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Affichage des articles associés au libellé Guillaume Foresti

Une pluie sans fin : Le Mari de la coiffeuse

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Parapluie d’Algérie à la Demy ? Plutôt pluie noire du désespoir. On and on the rain will fall Like tears from a star Like tears from a star On and on the rain will say How fragile we are How fragile we are Sting Face à ce film déceptif puis dépressif, on pense à Tarkovski & Tarr davantage qu’à David Fincher ou Bong Joon-ho. Pour résumer, disons qu’il s’agit d’une histoire de dépossession(s) : durant deux heures, un zélé vigile d’usine perd tout, son « disciple », son emploi, sa prostituée, son intégrité, sa liberté, son identité, son passé. Anti-héros à la Richard Matheson (et Guillaume Foresti) en train de disparaître sous nos yeux, « l’inspecteur », titre ironique donné par de vrais flics, enquête de son côté sur un tueur en série de femmes aux mœurs que la rumeur qualifie de légères, sinon rémunérées. Son rêve secret, non confié à la travailleuse du sexe amoureuse de lui, locataire à cocard de la Pension Mélodie (pour un meurtr...

Escamotage : L’Effaceur

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Puisque tout doit disparaître, lui, eux, toi, moi, le monde et le cinéma… En bon littéraire, la « question » de l’adaptation nous indiffère. On la cède à Michel Ciment ou à des gens qui ne peuvent (veulent) comprendre que la littérature et le cinéma ne parlent pas la même langue, ne possèdent pas le même ADN, quand bien même ils dialoguent et s’accouplent, souvent par paresse, rarement pour l’ivresse (du spectateur). S’il existe en ligne au moins deux transpositions (professionnelles) récentes de la nouvelle homonyme de Richard Matheson, la première  délocalisée en Nouvelle-Calédonie, la seconde  en Bretagne, chacune hélas empêtrée dans l’amateurisme et l’illustratif (Angelo Badalamenti + Joy Division en guise de BO), celle de Guillaume Foresti se caractérise par son infidélité, sa beauté, sa sérénité (malgré une concrétisation difficile, empreinte de « deuil », nous confiait l’auteur). Le cinéaste-lecteur ne conserve que l’idée (la trame méta) princip...

Angel Dust : Les Ailes du désir

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Un ange gardien ? Plutôt une Parque patraque… Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, Des divans profonds comme des tombeaux, Et d’étranges fleurs sur des étagères, Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. […] Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes, Viendra ranimer, fidèle et joyeux, Les miroirs ternis et les flammes mortes. Guillaume Foresti connaît-il La Mort des amants de Charles Baudelaire ? Sans doute et sinon peu importe, tant les œuvres en général et celles-ci en particulier se répondent à distance, presque en dépit de leurs auteurs. La première édition des Fleurs du mal date de 1857 et Angel Dust de 2005 : cent quarante-huit ans (et des poussières, d’ange, évidemment), cela représente quoi ? Rien « sous l’aspect de l’éternité » (pontifierait Spinoza) et pas grand-chose vu du ciel (majuscule optionnelle), celui où se tient l’ange au féminin adepte de l’automutilation, comme un écho à la peau chirurgica...

Traque sur Internet : Impressions sur une dématérialisation

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Archéologie et technologie, errance et substance, esthétique et politique…   À l’heure où Jacques Aumont loue les bienfaits de l’interprétation, envisageons Internet comme une immense cinémathèque. Il s’agit, littéralement, d’une utopie, d’un lieu qui n’existe pas, hors l’hébergement physique et géographique des serveurs, les éventuelles redirections par des pays de transition. Dans ce territoire désincarné accessible via un clavier, à peine quelques clics et, bien sûr, un fournisseur d’accès, un navigateur de virtualité(s), des milliards d’images animées nous attendent, avec une patience supérieure à celle des filles en vitrine d’Amsterdam (ou Amsterdamned , corrige Dick Maas, écumeur de canaux utérins et réparateur de cabines d’ascenseur propices à la copulation, à la terreur [1] ). La linéarité reste en retrait, au profit de la mosaïque ; l’espace-temps émergent se joue des paramètres euclidiens ; le hasard n’existe qu’en surface, orienté par d’intéressées r...

À vif : Mourir d’aimer

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Guillaume Foresti. Le désamour (vous) tue : pourrir d’aimer (Cayatte à la trappe), de ne plus l’être, jusqu’à vouloir disparaître, s’ensevelir encore vive dans un silencieux caisson de morgue, refermé tel un glas. L’héroïne quasiment anonyme nous rappelle Seth Brundle, le scientifique insectoïde de La Mouche de David Cronenberg, métrage davantage préoccupé par la maladie, la vieillesse, la contamination (SIDA ou non) que par la rupture d’un couple, sa cassure dissimulée-démontrée dans une caresse perplexe inaugurale. Comme le chercheur doué pour son malheur du don d’ubiquité, variation de téléportation, elle se détruit de l’intérieur, elle tombe en ruines à l’extérieur. Pas de musée mélancolique dressé à son humanité enfuie ici, à peine deux doigts infectés, un ongle arraché, un reliquat de pourquoi enroulé dans un mouchoir immaculé, jeté à la dérobée dans l’interstice complice de la bou...