Articles

Affichage des articles associés au libellé Jonathan Demme

Le Paradis du poulet frit

Image
  Exils # 15 (15/01/2024) Façon La Modification , tel le type de L’Exorciste (bien nommé Friedkin, 1973), vous levez la tête vers la porte-fenêtre du KFC déserté. Une fois franchies les tables, nul ne s’y installe car à l’extérieur, vous tirez la rétive porte d’entrée, enseigne ouverte ce vendredi jusqu’à vingt-trois heures. Dès le hall , ça sent l’huile, derrière le comptoir, moins qu’un autre soir, ça s’active en cuisine. Vos doigts se réchauffent du froid, pianotent sur l’une des quatre bornes, où tournent en boucle les publicités spécialisées, apparaissent les produits à commander. Vous optez pour le menu le plus modique, burger de tenders , cheddar fondu, salade + sauce ketchup et ranch , quelle chance, auquel vous ajoutez une barquette de frites en quartiers, elles-mêmes accompagnées de bacon et sauce raclette, chouette, soda sombre en boisson, glace au caramel en dessert. Au rez-de-chaussée, le personnel épelle à la chaîne les numéros enregistrés, en train d’être trai...

Les Gens de la pluie

Image
  Un métrage, une image : The Crucifixion (2017) Dix ans après le surfait Frontière(s) , Gens fait du tourisme en Roumanie, « pays des vampires et des loups-garous », où « tout peut arriver », en effet, a fortiori (re)trouver la foi, pourquoi pas. Opus prosélyte inspiré d’un fait arrivé, à défaut d’avéré, le confidentiel The Crucifixion possède un premier plan d’ incipit vidéo ludique, on le sait l’une des passions du cinéaste. L’exorcisme confine à l’exercice de style, au catalogue d’effets, spécieux plutôt que spéciaux, Ada Lupu n’en peut plus, nous non plus. Presque de l’autre côté du globe, à New York, un dialogue entre oncle et nièce se base sur les news  : voici le curé et ses acolytes arrêtés, inculpés, dans l’attente de leur laïc et médiatique procès. Bill, magnanime, remémore à Nicole l’abc de l’objectivité, la journaliste juvénile s’en fiche assez, se casse et s’envole fissa, lestée d’un maternel trauma . Sur place, le village semble ...

Opération Crossbow

Image
  Un métrage, une image : L’Arbalète (1984) À Jacqueline Voici disons quatre décennies, le Front national n’atteignait le haut niveau du Rassemblement homonyme, synonyme, les migrants de maintenant demeuraient des immigrés, le sida sévissait déjà, se dénonçait du côté du Bois, la guerre d’Algérie ne paraissait pas finie, en tout cas pour le fonctionnaire Falco, rapace froidement furax, émule de Machiavel, aux sympathies néo-nazies. Parmi Paname en pleine pénurie de came, leçon du Capital appliquée à la Capitale, les amitiés marseillaises suscitent le malaise, l’opposition des policiers, cynisme versus moralité, rappelle un peu celle au cœur du Tueur (de La Patellière, 1972), pareil la prostituée symbole de lucidité, de pureté. Tandis que les indics se recrutent puis se culbutent au sein d’une scène style Cruising (Friedkin, 1980), la France s’affirme ainsi, par métonymie, fébrile et fracturée, découpée en quartiers, en bandes, en gangs , en catégories désormais classée...

Le Silence des agneaux : Promising Young Woman

Image
  Bouffe & Buffalo, délice et supplice… I’m a little lamb who’s lost in the wood I know I could always be good To one who’ll watch over me Sting Une jeune femme court dans des bois, au cours du conte à trauma , un loup cannibale elle rencontrera. Comme elle s’active du côté de Quantico, on devine illico son boulot, on l’accompagne sur son parcours de santé d’agent pas secret. De façon assez symbolique et surtout physique, elle arpente une descente en se tenant de toute sa force à une corde, tiens bon, Clarisse, gare à la glisse. Arrivée au sommet, elle prend à peine le temps de regarder autour d’elle, arbres noirs de décharné désespoir, lac patraque, brume lugubre, d’écouter les cris de corbeaux à la Poe, virginale Virginia, oui-da, au sein de ce décor naturel aussi sombre et gris que ses habits, beau boulot du fidèle dirlo photo Tak Fujimoto, un volatile s’envole, le steadicam la frôle, la musique magique signée Howard Shore l’escorte. Le rythme s’accélère, le ca...

Le Sexe qui chante : Showtime

Image
Un monologue de mariole ? Une romance de souffrance… On le distribua aux USA, mais Tom DeSimone connaissait-il de près Le Sexe qui parle (Lansac, 1975) ? Remarquons que son héroïne, idem divisée, suicidaire, pour des raisons similaires, se prénomme en sus Penelope, peut-être en clin d’œil à la précédente interprète. Passée par l’Atlantique, la publicitaire se transforme en coiffeuse. Exit la psychiatre à quatre pattes, voici un psy illico imprésario. Dorénavant, le vagin pas si virginal se nomme Virginia, il appartient à une certaine Mademoiselle Pittman, appréciez le patronyme emprunté au puits, donc au pendule, de Poe, scène supposée primitive, explicite, en tous cas selon la spécialiste Marie Bonaparte. S’il persiste à persifler, dans l’intimité, en société, l’invisible pubis à malice s’avère désormais doté d’une voix davantage valeureuse, moins odieuse. En congrès, à la TV, en tournée, notre accorte curiosité rencontre vite le succès, au grand dam de la dame...

Le vampire a soif : Derrière la porte verte

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Vernon Sewell. Ce farceur de Freud se délectait du supposé « continent noir » de la sexualité féminine, amen , aussi Le vampire a soif (Vernon Sullivan, pardon, Sewell, 1968) commence justement en Afrique coloniale, remarquez le contraste immédiat, explicite, entre l’homme blanc, en mince costume homonyme, et ses costauds rameurs torse nu, à la peau sombre. Un remake , muni d’insectes, de Tintin au Congo , so  ? Plutôt l’impeccable Peter Cushing au pays des papillons, puisque un certain Mallinger, entomologiste malin, malsain, en sus Autrichien, nom d’un chien, ne trouve rien de mieux à créer qu’un compagnon, de sang assoiffé, ranimé à l’électricité, ah ouais, pour sa fifille, elle-même hybride, bigre. On le voit, Le vampire a soif , titre français trivial, contre l’hyperbole allitératif de l’original : The Blood Beast Terror , s’amuse avec la mauvaise conscience insulaire, sonde sans g...

Froid comme la mort : Conte d’hiver

Image
Le rôle de sa vie, au risque du fondu au noir… Oh it gets dark it gets lonely On the other side from you Kate Bush Puisque l’on décèle ici des réminiscences de Chantage (1929), Une femme disparaît (1938), Rebecca (1940), Soupçons (1941), L’Ombre d’un doute (1943), La Maison du docteur Edwardes (1945), La Corde (1948), Le Grand Alibi (1950), Fenêtre sur cour (1954), Sueurs froides (1958), La Mort aux trousses (1959), Psychose (1960) et Complot de famille (1976), les critiques écriront « suspense hitchcockien ». Toutefois, Froid comme la mort (Penn, 1987) ne se réduit pas à ceci, s’inspire moins que plus du Calvaire de Julia Ross (Lewis, 1945), prénom de la victime et patronyme du toubib en rime, inclut une descente d’escalier à la Boulevard du crépuscule (Wilder, 1950), une audition annonçant l’homonyme de Miike (1999). Comme si tout cela ne suffisait pas, l’héroïne interprétée par Mary Steenburgen , elle-même vrai-faux sosie de Kate Bush, s...

La Petite Fille au bout du chemin : A French Letter for Jodie Foster

Image
Portrait épistolaire d’une femme fréquentable. Dear Jodie, J’ignore si vous lirez un jour cette lettre, puisque francophone de bonne école américaine, comme chacun sait. Je vous l’écris sans chichis, je ne rédige pas votre biographie. Deux feuillets devraient donc suffire à vous dire mon admiration, non ? Ne croyez pas, loin de là, que je me fiche aussi de votre filmographie, mais j’aime avant tout y retrouver votre voix, y compris en VO, votre visage, votre jeu précis, intense, sincère, peu importe votre âge, ma chère. Cette fraîcheur naturelle, pérenne, vous l’affichez depuis vos jeunes années. On vous vit ainsi grandir puis vieillir avec nous, à l’instar de notre star nationale, Sophie Marceau, point trop n’en faut, qui partage avec vous le privilège discutable d’avoir poussé la chansonnette suspecte au côté de vocalistes hexagonaux, citons Claude François & François Valéry, par ailleurs estimable compositeur pour le saphisme soporifique de Joy et Joan (Saur...

Stop Making Sense : Control

Image
Au foot , 11 joueurs + 1 entraîneur ; au ciné mélodique, un groupe de 9 + 1 œil neuf.    Tandis que David Byrne me remémore un Ian Curtis délesté de ses tourments, que sa gestuelle substitue l’énergie à l’épilepsie, je me dis que Jonathan Demme sut en effet filmer cette (triple) prestation hollywoodienne, sise en décembre, des Talking Heads, que son documentaire mérite son excellente réputation, même si je ne raffole guère des superlatifs de saison, d’occasion, du style « le plus grand film de concert du monde », amen . Désormais en ligne et en 480 p, s’il vous plaît, Stop Making Sense débute par un générique en écho à Giacometti dû au spécialiste Pablo Ferro, qui s’auto-cite au service de Kubrick, revoyez donc celui de Docteur Folamour . Ensuite, le longiligne David entre en scène, littéralement, immaculé, en solo, accompagné d’une cassette de tempo (puis d’une console quasiment hors-champ). Un homme, une guitare, un micro , une caméra : voici D...