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Affichage des articles associés au libellé Andrea Arnold

Moi, Daniel Blake : Un monde sans pitié

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Ken Loach. Dès le début, un modèle de dialogue dérisoire et drolatique, la voix du survivant s’élève d’entre les ténèbres et donc d’outre-tombe : Moi, Daniel Blake (2016) ou la « chronique d’une mort annoncée », durant un instant de ciné, de solidarité(s) dissipée, in extremis , sur le seuil de la justice, vite définitive, au miroir mouroir, aux toilettes suspectes. Blake ne se prénomme William et ne cède au Ciel, se fiche de l’Enfer, de leur mariage, le sien, tout sauf parfait, fi d’enfant, démoli par la cyclothymie, la maladie, puis par un deuil le laissant « perdu », démuni. Ce charpentier ne s’appelle pas non plus Joseph et sa Marie Madeleine à lui répond au nom de Katie, elle fera in fine la putain afin d’alimenter, de réchauffer ses attachants gamins. Tandis que le pharisaïsme du capitalisme étudie son dossier, que Cameron mime Caïphe, Daniel, peste d’ancêtre prophète, ne fuit des fauves, Suza...

Sorry We Missed You : Ricky

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  « Permis de tuer », mais bye-bye à James Bond… Opus parfois poignant, métrage par moments amusant, Sorry We Missed You (Ken Loach, 2019) possède un titre programmatique, polysémique, qui désigne à la fois le désolé message d’avis de passage, laissé en l’absence du destinataire, et le désolant, au présent, manque d’un père, trop occupé à se faire exploiter, pardon, à travailler en tant que livreur au paradis insulaire, infernal, libéral, balisé par un certain Tony Blair. On vous a manqué devient donc tu nous manques, tu te manques, à force d’endettement, d’épuisement, d’endormissement au volant, tu manques d’argent, de temps, de présence auprès de tes deux enfants, surtout le plus grand, lycéen lui-même porté sur l’absentéisme, le graffiti entre potes, accessoirement la rébellion de saison, la baston en institution, le vol d’occasion et la dégradation à la maison. Cette carence multiple, systémique, politique et intime, ne manque pourtant pas de grandeur, d...

Quiet People : Au nom du fils

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre d’Ognjen Sviličić. À mes parents Voici l’histoire de gens sans histoires, de gens tranquilles, précise le titre. Mais les gens sans histoires, ça n’existe pas, surtout au cinéma. Alors il arrive à Ivo & Maja, remarquables Emir Hadžihafizbegović & Jasna Žalica, ce qu’il peut arriver de pire à des parents : perdre un enfant. Tomica, diminutif affectueux, davantage que le banal Tommy anglo-saxon, rentre un jour autour de sept heures du matin. Il vient de se faire tabasser dehors, il porte des plaies sur sa face, il affirme ne pas souffrir, il s’effondre ce soir dans la salle de bains, à côté de la baignoire sur le point de déborder. Après une nuit d’hôpital, il cesse de respirer, succombe à une double rupture d’anévrisme cérébral, fatal. Entre-temps, Tea, sa petite amie, révèle au couple modeste, lui chauffeur de bus, elle malade, à la maison, le film de l’agression, commise par un c...

Shell : Le Plein de super

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Scott Graham. Ce que nous écrivions naguère à propos de Iona , on pourrait le reprendre à présent, presque littéralement, on ne le fera pas, toutefois, le copier-coller pas réellement ma tasse de thé. Et cependant Shell s’avère de la même manière, différemment, un portrait de femme, un film de visages et de paysages, une cartographie des sentiments, des élans, des saisons et des horizons, au final pas si loins, à portée de main, de camion de bûcheron. Dans Shell , une demoiselle quasiment majeure officie dans une station-service écossaise, un brin western , au côté de son papounet épileptique, abandonné par sa moitié, par conséquent mère démissionnaire, comme disent les sociologues suspects, quand la gamine de dix-sept ans en comptait quatre. Autour d’elle, soleil d’ébène aux chaussettes de fillette, à la poitrine déjà féminine, à la grâce de son âge, au charme de sa face sans maquillage, gravitent trois types...

Zurich : Maximum Overdrive

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Sacha Polak. Voici donc un « film de femmes », et au pluriel, s’il vous plaît : un personnage, une actrice (la chanteuse Wende Snijders, elle reprend d’ailleurs en live les bottes barbantes de Nancy Sinatra), une scénariste (Helena van der Meulen) et une réalisatrice, « originaire » du documentaire (Sacha Polak). Primé à Cabourg sous la présidence d’une certaine Juliette Binoche (aïe en pagaille), ce mélodrame désossé de la moindre once de pathos, de complaisance, s’ouvre par un bel Ave Maria composé par Rutger Reinders sur fond de générique aux lettres roses en majuscules very girlie . Une route de campagne à droite du cadre, une perspective picturale, un léopard placide et une voiture immergée, sa conductrice sidérée à côté : le surréalisme concret évoque le prologue analogue (davantage symbolique, sexuel) de L’Exercice de l’État . La suite épouse l’errance motorisée de Nina, pr...

Philomena : Secrets et Mensonges

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Suite à son visionnage sur le service Pluzz de France Télévisions, retour sur le titre de Stephen Frears. Dans une autre vie, au siècle dernier, Stephen Frears réalisa des films ironiques, enragés, raffinés, vigoureux, évocateurs : on éprouvera toujours pour lui une vraie reconnaissance admirative grâce à The Hit , My Beautiful Laundrette , Prick Up Your Ears , Sammy et Rosie s'envoient en l'air , Les Liaisons dangereuses , Les Arnaqueurs , Héros malgré lui , The Snapper ou Mary Reilly , polar métaphysique, cartographies en direct de l’Angleterre de Margaret Thatcher, de l’Irlande prolétaire ou de l’Amérique médiatique et modèles d’adaptions littéraires. Certes, la liste comportait des échecs, par exemple le diptyque The Hi-Lo Country et High Fidelity , western anémique à la Wenders chez l’Oncle Sam et chronique musicale/familiale arythmique. Trois œuvres-véhicules suivirent, The Queen pour Helen Mirren, Chéri pour Michelle Pfeiffer et Tamara Drewe pour Gemma Art...

Red Road : Crossing Guard

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La sentinelle veille sur une ville en ruines ; il lui faudra quitter son royaume des morts afin de réapprendre à vivre… Listen to the silence, let it ring on. Eyes, dark grey lenses frightened of the sun. We would have a fine time living in the night, Left to blind destruction, Waiting for our sight. And we would go on as though nothing was wrong. And hide from these days we remained all alone. Staying in the same place, just staying out the time. Touching from a distance, Further all the time. Ian Curtis, Transmission Jackie (sans Michel, merci) Morrison ( this is the beginning , Jim) s’amuse à jouer les Mabuse bienveillant devant son mur d’écrans : sa fenêtre sur cour à elle (la femme de ménage casquée se trémoussant en silence cite de façon explicite l’adepte de la gym chez Hitch) donne sur la ( quasi ) capitale écossaise, un réseau de rues, de préférence nocturnes, saisi par la nasse des caméras de vidéo-surveillance municipale. Le dis...