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Affichage des articles associés au libellé Ermanno Olmi

Un homme à Rome

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  Exils # 165 (03/02/2026) Ce beau salaud de Stefano s’occupe donc d’immigration, fi d’ICE polémique, à peine une Anglaise à écarter d’un héritier. Il se soucie aussi d’un pseudo-producteur de disque, descendu dès le début : la caméra sur grue dévie de l’avenue, va vers une fenêtre, cadre la discussion sans le son et capte l’impact, incipit un brin hitchcockien, façon Frenzy (1972), à la suite d’un générique où les enseignes électriques se mêlent aux décorations de Noël. Le sous-titre l’explicite, Belli ressemble plus à un « détective » qu’à un flic, à l’ alter ego Baldo, sur ses traces et à ses basques. Désinvolte et tendu, facétieux et fiévreux, Franco Nero incarne un cousin pas si lointain du condé de Bouquet & Boisset, du Dirty Harry d’Eastwood & Siegel. Sous la cynique carapace se dessine une détermination sentimentale, itou motivée par la nécessité de sa propre peau sauver. Le « fonctionnaire de police » accro aux bakchiches n’y parvient...

Blink : The Eye

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Voir avec le cœur, Antoine idoine, échapper au tueur déformé, récupérer son canidé.  Qui se souvient de Madeleine Stowe ? Il suffit d’un battement de cils pour disparaître de la vue des cinéphiles, pour s’évanouir loin d’un art amnésique, pour se consacrer à la maternité avant de reparaître longtemps après à la TV. Madeleine, tant pis pour Judy prise de vertiges selon Hitch, connut son acmé d’actrice durant les années 90, et je me la remémore surtout pour son rôle dans L’Armée des douze singes de Gilliam, parmi une filmographie qui lui fit croiser Badham, Tony Scott, Nicholson, Kaplan, Michael Mann, Altman, parcours estimable, sinon supérieur à beaucoup de consœurs. Trop forte, trop fière, trop intelligente et dilettante pour Hollywood ? Sans doute. Quelque chose de Linda Fiorentino ou Faamke Janssen se retrouve en elle, irrigue-innerve en partie son personnage d’aveugle vite guérie, femme indépendante, amante autonome usant des hommes, confesse-t-elle en matan...

Le Sud : Le Retour

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Fernando Ezequiel Solanas. Film mental et musical, sensuel et mémoriel, de décor et de remords, Le Sud , co-production franco-argentine primée à Cannes (en 1988) pour sa « mise en scène » (expression à l’occasion idoine, tant la théâtralité du métrage s’affiche dès l’ouverture), semble ressusciter, une cinquantaine d’années après, le « réalisme poétique », l’associer à une subjectivité tarkovskienne (celle du Miroir , dont l’espace-temps intime se jouait de la linéarité narrative majoritaire) et se placer volontiers sous l’influence de Fellini (un cargo blanc rouillé adresse un modeste clin d’œil au paquebot onirique d’ Amarcord lors d’un numéro sur le port peuplé de plaisantes putains). Nous voici parmi les « esprits » non plus de Juliette mais de Floreal, « prisonnier politique » libéré à la chute venue des urnes de la dictature argentine en 1983. Dans...

L’Incompris : L’Innocent

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Luigi Comencini. Dans sa maison-tombeau (toscan, pas hindou), Anthony Quayle (aussi excellent que ses enfants à l’écran, revu bien plus tard à Paris en Bon Samaritain de Rutger Hauer pour La Légende du saint buveur , 1988, d’Ermanno Olmi), consul britannique à Florence, nous évoque un diplomate américain en poste à Rome, bientôt ambassadeur des USA au Royaume-Uni : Gregory Peck dans La Malédiction (1976) de Richard Donner, bien sûr, tandis que l’agonie de son gamin (mauvaise chute d’un arbre) nous rappelle celle du fiston (mauvaise chute de cheval) de Barry Lyndon chez Stanley Kubrick (1975). Et l’ensemble du film de Luigi Comencini s’apparente à un portrait de famille en intérieur , pour traduire littéralement le titre original du Violence et Passion (1976) de Luchino Visconti. La balustrade intérieure par-dessus laquelle le diablotin italien balance d’un « accident » de tricycle sa chère maman...

La Légende du saint buveur : La messe est finie

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Un homme boit jusqu’à en mourir et se souvient pour continuer à vivre : redécouvrons son requiem à l’ombre d’un fleuve et d’une fable funèbres…  Qui donc se souvient d’Ermanno Olmi, brièvement ressuscité avec Le Métier des armes (2001) ? Qui se rappelle que son treizième film, dix ans après le sacre cannois de L’Arbre aux sabots , remporta le Lion d’or à la Mostra de Venise en 1988 et moult récompenses transalpines ? Qui garde en mémoire le visage inoubliable de Rutger Hauer ? Il en va ainsi de la cinéphilie comme des amours de jeunesse ou des personnages de Kiarostami : Le vent nous emportera … Ici, au contraire, nous voulons nous souvenir, non par « devoir de mémoire », triste obligation volontiers laissée aux bonnes âmes citoyennes, mais à l’instar d’un Perec, avec sa pauvre mémoire faite de bric et de broc, de « petits morceaux du quotidien » associés à une histoire collective, à l’unisson, aussi, du personnage du film, perdu ...