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Affichage des articles associés au libellé Marin Karmitz

Bons baisers de Sibérie

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  Exils # 99 (27/03/2025) Si Mazeppa (1993) plut au public cannois, si la Commission supérieure technique (désormais de l'image et du son) le récompensa, l’hivernal Chamane (1996) reçut un accueil glacé, le cinéaste en ressorti blessé, sa caméra mit de côté. Tandis que Marin Karmitz produit, voici Bartabas en Sibérie, en train de mettre en images, durant un agité tournage ( budget à demi dérobé, matériel presque bon pour la poubelle, météo tout sauf au chaud), le scénario d’un second spécialiste des chevaux dénommé Jean-Louis Gouraud, qui transpose à l’écran l’un de ses romans, a priori inspiré d’une histoire vraie, au sous-titre explicite : Riboy : fugue pour un violoncelle. L’étrange pérégrination dans la taïga d’un musicien et de son extraordinaire petit cheval bigarré . Film en majorité mutique, au picaresque pas trop épique, ponctué de rencontres avec des excentriques (cosaque en side-car , capitaine à quai), moins en mouvement que l’homonyme synchrone de l’incorrig...

Rien ne va plus : Une partie de plaisir

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. L’autre jour j’ai vu quelqu’un qui te ressemble Et la rue était comme une photo qui tremble Si c’est toi qui passes le jour où je me promène Si c’est vraiment toi je vois déjà la scène Moi je te regarde Et tu me regardes Michel Jonasz, Je voulais te dire que je t’attends D’une comédienne chabrolienne à la suivante : fi de Stéphane, bienvenue à Isabelle. On disait jadis « Garbo rit », on écrit aujourd’hui « Huppert sourit ». Toutefois, Rien ne va plus (Claude Chabrol, 1997) ne rappelle pas Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939), il affiche en filigrane un autre métrage tragi-comique, cosmopolite, de paternité tourmentée, par procuration ou non, dans lequel recroiser la dear Mademoiselle Audran : Mortelle randonnée (Claude Miller, 1983), bien sûr. Une quinzaine d’années après, l’impeccable Michel Serrault ne suit plus Isabelle Adjani, mystérieuse tueu...

Claire Dolan : Lucy

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lodge Kerrigan. « Présentée » par Marin Karmitz, portée par une actrice remarquable et remarquée, hélas trop tôt décédée, voici une œuvre qui captive par sa virtuosité discrète, sa radicalité adulte. Face à deux figures de masculinité tourmentée, à Colm Meaney la dangerosité onctueuse, à Vincent D’Onofrio la fragilité affectueuse, Katrin Cartlidge incarne, au propre et au figuré, donc de tout son corps, une call-girl qui appelle elle-même ses clients. En admirateur de Bresson & Scorsese, Kerrigan filme à son tour l’argent, son chauffeur de taxi à lui, remercie même Jacques Audiard au générique de la co-production franco-américaine, à la texture européenne. Pourquoi Claire se prostitue, cède la scène (sexuelle) à Lucy, professionnel substitut ? Au-delà d’une dette suspecte, ce mystère éclaire l’obscurité du CV. Film de façades, architecturales, sociales, sentimentales, de miroirs, narcissiques...

L’Enfer : … Comme elle respire

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Claude Chabrol. Le hasard de cinéma n’existe pas – les films (se) réfléchissent – et L’Enfer (Claude Chabrol, 1994) fraternise avec Sometime Sweet Susan (Fred Donaldson, 1975), via un viol + une coda kaléidoscope. Si le « blue movie » renommé portraiturait une patiente dédoublée, in fine prostrée, son prénom récupéré, sa mémoire revenue, dommage(s) d’outrage(s), la production de Karmitz, car exit Clouzot ( L’Enfer , 1964), cf. ma prose à propos du documentaire de Serge Bromberg & Ruxandra Medrea ( L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot , 2009), dépeint un type malade, dérisoire et détestable, que la conclusion en expression de confusion laisse à l’abandon, clôture d’ouverture sur l’éternité du damné, de l’obsédé, en train de se (nous) raser « sans fin », en effet. Petit patron concon, carburant aux médicaments, Paul progresse sur l’échelle sociale et régresse sur l’échelle sentimentale, e...

Remorques : L’Honneur d’un capitaine

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La Bretagne vous gagne, la traversée vous sied… À Brieuc Le Meur, homonyme amical Est-ce que désormais tu me détestes D’avoir pu un jour quitter Brest La rade le port ce qu’il en reste Le vent dans l’avenue Jean Jaurès Je sais bien qu’on y était presque On avait fini notre jeunesse On aurait pu en dévorer les restes Même au beau milieu d’une averse Nolwenn Leroy & Christophe Miossec Évitons vite de revenir sur une genèse agitée, puisque les estimables spécialistes Jean-Pierre Berthomé & Raymond Chirat s’en chargent à notre place, de façon reflétée, sinon exhaustive. Préférons plutôt préciser pourquoi Remorques (Jean Grémillon, 1941) demeure aujourd’hui, presque quatre-vingts ans après sa sortie, si beau, si vivant, si bouleversant. Tel L’Atalante (Jean Vigo, 1934), autre mélodrame maritime, Jean Dasté partagé, il commence par une mariée immaculée, non plus sur mer mais à terre, noce nocturne flanquée d’un phare, repas programmatique de d...

Coup pour coup : Merci Patron !

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Drapeau rouge à la Chaplin ? Gueule de bois de déprime… Vrai-faux documentaire et « film militant », Coup pour coup (Marin Karmitz, 1972) s’apparente en plus à un psychodrame féministe. Ancien chef opérateur, déjà producteur, bientôt distributeur, sous peu exploitant, le réalisateur paraît enregistrer en direct, in situ , une situation d’insoumission, celle du personnel d’une usine textile, dont deux membres viennent de se faire fissa virer, bien sûr sans indemnités, pour avoir renversé sur la contremaîtresse sans merci, à la sortie, en public, chic, un seau rempli de farine, fichtre. Si le court-circuit, causé en catimini, de manière volontaire, permet de couper court à la cadence épuisante, au chrono dingo, au bruit à l’infini, accessoirement à une main masculine palpeuse d’épaule, autorise à une pause opportune, un répit face à l’infortune, possibilité partagée de croquer une pomme, fumer une clope, parcourir un bouquin, la séquestration de saison du pénible...