repense aussitôt à L’Homme de Rio (de Broca, 1964, Rappeneau participe), à un autre duo, Deneuve & Montand substitués à Dorléac & Belmondo. On retrouve aussi Luigi Vannucchi, mari maudit, très éloigné de la DC selon Rossellini ( L’An un , 1974). Co-écrite par encore un couple, celui-ci sans entourloupe, Élisabeth & Jean-Paul, frère et sœur en chœur, en compagnie de l’incontournable Jean-Loup Dabadie, vrai-faux vaudeville de scénaristes et dialoguiste, la comédie romantique paraît s’inspirer du modèle à l’américaine, Capra and Co ., passage par New York, tant pis pour Miami, où l’engueulade précède l’accolade, où d’abord se détester autorise ensuite à mieux s’aimer, gifles humides comprises, n’en déplaise aux féministes, because bateau (et tableau) bousillé. La sauvageonne tombe dans les pommes, sa tête heurtée par une pomme, colère d’homme ; pendant le prologue du presq...

Cara Claudia

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  Exils # 130 (30/09/2025) Les actrices décédées ressuscitent, dans Cartouche (de Broca, 1962) on revoit donc Claudia. « Je m’appelle Vénus, j’ai dix-neuf ans, ni père ni mère mais des amants. On dit que je sais pas causer, mais je danse, je vole, je vis » déclare l’ersatz d’Esmeralda, sinon la demoiselle de Demy, d’abord enchainée, ensuite ligotée, à un poteau, judas Dalio, sorte de sado-maso héroïne à la Gwendoline (Jaeckin, 1984). Le personnage déboule au bout d’une demi-heure de métrage, approximativement le temps que mettait à quitter Psychose (Hitchcock, 1960) une autre voleuse valeureuse, c’est-à-dire Janet Leigh. La voici à nouveau en duo avec Belmondo, après Le Mauvais Chemin (Bolognini, 1961), avant La Scoumoune (Giovanni, 1972), clin d’œil complice compris et romance hors caméra incluse. « J’ai de grandes vues sur toi » lui dit-il, Franco Cristaldi aussi, pardi. Pas encore aristocrate de Polignac ( La Révolution française : Les Années lumière ,...

Luigi ou l’Embellie

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  Exils # 100 (02/04/2025) Dabadie adapte/dialogue Curtis et de Broca dirige un « exercice de style », ainsi qu’il qualifiait ce film méconnu et mal aimé, que le cinéaste souhaitait « pudique et délicat comme l’âme même de son héroïne » ( Philippe de Broca : Un monsieur de comédie ). Exécuté à Cannes, la critique ricane, sorti sans succès en septembre en salle, désormais restauré, disponible en ligne, Chère Louise (1972) ne relève ni du « trésor retrouvé », accroche de la nouvelle affiche, ni du déterré navet, sentimentalisme intempestif. Sorte de réponse positive à Mourir d’aimer (Cayatte, 1971), de matrice apocryphe et bien moins antiraciste de Tous les autres s’appellent Ali (Fassbinder, 1974), il peut aussi faire penser à Pain et Chocolat (Brusati, 1974), encore un conte tragi-comique de lac trop calme et d’étranger sudiste. Mais l’humour mélancolique du réalisateur du Magnifique (1973), perçu et rendu par la musique de Delerue, ne pa...

Les Magnifiques

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  Exils # 52 (30/09/2024) L’impeccable Alan Bates déclare : « Je voudrais perdre la mémoire ». Hélas pour lui, Philippe de Broca n’oublia jamais la guerre d’Algérie, qu’il vécut et filma aussi. Le très complet Philippe de Broca : Un monsieur de comédie reproduit le fac-similé d’une lettre alors adressée à son père, dont on s’étonne qu’elle ne subit la censure militaire. Le jeune homme incorporé au Service (voire sévice) Cinématographique des Armées y tacle avec lucidité, une camusienne impartialité, la gloriole d’Hexagone (en cas de victoire) et l’avènement de l’ALN (au final de défaite). Les disciplinés, les tortionnaires, les « égorgeurs », les « pillards », le cinéaste désormais à succès décide de les mettre à l’écart, de les rendre dérisoires. « Farce tragique, totalement baroque », selon ses propres mots, pourvue de la « valse déglinguée », déclinée, de Georges Delerue (de Broca lui conseilla d’écouter Kurt Weill, el...

Le Mojo de Belmondo

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  Exils # 42 (28/06/2024) Ce film mésestimé s’ouvre sur un accident de voiture, en fait sa ferrarienne mise en scène, mais Chabrol se moque du Godard de Week-end (1967), qui d’ailleurs ne le considérait comme un « auteur », paraît vite s’orienter vers une comédie de mœurs dont l’hédonisme et le machisme durent faire horreur aux féministes, tandis que la séquence de tunisien tourisme – après L’Homme de Rio (de Broca, 1964), voici celui de Tunis – dut atterrer les tenants de l’anticolonialisme. Fiché misogyne dès Les Bonne Femmes (1960), ici adoubé « beauf », le cinéaste récidive, encore en compagnie du scénariste Paul Gégauff, adaptateur de polar lui-même occis par sa petite amie. Si d’un arriviste provincial, d’un anecdotique et antipathique casanova d’hôpital (baiser des « mochetés » parce que « plus marrant et moins compliqué » CQFD, fric en prime), d’un mari manipulateur épris de sa sensuelle belle-sœur, comparaison (des alcools) d’o...

Opération Lady Marlène

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  Un métrage, une image : Julie pot de colle (1977) Un meurtre au Maroc, une fausse coupable, un homme ordinaire devant vivre une (més)aventure extraordinaire : Carrière, caméo en conseiller, adapte donc un bouquin méconnu, au titre explicite, Chains of Pity , oh oui, comme d’autres revisiteraient Hitchcock, surtout celui de L’Homme qui en savait trop (1956), une décisive bande magnétique substituée au dénouement dramatique, en musique, utilisation du son à l’unisson. Mais le divertissement sentimental, presque à l’américaine, s’avère assez vite une (recon)quête existentielle, au cours de laquelle la délicieuse emmerdeuse se révèle, en définitive, un vraie sauveuse. « Le temps nous salit » affirme Julie au milieu de ses frites, d’un Paris pourri, elle se tricote un nouveau mari, lui détricote sa vie, mec « récupérable », complice défendable, prisonnier à l’insu de son plein gré. La liberté, il va falloir la payer au prix fort, au prix d’un petit ef...

Attention les yeux !

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  Un métrage, une image : La Vitrine du plaisir (1978) L’ opus apologétique, dépourvu de la plus petite perspective critique, reprend le plan du parcours initiatique, réutilise la structure é(n)culée du récit (trop) joli, voi(r)e en voix off : du gonzo journalistique au gonzo pornographique, il suffit ainsi d’un pas, pour Pascale en tout cas. Ni portrait spécialisé, façon Exhibition (Davy, 1975), ni mélo en trio, à l’image de L’important c’est d’aimer (Żuławski, 1975 aussi), La Vitrine du plaisir , aka Tout pour jouir ! , se donne donc des airs de vrai-faux documentaire, participe du périple publicitaire, met en abyme Gérard Kikoïne, lequel dirige son équipe en fellinien marionnettiste, en écho au Federico concon de Satyricon (1969, année érotique, Gainsbourg ne se goure), fais-ci, fais-ça, comme ceci, comme cela, couci-couça, le silence du son direct, on l’éjecte. La scribouilleuse un brin boudeuse, bien de son temps d’antan, résidente de capitale hivernale, va déjà à v...

Un homme est mort : À propos de Jean-Paul Belmondo

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  Une gifle à Melville ? « Bébel » revoit Vanel… Pour mon père Avant de mourir récemment, Belmondo décéda deux fois au cinéma : dans À bout de souffle (Godard, 1960), dans Le Professionnel (Lautner, 1981). Surplombé sur le parisien pavé par la « dégueulasse » Jean Seberg, à côté d’un hélico – pas celui, dactylographique, du Magnifique (de Broca, 1973) – et au côté d’Ennio (Morricone), l’acteur/producteur incontournable, presque increvable, cristallisa ainsi, à une vingtaine d’années d’intervalle, balles toujours fatales, « Nouvelle Vague » ou non, ralenti (in)compris, les deux courants de sa vie, en tout cas celle de sa persona . La doxa douce-amère des hexagonaux ou mondiaux experts rappelle l’éternel et à demi réussi Stavisky (Resnais, 1974) en point de rupture, annonce d’usure, matérialisation à l’occasion des dispensables Les Morfalous (Verneuil, 1984) + Joyeuses Pâques (Lautner, idem ), en moment déterminant de basculement, ...

Beyond Therapy

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  Un métrage, une image : Psy (1981) Presque présage du dépressif davantage Paradis pour tous (Alain Jessua, 1982), Psy s’apprécie en estimable petite comédie sentimentale, dans laquelle Gérard Lauzier, en sus de se moquer des fumeuses foutaises du « développement personnel », prend acte de la débâcle des sacro-saintes « barricades » d’un certain mois de mai 1968. Marc vit avec et chez Colette, d’aucuns diraient à ses crochets, accroché à sa thérapie pourrie, à sa Land Rover couvée, de tout son cœur décorée, un jour, mon amour, on filera fissa en Africa, crois-moi. Durant un week-end , la routine s’enraye, son ex débarque, braqueuse amoureuse d’un type très cuir, très dur à cuire, aussi son ancien béguin, le bon Bob, compagnon de pseudo ou avortée révolution, voleur d’épouse, de flouze, de voiture itou, reconverti en truand qui pratique la mécanique. Entre les trois hors-la-loi, le préoccupé psychologue, ses patients pénibles et drôles, sa femme à laq...

Tout Just : Le Malentendu

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Une vie, quelques films, « toute une époque » et pas une pointe d’amertume. Voici un sympathique et anecdotique ouvrage ( portfolio de photos en « cadeau »), à l’image du personnage et de ses métrages, surtout le très surfait Emmanuelle (mais une pensée sincère pour la vraiment regrettée Sylvia Kristel) ou l’anodin/mondain Madame Claude (Françoise Fabian, assez méprisante, appela cela « faire des ménages »). Just Jaeckin, survivant d’Algérie, d’où, sans doute, une partie de sa (parfois farceuse) mélancolie, commune à Philippe (Labro, élogieux préfacier) de Broca, autre soldat-cinéaste au même endroit au même moment (alors baptisés du rassurant « événements »), illustra aussi par hasard le chef-d’œuvre de Dominique Aury ( aka Pauline Réage) dédié à la mystique et suicidaire servitude amoureuse volontaire (E. L. James peut aller se rhabiller, nuancée ou non), ironie érotique pour un homme finalement très pudique et maladivement (b...

Independence Days

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Comment Cannes devint (vraiment ?) autonome. N’en déplaise aux esthètes et autres « humanistes » ne s’occupant pas de politique – elle finit toujours par s’occuper d’eux, fréquemment à leur détriment –, le cinéma se situe dans la Cité, dans un hic et nunc particulier, dans un réseau d’idées, de volontés, de talents et de moyens financiers inséparables. Politique par nature et par pratique, il s’agit donc d’un art du commerce mais surtout de la communauté (humaine, citoyenne), le microcosme « bigarré » de l’équipe reproduisant le patchwork sociétal, même au sein d’une classe générationnelle (la double jeunesse d’un premier film), en dépit de sa propension autarcique (notoires relations incestueuses d’un milieu se définissant lui-même, en France, comme une « grande famille »). On peut composer, écrire, peindre seul, voir aussitôt le résultat de ses efforts et décider de le conserver pour soi, dans une sorte d’arrogance aristocratique – u...