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Affichage des articles associés au libellé Michelangelo Antonioni

Le Jour des masques

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  Exils # 138 (23/10/2025) Derrière la devanture du titre français façon Lon Chaney se dissimule un divertissement de mise en abyme, explicite intitulé d’origine. Avant d’identifier un film, il servit à désigner une émission de télévision, devint de Gassman le surnom. Moins mélangé, raconté au passé, Il mattatore (Risi, 1960) suit ce succès, Le Pigeon (Monicelli, 1958) paraît prolonger. Mais le système D de la délinquance souriante, tragi-comédie de darwinisme social, se mâtine d’histrionisme, d’un dilemme espiègle. Petit bourgeois très à l’étroit, Gerardo Latini étouffe gentiment chez lui, revoit et revit sa vie, s’émancipe in extremis , vive le volant, merci les complices. En coda colorée, cerise surprise sur le gâteau noir et blanc élégant, il dérobe illico des bijoux britanniques royaux, boucle bouclée pas sans rien de l’interprète shakespearien. L’Homme aux cent visages relie ainsi Pauvres millionnaires (Risi, 1959) et Le Fanfaron (Risi, 1962), dont l’adaptation de tr...

Un coup de dés jamais n’abolira le nanard

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  Exils # 77 (29/01/2025) Louise démissionne comme John (Carter), secrétaire licenciée à l’insu de son plein gré. Jusqu’ici elle faisait bouillir la marmite, pas seulement de spaghetti à table servis, elle rapportait du fric ; elle va désormais en dépenser, héritage de tantine itou. Le couple d’entourloupe et ses fistons concons viennent d’emménager dans le quatorzième, le mari archi(tecte) et motard ne détecte néanmoins la fissure du foyer que trop tard. Avant de lui filer une gifle, il glissait sa main entre ses cuisses, aux « bas de soie », voyez-vous ça. Avant que le pauvre homme ne déconne, ne coule son propre cabinet inauguré, n’apprenne plongé le japonais, il invitait sa moitié à se réinventer, pratiquer de multiples activités, ne pas perdre son temps en mode Jean-Claude Romand. Pourtant la peinture coûte que coûte – y compris le portrait coloré de la domestique dite de couleur, fumeuse et danseuse – ne produit que des croûtes, dont se débarrasser sans se r...

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

L’Énergie et le Fossile

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  Exils # 43 (03/07/2024) « Il faut que ça ait l’air vrai », donc Dementus dégomme des war boys , de toute façon escadron d’ expendables , kamikazes bichromes d’une Citadelle à la populace d’esclaves souterraine, comme si la secte célèbre des Assassins d’Alamut croisait les exploités de Metropolis (Lang, 1927). Rien de plus certain, en effet, que la vérité de la mort, toujours et encore, unique certitude au bout de tous nos tumultes, infantiles ou adultes, « épiques » ou prosaïques. La ruse en replay d’un sceau incontestable ainsi lestée, le bien nommé Trojan truck peut s’engouffrer au fond de la pétrolifère cité du frérot porté sur la peinture préraphaélite. « Je m’ennuie », dit-il aussi, plusieurs spectateurs pourraient opiner, durant ces deux heures trente dont dix minutes dédiées au générique, lequel remercie en catimini les indigènes Aussies . En matière de réalisme, de photoréalisme, précise l’équipe technique de La Planète des singes :...

Un cœur qui bat

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Un métrage, une image : Les Visiteurs du soir (1942) Si la littérature médiévale, surtout celle de Chrétien de Troyes, regorge d’allégories, christiques ou sarcastiques, Renart se marre, le fameux film de Carné ne se préoccupe d’Occupation ni de Résistance, lecture historique assez risible, a fortiori lorsque l’on songe aux fréquentations hors de saison d’Arletty. Davantage redevable au Roman de la Rose de Lorris & Meung qu’aux Très Riches Heures du duc de Berry , influence graphique avouée, bien (di)gérée, il s’agit à l’origine d’un scénario original coécrit par Prévert & Laroche, partenaire professionnel et personnel de Jacqueline Audry ( Olivia , 1951), ensuite d’un conte à succès, critique, économique, œcuménique, éclairé/décoré avec brio, musiqué de la même manière par Maurice Thiriet, le compositeur du contemporain La Nuit fantastique (L’Herbier, 1942) ou Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), au casting choral impeccable, un brin bressonien, y compris pa...

Naples au baiser de feu

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  Un métrage, une image : Voyage en Italie (1954) (…) calendriers solides et contraignants qui offraient souvent, dans la chaleur des groupes, l’illusion de saturer le temps et de faire ainsi écran à la mort. Vivane Forrester, L’Horreur économique À le visionner en version restaurée, il s’avère qu’il s’agit d’un road movie immobile, travelogue en toc, item modeste, qui n’annonce ni l’ennui de La Nuit (Antonioni, 1961), même si une faune de « naufragés » y figure, flanquée de faunes clairs et obscurs, ni la casse ou le crash à Capri du Mépris (Godard, 1963), itou entourloupe de couple en déroute sur la route. On pense plutôt illico à Psycho (Hitchcock, 1960), conductrice idem , environnement mortel, bien sûr à Stromboli (1950), puisque épiphanie finale et en fanfare, miracle laïc, en sus du Vésuve, aux Onze Fioretti de François d’Assise (1950), suite de saynètes, progression et non narration. Lui-même en tandem avec Vitaliano Brancati ( Le Bel An...

La Folie des grandeurs

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  Un métrage, une image : L’Argent (1928) Comme Germinal (Berri, 1993), s’agit-il en définitive, d’après déjà le zélé Zola, défenseur dreyfusard, que certes d’antisémitisme personne ne soupçonne, en dépit du « Salomon » d’introduction/conclusion, d’un cas d’anticapitalisme capitaliste ? Conscient de la contradiction, L’Herbier l’écrivait, au creux de sa tête tournée : « filmer à tout prix, même (quel paradoxe) à grand prix, un fougueux réquisitoire contre l’argent », mais son mélodrame drolatique et moral, coûteux insuccès, à l’instar d’un certain Stavisky (Resnais, 1974), eh voui, descendu, réévalué, s’indispose surtout d’une spéculation de déraison, cède à notre modernité de clivantes « inégalités », de « crise » sélective, ses jérémiades pseudo-humanistes, « moralisation du capital » selon Sarkozy, « ennemie finance » de Hollande, « visage de l’obscénité » de Patrick Pouyanné s’offusque enf...

Le Chat du rabbin

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  Notes à propos d’un duo de rôles… À la télé et au ciné, Clotilde Joano épousa donc Michel Piccoli deux fois, qui la trompa, l’empoisonna, auquel elle pardonna, écho moderato à la tactile coda de L’avventura (Antonioni, 1960), itou co-écrit par Tonino Guerra. Au cours de Hauteclaire (Prat, 1961), téléfilm du temps de la RTF, certes soigné, toutefois surfait, Paul Frankeur, docteur narrateur, affirme qu’elle affiche un « visage de victime », néanmoins ceci n’existe, pas davantage qu’un faciès de coupable, n’en déplaise au guère rigolo Cesare Lombroso. On peut par contre posséder une sale gueule, une face défaite, en effet, pourtant les traits altiers de la Clotilde concernée ne se situaient de ce côté. Sa beauté classique, aristocratique, un brin britannique, sied à la comtesse en détresse imaginée selon le diabolique Barbey, le mimi d’Aurevilly, au creux d’un ersatz de conte de classes, marxiste en sourdine. Clotilde incarne de tout son corps une Delphine destinée à ...

2046

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  Un métrage, une image : In the Mood for Love (2000) À ma mère À chacun sa chambre : dans la 237 de Shining (Kubrick, 1980), l’attraction d’interdiction aboutissait à la strangulation puis à la décomposition ; dans la 2046 du film homonyme (2004), d’abord de In the Mood for Love , un second écrivain esseulé, hanté, presque autant impuissant, disparaît, se met en retrait, se passionne de « wuxia », ensuite de SF, donc du passé, du projeté, tandis qu’il ne s’amuse avec sa muse complice, pratique plutôt le roleplay en replay . « Elle est bien apprêtée pour aller acheter des nouilles », en effet, en reflet, salut au Noodles de Leone ( Il était une fois en Amérique , 1984), dont le thème de Morricone resurgira selon The Grandmaster (2013), écho révélateur. À la sortie de celui-ci, on put penser à Antonioni, à L’avventura (1960) et à La Nuit (1961), davantage qu’au duo sado-maso de Vertigo (Hitchcock, 1958), idem modèle d’adultère doux-amer, n’e...

T’as pécho ?

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Un métrage, une image : Ce plaisir qu’on dit charnel (1971) À la suite d’un générique explicite, acoustique, à deux types, à double problématique, aimé, être aimé, en sus, bien sûr, baiser, être baisé, à l’arrière, la mélancolie d’après-guerre d’un fameux air de Glenn Miller, plus tard on percevra Amapola , longtemps avant Leone & Morricone ( Il était une fois en Amérique , 1984), ça parle de personnages, de rôles sociaux, donc annonce une similaire discussion de El buen patrón (León de Aranoa, 2022), aussi placée sous le signe de l’incertitude d’identité, de surcroît quantique. Vers la fin, le coma d’â côté de l’amante émouvante, emmerdante, suicidaire, à défaut de cuisinière, Art Garfunkel en toubib à bout, au bout du fil, prophétise en situation Enquête sur une passion (Roeg, 1979). Quant à l’engueulade responsable, précédente, moins insupportable que poignante, de « prick » et de « gift », elle pourrait passer pour du Pialat, surtout celui de Nous ...

Anne, ma sœur Anne

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  Cinéma, si Mina… À la mémoire d’Olivia Newton-John De 1959 à 1977, on savoura souvent Mina au cinéma, surtout suivant les génériques, en musique de source dite ou non diégétique. Ensuite, diverses décennies davantage qu’avéré oubli, elle revint à l’instar d’un refrain, chez Almodóvar ( Matador , 1986 + Douleur et Gloire , 2019, sympho Donaggio) & Scorsese ( Les Affranchis , 1990, placée sous le signe céleste de Gino Paoli), Turturro ( Passione , 2010) & Watts ( Spider-Man: Far from Home , 2019), tant mieux ou hélas. Auparavant, elle traversa L’avventura + L’Eclipse (Antonioni, 1960, 1962), fit un (quarante-cinq) tour et des détours au fil des filmographies de Fulci, Paolela, Petri ( La Dixième Victime , 1965), Risi, Bertolucci, Festa Campanile, Bolognini. On connaît pire pedigree , pourtant tout ceci, auquel rajouter quelques caméos, rôles classés premiers, de la publicité dirigée par Zurlini, un fameux voyage (de Mastorna, voire Manara) avorté de Fellini, ne retiendr...

L’Innocent

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  Un métrage, une image : L’Assassin (1961) Comédie noire à multiples miroirs, le premier opus de Petri, par le maestro Marcello et l’irrésistible Micheline porté en partie, ne se place pas, n’en déplaise au cinéaste, sous le signe de Kafka, ni celui d’Antonioni, se termine sur des larmes masculines, à l’instar de La strada (Fellini, 1954), s’affirme in extremis un mélodrame maternel quasi à la Camus, surtout si l’on si sait que Mastroianni, flanqué de son monteur de frère, incarna selon Visconti L’Étranger (1967) a priori raté. On sourit souvent en découvrant ce film bref, restauré, en français, tout sauf mal doublé, appréciable essai d’accent sicilien des condés du matin, ce qui procure en plus le plaisir de savourer la vraie voix de Mademoiselle Presle, cougar mécène. Elio et ses célèbres scénaristes – Pasquale Festa Campanile, Massimo Franciosa, Tonino Guerra – portraiturent sans rature un « égoïste » assorti d’un « cynique », un « hom...

L’Homme parfait : Mustang

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  Possibilité de (se) tromper, impossibilité d’être (dé)trompé…   Variation de saison et ad hoc des Femmes de Stepford (Forbes, 1975) ? Davantage version locale du peut-être plus sentimental I’m Your Man (Schrader, 2022), synchronicité à la Carl des sorties, eh oui. Sous sa forme amorphe de téléfilm inoffensif, rien d’étrange, mon ange, car Orange (télé)commande, L’Homme parfait (2022) met en images trop sages la masculinité très tourmentée de notre médiocre modernité. Une avocate patraque, un acteur chômeur, un robot (h)UMAN(o) : voici le vaudeville revisité, le trio vieillot réinventé. Mais l’amant manie l’amie, Pierre-François fornique avec Frédérique, pourtant remplace le placard une cabine de batterie colorée où filer, affaibli, se recharger. Durringer et ses scénaristes ne se soucient de sociologie, de misogynie, des épouses dépourvues de blues , d’androïdes sexuels et sexués designés par un séide de Disney, afin d’assister puis assouvir le désir du peti...