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Affichage des articles associés au libellé Oscar Wilde

Cinéma de Papa

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  Exils 179 (11/03/2026) Au début de Kolkhoze , Carrère cite Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » L’aphorisme réversible résume non plus le portrait du célibataire et sans descendance Dorian Gray, mais celui, dédoublé, de Francesca & Luigi Comencini, père et fille à nouveau réunis, incarnés sur l’écran et à contre-courant. Au bout de trente-huit minutes, la petite héroïne disparaît, il reste une heure dix de film, on risque de trouver le temps longuet, regarder sa montre comme l’homme esseulé, quand donc sa sculptrice indocile va rentrer ? Après le paradis impressionniste et complice des premières années, certes déjà menacé par la gueule dentée d’une baleine ancienne, illustration et contamination, métaphore de la future drogue, castrateur motif à ravir les psychanalystes, l’occasion en situation d’un vrai-faux making-of rapido des Aventures de Pinocchio (197...

La Déesse de la détresse

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  Exils # 144 (25/11/2025) Datée d’une trentaine d’années, la version restaurée de Narayana (Poirier, 1920) s’ouvre sur des images du tournage, bref making-of d’exploitants en train d’explorer le studio, le temple art déco. Si les dames demeurent discrètes, des messieurs facétieux saluent l’objectif, c’est-à-dire désormais les cinéphiles en ligne. Puis on apprend que la première se passa au Gaumont-Palace, façade imposante en insert. Les principaux interprètes défilent en fondus dans la foulée, vous voici capturé de bon cœur, durant une petite heure, au creux soyeux d’une traduction très infidèle, presque pirate, de La Peau de chagrin de Balzac. Le successeur de Feuillade au poste de directeur artistique des produits de la firme à la marguerite engage Robert-Jules Garnier, donc le décorateur de Fantômas (Feuillade, 1913), L’Homme du large (L’Herbier, 1920), El Dorado (L’Herbier, 1921), La Femme de nulle part (Delluc, 1922) ou Un chien qui rapporte (Choux, 1931) et le film...

La vie est un (men)songe

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  Exils # 20 (13/02/2024) À Catherine, comme une rime Ozawa plus ne dirigera, mais l’ami Murakami survit. Il se désirait scénariste de ciné ; le cinéma plusieurs de ses textes adapta. Dans Abandonner un chat : Souvenirs de mon père , récit biographique et traumatique, ni hagiographique ni nostalgique, sis ainsi quelque part, nul hasard, au croisement émouvant de La Harpe de Birmanie (Ichikawa, 1956) et du Vent se lève (Miyazaki, 2013), il cite au style indirect l’autobiographie de Truffaut, se souvient de séances du dimanche et fordiennes de westerns , de films de guerre en compagnie de son buvant vétéran de père, puisque les mélos mimis de Mizoguchi à lui-même minot interdit, seulement pour ses parents, Japon d’antan. En lisant l’édition à la fois graphique, anecdotique et illustrée, sur papier glacé, du titre précité, assortie des semblables de Birthday Girl , L’ É trange Bibliothèque , Sommeil , on découvre que l’écriture claire et obscure du romancier à succès...

L’Aura de Barbara

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  Exils # 8 (11/12/2023) Faut-il se méfier des surfaces, a fortiori des films ? Davantage on devrait les sonder, discerner les symboles, sillage d’Oscar Wilde, préfacier du pétrifié puis putréfié Portrait de Dorian Gray , céder le sens, l’essence, à leurs obsédés, assermentés à main armée. Au sein du point malsain Dans le bain d’Hector (2019) se dissimule un mutique trésor, dans la baignoire à ne pas voir, hors-champ du ravalement, fi de mythologie, en dépit d’un Grec obsolète, aucun sex toy de traviole, canard de panard aussi canari que la robe jaune de Gena ni gênée ni négligée, ni Davis ni Rowlands, un cuni à Cluny, ça lui dit, gode ou licorne, à elle la couronne, et loin de l’Hadrien mémorisé de Marguerite Yourcenar, voici, parce qu’il le vaut bien, l’Adrien bodybuildé de Jom Roniger. Le trio de travaux, métaphore du court métrage lui-même à moitié work in progress , mastique (mastic du plombier, poncif à pénis des bandes spécialisées supposées à bander, distinguez i...

Nouveauté infaillible des vieux films

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  Exils # 2 (14/02/2023) Un certain soir, grandes ondes algériennes guère sereines, l’auditeur de valeur évoqua un « vieux film », sis au sein de « l’espace », sur une « station », où un « monstre » local carburait à la « peur » des inversés envahisseurs : le cinéphile pense bien sûr à l’appréciable et apprécié Planète interdite (McLeod Wilcox, 1956), annexé ici, autour de minuit, en allégorie de la solitude, son « emprise » de démon propice à la multiple et inacceptable « capitulation ». Le moderne « mal du siècle » de l’esseulement, de l’isolement, de « l’exclusion sociale », dixit l’auditrice fébrile et fragile, s’unit ainsi à de la science-fiction américaine ancienne, en partie portée par Robby le Robot & Leslie Nielsen… Les films peuvent-ils vieillir ? Ils peuvent plutôt (dé)périr, en dépit de la résurrection de la restauration, de la réanimation de la numérisation, des éc...

Volcano

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  Un métrage, une image : Stromboli (1950) Doté d’un sous-titre explicite, introduit selon une citation biblique, porté par la partition précieuse de Renzo Rossellini, presque celle d’un péplum sentimental, Stromboli constitue donc un conte molto catho, donne à (re)voir un chemin de croix laïc, tragi-comique, dont l’épilogue en forme d’impérative épiphanie bouleverse sans cesse, du haut inferno de ses soixante-douze années restaurées. Ingrid en espadrille vaut bien Empédocle et son (im)possible suicide, n’en déplaise aux adeptes des violences faites aux femmes, qui ne supporteront la rouste express , mâle malaise, aux énamourés des animaux, qui pleurnicheront à l’occasion d’une épique pêche au thon, après le trépas pas sympa d’un lapin fissa dessoudé à cause d’un furet. Film monde jamais immonde, plus immersif que les mers à millions de James Cameron,  Stromboli parvient à capturer la morsure du réel, la violence de la vie, l’ombre du jour et la clarté de la nui...

La Fille du train

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  Museler Millet ? Pas de cadeaux à Ernaux… Sept ans de réflexion ? Sept ans d’observation. Annie aime peut-être les sucettes, à l’anis, au sperme, son odeur associée à celle de la javel, visite sur la stèle de Serge, mais elle médit en catimini de Monica Lewinsky, pro - life infréquentable. Ces « notations » de saison(s), d’occasion(s), commencent avec Germinal (Berri, 1993), film friqué à propos de pauvreté passée, s’achèvent sur une fresque hédoniste, datée des années soixante-dix, à l’invisible vagin comme éclaboussé de sang, Carrie l’immaculée, la maculée, n’en demandait pas tant. Entre-temps, (re)voici la « guerre des Balkans », vite suivie par le conflit en Tchétchénie, résumé d’actualité : « L’impunité de la Russie tient obscurément à son mythe de peuple aux confins de l’espace, de la raison, de l’humanité. » Ainsi placé sous le signe rouge dédoublé, La Vie extérieure se soucie de sociologie, renverse la perspective ironique...