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Affichage des articles associés au libellé Chris Marker

Éloge des femmes mortes

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  Exils # 158 (20/01/2026) Pour Patrick Laura Palmer, Laura de Preminger, l’ aura de Marker. L’Orphée figé de La Jetée (Marker, 1962), poursuivant le passé, souvenir à venir, in extremis descendu, divisé. En anglais, filmer (ou photographier) et flinguer se disent to shoot . En français, on dit tirer le portrait, mais en France, on utilise le fusil photographique de Marey. Femme de falaise ou bancal « Batman », les suicidaires d’hier se visionnent en vidéo, la torche humaine se relève, prend leur relève. Les conflits s’avèrent en vérité peu « présentables », en fait irreprésentables, il n’existe de films « olfactifs », la guerre en images se réduit à des images de guerre, devient une guerre des images, une mise en scène de l’obscène, à Iwo Jima, Clint ne le contredit ( Lettres d’Iwo Jima , Eastwood, 2006), à Kiev & Gaza. « Tu n’as rien vu à Okinawa, tu ne vois que dalle à Marienbad » pourrait-on répliquer, Resnais au carré, sous le...

Enrico en écho

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  Exils # 129 (23/09/2025)   Le Vieux Fusil (1975) développe le souvenir versus le pire de La Rivière du hibou (1961), court-métrage remarquable, remarqué, très primé, vrai-faux survival sensoriel et cruel, dialoguant à distance avec La Jetée (Marker, 1962), autre conte (à rebours) d’une mort retardée, du désir d’Eurydice. Romy remplace Abby au ralenti, les vélos et cabot la balançoire des marmots, le médecin assassin le civil exécuté – le mort-vivant « l’homme vivant ». Car le cinéma sert aussi à ça, ressusciter les dames idéalisées, adorées, magnifiques mais massacrées. De la guerre de Sécession à la guerre de l’Occupation, la barbarie s’installe à la Barberie. Comparé à Noiret, le Hoffman des Chiens de paille (Peckinpah, 1971) se limite à un amateur, les luttes de territoire se terminent en automobile, sidéré ou bouleversé. Le toubib porté sur la chevrotine esquive in extremis la terrible lucidité, se réfugie en esprit au perdu paradis, musiqué par ...

Veni vidi Fidji

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  Exils # 114 (26/06/2025) Adaptation de Dick ? Mélodrame drolatique, où un « adulescent » découvre soudain que depuis sa naissance tout le monde de son petit monde lui ment. Il suffit d’une interférence à la radio d’auto, de la résurrection rapido du pseudo papounet trépassé en bateau, traumatisme et culpabilité de minot à trafiquée météo, pour que le simulacre se détraque, que la « star » décide de passer derrière le miroir (salut Alice), de monter l’escalier (type Magritte), de sortir du studio, réplique et révérence respectueusement insolentes en prime ( time ). L’agent d’assurance accomplit ainsi une seconde (re)naissance, quitte la matrice (sur)protectrice et « manipulatrice », petit paradis WASP pastel et pasteurisé, à rendre caduc celui du miston Burton ( Edward aux mains d’argent , 1990). Point de pilule, de complot, de Neo ( Matrix , les Wachowski, 1999), plutôt la révolte non violente (couteau écarté illico ) et individuelle du héros...

Le Pentagramme et le Pentagone

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  Exils # 85 (20/02/2025) Plus drôle que Le Loup-garou de Londres (Landis, 1981), moins jeu de massacre que Mars Attacks! (Burton, 1996), Le Loup-garou de Washington (Ginsberg, 1973) réunit et réussit les registres comique et tragique. Commencé/clôturé en voix off , puissance de la parole, économie du non tourné, il dispose cependant de lycanthropes fichtrement différents de ceux d’ Europa (von Trier, 1991), autre opus politique à tendance hypnotique. Cette fois le chemin de croix affiche des fondus au noir à foison, des lignes de fuite de perspectives filmées en fisheye effet, des plongées et des contre-plongées contrôlées, des surimpressions de transformations. Tout ceci prouve à nouveau que le style se fiche du fric, que le manque de moyens n’équivaut au manque d’idées, que le désir et le plaisir de faire ensemble du ciné, ressenti à chaque instant, à chaque plan, ne conduisent à l’anecdotique ni à l’amateurisme. Selon The Werewolf of Washington , appréciez au passage l’...

John Weak

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  Exils # 70 (15/01/2025) À Franck Construit en boucle bouclée, John Wick (Stahelski, 2014) s’ouvre sur un souvenir doux-amer sur cellulaire : une Eurydice marine, plus animée que le spectre en replay de La Jetée (Marker, 62), demande à l’amoureux désormais en sursis s’il la filme. Ensuite des inserts silencieux annoncent et donc redisent le désastre intime d’un décès prématuré. Confrère d’Orphée de film endeuillé, l’ancien assassin rédimé selon sa dame de mélodrame se voit vite offrir un toutou d’outre-tombe, manière de demeurer au monde, puisqu’une Mustang bientôt volée ne suffit à se maintenir en vie. Dans l’ Odyssée , Argos reconnaissait son maître déguisé, lui-même dépourvu de pitié envers d’entreprenants prétendants. Wick ne s’avère pas si « vulnérable » que le lui dit la barmaid amicale, retourne en arrière, au royaume des Enfers, surtout celui d’une mafia russe moins tatouée mais autant tourmentée que celle des Promesses de l’ombre (Cronenberg, 200...

Détective

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  Un métrage, une image : Une femme mariée (1964) Réponse à La Peau douce (Truffaut, 1964). Relecture de Hiroshima mon amour (Resnais, 1959). Modèle de Fragments d’un discours amoureux , édité en 1977. Barthes ? Beethoven. Nougaro & Vartan, Céline & Racine, Noël & Leroy. Printemps puis Peyrefitte. « Coiffeurs » guère blagueurs du diplomate Leenhardt. « Déportés » engrossis d’un certain « Monsieur Rossellini ». Sujets, objets. Couples, coupes. Hédonisme et adultère, le (détective) privé, le (dogme) publicitaire. « Scandale » et « Obsession », sandales et « compromissions ». Titres de chapitres, thèmes de monologues. Le masculin et le féminin, le « noir » et le « blanc », le positif parmi le négatif. Une piscine à photographe, à filles fines. À Orly un travelling , reflet du fauteuil (roulant, parce que peu de temps, d’argent) dans les vitrines. Du « présent » à consommer...

Espion(s)

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  Un métrage, une image : Le Dossier 51 (1978) Dépouillé du spectaculaire, l’espionnage apparaît en pleine et piètre lumière, jeu sérieux, spécieux, dont la dimension méta au cinéaste espiègle n’échappa. Deville & Perrault, carpe + lapin, parce qu’ils le valaient bien ? L’ opus récompensé, idem produit par Dussart ( L’Apprenti salaud , 1977), encore éclairé par le régulier Lecomte, toujours monté par la coutumière Raymonde Guyot, démontre et démonte une mise en scène malsaine, signée d’un tandem amène, en train d’esquisser de sinistres cinéastes, eux-mêmes en train d’observer, avec pour objectif de le manipuler, un quidam du quai d’Orsay. Pas une once de hasard si la scène de séduction dirigée, capturée au carré, sur pellicule, en vidéo, ressemble ainsi à une audition, anticipe le dramaturgique psychique du Paltoquet (1986), entrepris parmi une décennie dédiée aux images domestiques, donc individualisées, surdéterminées, selon le marché, de la publicité (à ...

Police fédérale Los Angeles : Vivre et laisser mourir

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  Malchance de Chance, triche de Vukovich… French Connection (1971) s’achevait sur une détonation ; Police fédérale Los Angeles (1985) débute idem , en parallèle à un plan rouge sang, sur fond de flamme infernale, annonce ésotérique de la conclusion, de la suite. Le jour se lève en accéléré sur l’enfer californien, ses palmiers frissonnent, cernés selon son smog . Le générique affiche la clinquante couleur du masculin malheur, un tableau sinistre, de (d’auto)portrait dépressif, surgit puis disparaît, remplacé par une série d’images topographiques, géométriques, diagonale de train de fret sonorisé, panoramique horizontal de casse esseulée, du titre explicite en forme d’aphorisme surmontée, remarquez l’éclat écarlate, entre arbre et impact de balle. Vivre et mourir à L.A. ? Bien sûr, mais aussi et surtout s’y activer, s’y croiser, y faire des affaires friquées. Friedkin filme de billets un brassage à la Scarface (Brian De Palma, 1983), d’argent et des gens une circ...

La Femme insecte : The Crimsom Kimono

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Shōhei Imamura. - Ma vie n’est pas une existence… - Si tu crois que mon existence est une vie ! Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938) Décédé en 1956, Kenji Mizoguchi ne vit ceci, sorti en 1963, on peut pourtant penser qu’il ne pouvait apprécier pareil traitement d’un toutefois familier argument. Car Imamura ne carbure à la came du mélodrame, ni au dolorisme du manichéisme, moins encore à la victimisation à la con de notre époque. Les proies, les « prédateurs », les « porcs à balancer », les martyres médiatisées, les saintes, les salopes, il s’en moque, il connaît de près Cochons et Cuirassés (1961), il observe à la Brecht son pays, sa patrie, en train de fissa se transformer, ni meilleurs ni pires qu’auparavant, plus américanisés assurément. En 1964, le compatriote Mikio Naruse entrelacera sens féminin du sacrifice et capitalisme importé, de supermarché, selon l’émouvant Une femme da...

Bunker Palace Hôtel

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  Un métrage, une image : Gehenna: Where Death Lives (2018) Pourvu d’un sous-titre choc et chic, ce premier film d’un admirateur d’Osamu Tezuka, spécialiste des effets spéciaux et character designer adoubé, car Hiroshi Katagiri bossa pour Stan Winston, Steven Spielberg, Guillermo del Toro ou Sam Raimi aussi, carbure à une malédiction de colonisation, à la culpabilité décuplée, accessoirement aux couloirs de mouroir. Une petite équipe en quête de touristique, d’exotique, se retrouve vite à l’intérieur d’un bunker, d’un tunnel tout sauf of love , Bruce Springsteen en déprime, idiotisme itou classé X, lexical, anal. Pas de sexe ici, tant mieux, tant pis, juste le passé jamais (tré/dé)passé, qui ressuscite et resurgit, puisque sous le paradis et la plage s’agitent la guerre et la rage. Muni d’un caméscope ad hoc , notre team antihéroïque se fait affoler fissa, souviens-toi, selon un paradoxe temporel cohérent et cruel. Commencé comme Les Yeux sans visage (George Fra...

Prince des ténèbres : Antichrist

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de John Carpenter. A priori inspiré par un mauvais rêve de la regrettée Debra Hill, naguère partenaire personnelle et professionnelle du réalisateur, ici aussi portraiturée suivant votre serviteur ; en partie porté par Lisa Blount, actrice douée, productrice de court oscarisé, décédée à la cinquantaine dans des circonstances indéterminées, Prince des ténèbres (1987) se situe ainsi sous le signe d’une Eurydice disons dédoublée, elle-même au récit a fortiori reflétée, puisque deux femmes franchissent en sacrifice la surface de la glace, plongent en paire parmi l’antimatière. Le huis clos eschatologique carbure à la physique quantique et manie le mythe, antique ou christique. Carpenter installe une stase, conduit au climax , achève via une ouverture. Prince des ténèbres se préoccupe donc de communication, de contamination, d’incarnation, de « substance » et de « malveolence », dixit le ...

Le Temps d’un week-end

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  Un métrage, une image : YUL 871 (1966) De l’exode à l’exil – un ingénieur parisien aux parents roumains se casse au Canada, y musarde en compagnie d’une aimable gamine, gosse à la « gomme », donc à bonbon, allons bon, y visite une usine de « lourdes machines », dont le patron préfère les polars de la Série noire à la science-fiction selon Ray Bradbury, tant mieux, tant pis, y rencontre une drôle de blonde, portée sur le tir au pigeon et promise émancipée d’un amateur de ballon rond concon. Au sein jamais malsain de ce simulacre « provincial » du voisin américain, Denner ne désespère, avec Hélène & Madeleine partage sa peine, celle d’un vrai-faux orphelin au portrait de famille pieusement préservé, parmi sa valise emporté. Tout contre la chair de la chère étrangère se donnent à voir et à entendre des souvenirs de la seconde guerre, mais YUL 871 ne vise à rivaliser avec Hiroshima mon amour (Resnais, 1959), même en noir et blanc élégant, s...

Kaléidoscope (sans Hitchcock) I

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  Six années de ciné recensées sur FB… 24 Hour Party People (Michael Winterbottom, 2002) L’évocation, sous forme de rock/mockumentary , d’une période et d’une personnalité, celle du Manchester musical de la décennie 80, celle de Tony Wilson, âme de label et dandy rebelle : le tandem Coogan-Winterbottom (une pensée pour le scénariste Frank Cottrell Boyce) amuse souvent, en reportage de bidouillage, en regard caméra, en tons sépia ( via la vidéo, Robby Müller, émancipé de Wenders, s’aère avec New Order), en archives montées ou en saynètes reconstituées ; néanmoins, au final, tout ceci, un brin bruyant, un peu épuisant, se dilue aussitôt dans l’oubli, patine immédiatement dans l’imagerie habituelle – sexe, drogues, ego , trémolos –, peine à (r)animer une galerie de pantins à peine esquissés, au profit de l’ironie, aux dépens de l’empathie. Au lieu de cela, si sage et jamais ressenti, orientons les oreilles et les yeux vers Control , biopic classique et classy de Curtis par ...