Articles

Affichage des articles associés au libellé Michael Powell & Emeric Pressburger

Couronne ou Caroline

Image
  Exils # 181 (17/03/2026) Un p’tit truc en plus multiplie les « putain » ; Le Voyage fantastique de Sinbad (1973) accumule les « Allah ». Cet islam de nocturne conte oriental arbore des Arabes aux yeux bleus. Le féminisme s’y affiche, affranchissement confiant, traversée partagée du tumulte occulte, in extremis mariage à l’écart du pouvoir, puisqu’un « roi jamais libre » en définitive, a fortiori d’épouser celle qu’il « prend plaisir (réciproque) à regarder ». Il convient d’ajouter que le voyageur et « voleur » conquiert le cœur (et le corps, et quel corps) de Caroline, qui relativise (dévitalise) toutes les connes couronnes. « La magie purge l’âme » mais l’amour aussi, sorcellerie laïque à laquelle le souple couple Law & Munro confère sans forcer un romantisme pragmatique, physique, mâtiné de respect, humoristique « s’il te plaît ». L’œil peint sur la paume de Margiana, trois ans avant Sur le glo...

Bodhi et Body

Image
  Exils # 162 (28/01/2026) Découvrir Pourquoi Bodhi-Dharma est-il parti vers l’orient ? (Bae Yong-kyun, 1989) vingt-sept années après sa sortie s’apparente presque à de l’archéologie, consiste à revenir aux origines de la vague occidentale du cinéma sud-coréen, débutée au terme du siècle. Derrière la caméra se dissimule un homme-orchestre capable d’occuper tous les postes principaux, à l’exception de la composition et de l’interprétation. Né en 1951, Bae consacre beaucoup de temps, un peu moins de dix ans, à ce film quasi unique, comme l’on dit d’un fils, tels La Nuit du chasseur (Laughton, 1955) ou Les Tueurs de la lune de miel (Kastle, 1970), en écho au minot orphelin à dessein. Le peintre aux études accomplies à Paris puis le professeur d’enseignement supérieur catholique fréquenta autrefois l’université de Dongguk, établissement bouddhiste situé à Séoul, c’est-à-dire la même qu’un certain Choi Min-sik, l’acteur majeur d’ Ivre de femmes et de peinture (Im Kwon-taek, 2002)...

La Fille et la Forêt

Image
  Exils # 156 (14/01/2026) Brillant brouillon de Princesse Monoké (Miyazaki, 1997), Nausicaä de la vallée du vent (Miyazaki, 1984) se révèle vite un film de science-fiction et d’animation sous influence française et américaine, reprenant d’évidents éléments de La Planète sauvage (Laloux, 1973) et de Dune . Il évoque aussi Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), La Vallée perdue (Clavell, 1971) et, titre compris, Le vent se lève (2013). Placé sous le double signe sinistre de la « pollution » puis de l’atomisation, mis en abyme dès le générique de la tapisserie prophétique, il s’agit d’un film dont le pacifisme animiste transforme in extremis le messianisme promis en féminisme œcuménique. Orpheline puisque parricide, sympa Yupa ou pas, la guerrière pubère prend peur et conscience de sa propre « violence », se convertit à la diplomatie, au final se « sacrifie » – et ressuscite à la suite d’une lévitation digne du spécialiste Tarkovski ( Le Miroir , 1975...

De la mort des marionnettes

Image
  Exils # 145 (26/11/2025) Conte d’éducation méta et mental, Stopmotion (Morgan, 2023) doit beaucoup de sa séduction à une excellente actrice nommée Aisling Franciosi, déjà au générique de la série britannique The Fall . À l’instar de Sissy Spacek chez Brian De Palma ( Carrie , 1976) et Angela Bettis chez Lucky McKee ( May , 2002), la jeune femme (em)porte le film sur ses épaules fortes et fragiles, de la stroboscopie du prologue, amitiés à Noé, où son visage en rythme se déforme, sorte de sorcière multicolore, à la malle du final, coda d’au-delà, au silence d’enfance. Sa mère moins douce qu’amère, pas trop aphone, sa mimine (ré)animée au smartphone , à l’hosto alitée l’avertissait : une fois le spectacle terminé, voici les marionnettes rangées, inanimées, abandonnées. « Emmêlée dans ses fils » de fille sans « voix » ni voie (de secours) à soi, Ella vit sa folie jusqu’à la lie, comme jadis Catherine Deneuve chez Roman Polanski ( Répulsion , 1965), elle ...

L’Ombre et la Couronne

Image
  Exils # 106 (06/05/2025) « Il n’y guère de quoi rire » parmi « l’hystérie » maccarthyste, mais la « comédie » à moitié terminée sur les larmes du gamin renouvelle une trouvaille originelle ( L’Arroseur arrosé , Lumière, 1895) pour laver le sale procès. Au cabaret où ne craquer, gaffe à l’effroyable lifting, un tandem de mecs retravaille l’increvable modèle de la tarte à la crème. Voici du physique, du slapstick , comme un effort encore, avant de revenir en volant vers la patrie révolutionnée, volée, décor et hublot de studio, truquage de paysage d’un autre âge. Certes le scénariste/réalisateur/acteur/producteur/compositeur ridiculise sa cible, (dé)montre l’immoralisme de la « Commission » à la con, ne pratique cependant le prosélytisme, « roi et communiste » impossible indeed , jadis déjà le drapeau rouge ramassé, en tête de cortège porté, ne consistait à être encarté ( Les Temps modernes , 1936). Ironie terrible et au carré,...

Le Pentagramme et le Pentagone

Image
  Exils # 85 (20/02/2025) Plus drôle que Le Loup-garou de Londres (Landis, 1981), moins jeu de massacre que Mars Attacks! (Burton, 1996), Le Loup-garou de Washington (Ginsberg, 1973) réunit et réussit les registres comique et tragique. Commencé/clôturé en voix off , puissance de la parole, économie du non tourné, il dispose cependant de lycanthropes fichtrement différents de ceux d’ Europa (von Trier, 1991), autre opus politique à tendance hypnotique. Cette fois le chemin de croix affiche des fondus au noir à foison, des lignes de fuite de perspectives filmées en fisheye effet, des plongées et des contre-plongées contrôlées, des surimpressions de transformations. Tout ceci prouve à nouveau que le style se fiche du fric, que le manque de moyens n’équivaut au manque d’idées, que le désir et le plaisir de faire ensemble du ciné, ressenti à chaque instant, à chaque plan, ne conduisent à l’anecdotique ni à l’amateurisme. Selon The Werewolf of Washington , appréciez au passage l’...

L’Angélique et l’Hypnotique

Image
  Exils # 26 (20/03/2024) Pour Catherine presque Portinari L’Eucharistie inversant, cannibalisme adjacent, le cinéma désincarne le monde, le réduit à un (im)pur esprit. Parmi la forêt des films, pétrifiée, néanmoins animée, mobilis de l’immobilité, Nemo KO, jadis suites d’images pelliculées pas si sages, désormais fichiers de données numérisées, plus rien ne prend corps, ne (se) sent encore, y compris au creux des trois imageries, des belles âmes bien sûr honnies, de l’horreur, du mélodrame et de la pornographie, cependant censées carburer au sang, à la sueur, au sperme et aux larmes. Entre apparence de résistance au virtuel à la pelle, au simulacre matraque, et gadgets obsolètes, Odorama et tout le tralala, le ciné se bouche le nez, assume sa sinusite chronique, tant pis pour la poignée d’Italiens un brin malsains portés sur la coprophilie, revoyez vite avant de mourir, de vomir, les cadavres excrémentiels et exquis de Ferreri ( La Grande Bouffe , 1973) & Pasolini ( Sal...

Rudolf en force

Image
  Exils # 6 (16/08/2023) Aussi sublime que la célèbre séquence de danse épuisante et enivrante des Chaussons rouges (1948) ? Presque, par procuration, en raison d’une captation pas trop à la con. Chez Powell & Pressburger, la bien mais mal-aimée sorcière Moira Shearer on s’en souvient se suicidait, in extremis et sans malice sur un tracé ferroviaire sautait, écartelée entre l’art et l’amour, entre deux mecs trop (mal)honnêtes, sommée de (se) décider, donc de décéder, in fine se sacrifier, même si fi de misogynie ici, n’en déplaise à la spécialiste Margaret Atwood, au regard en déroute. Parmi Shakespeare revisité par Noureev, on continue à déclarer encore je t’aime, toutefois on diffère de dilemme : aux amants épris et passionnés dès l’orée, love at first sight , nous dit Kylie, la rivalité familiale et la mise en scène funèbre de mise en abyme théâtrale s’avèrent en effet fatales, la fidélité d’un philtre factice, religieux, à la Tristan & Yseult, indémodables modè...

La Lame nue : Présumé coupable

Image
  Alibi , librairie, hasard, rasoir… Le patronyme de l’impeccable Cooper, vite vaincu à cause du cancer , apparaît en premier, pourtant l’obscur opus appartient bel et bien à la douce-amère Deborah Kerr. Pour savoir vraiment ce que signifie frémissant, il convient de découvrir la fascinante performance de l’actrice assez sublime du Narcisse noir (Powell & Pressburger, 1947), Quo vadis (LeRoy, 1951) ou des Innocents (Clayton, 1961). Si l’on ne peut pas ne pas penser au compatriote Hitchcock, puisque poison du soupçon, falaise funeste, faux coupable, flash-back patraque, chantage attesté, salle à bain malsain, escalier cascadé, la vérité, qui fait ici défaut, qui « sonne toujours faux », affirme la mensongère némésis, à la maladresse ironique, magot cramé, marches manquées, réside ailleurs, à l’intérieur des intérieurs d’un mélodrame domestique, autarcique, de classe sociale, de casse maritale, encore écrit et traduit par Joseph Stefano, le scénariste et adaptateu...

Alphabet City

Image
  Un métrage, une image : Le Cavalier noir (1961) Dans Le Petit Monde de don Camillo (Duvivier, 1952), Fernandel affrontait Cervi, maire communiste et meilleur ennemi. Dans The Singer Not the Song , Mills ne désarme devant Dirk Bogarde, vaurien luciférien à fin félin. Classer Le Cavalier noir en vrai-faux western homo vers Mexico relève de l’évidence – une imagerie dédiée à l’homosexualité, comme dirait Brigitte Lahaie – mais cette dimension d’attraction/répulsion masculine, dommage pour la mimi Mylène Demongeot, mise disons KO, sortie du trio, esseulée va-t’en, châle rouge sang, qui en conclusion culmine, tandem de mecs mortellement touchés, tendrement enlacés, salut au SM de Duel au soleil (Vidor, 1946), ne saurait dissimuler la dynamique de la moralité. Plus près du contemporain Léon Morin, prêtre (Melville, 1961), idem mélodrame adapté d’un bouquin écrit au féminin, Béatrix Beck substituée à Audrey Erskine Lindop, sinon de Sous le soleil de Satan (Pialat, 1987...

Alexandre

Image
  Un métrage, une image : Les Poings dans les poches (1965) Tramé à domicile, financé en famille, le premier film de Bellocchio passa aussitôt pour un brûlot, scandalisa molto, ne séduisit ni Buñuel ni Antonioni, tant mieux, tant pis. Redécouvert aujourd’hui en version restaurée, beau boulot de l’éphémère dirlo photo Alberto Marrama, ensuite au service de la TV, du documentaire dit engagé, il s’avère vite une comédie dramatique, un mélodrame drolatique, dont l’humour noir autorise une discrète tendresse, exorcise le désespoir, presque. « Quel supplice de vivre ici ! » s’écrie en sourdine le souriant Leone, candide débile désolé d’un autodafé de maternel mobilier, Marat de médoc, cadavre à la flotte. Plus tard, dessillée, sidérée, à la renverse tombée le long de l’escalier, donc alitée, sa sœurette suspecte, cf. la liminaire lettre, un peu anonyme, pas très maligne, conseillera de s’incruster au frérot Augusto, lui-même idem au courant des meurtriers agi...

Change pas de main

Image
  Un métrage, une image : Irina Palm (2007) Et si l’émancipation passait par le poignet ? Le conte de Noël gérontophile l’affirme. Maggie veut sauver Olly, certes, doit donc vite devenir une experte de la branlette, anonyme et rapide. Pourtant, son « sacrifice », pas un brin tarkovskien, quoique, quelle queue, devant la cabine à l’exotique et explicite pseudonyme, afin de financer les frais nécessaires aux soins du gamin, « malade orphelin » à traitement australien, gratuit, Dieu merci, l’avion, l’hôtel, non, en définitive lui coûte peu, ne lui coûte qu’une amitié minée, la traîtresse appréciait la fessée, il paraît, confidence ou confession en forme d’ultime remords, du « trouillard et pas fiable » feu Trevor, mari guère mimi de Maggie, qu’une grande engueulade filiale, in fine dépassée, douleur « surmontée », pécheresse pardonnée, par la belle-fille autrefois indocile, désormais à domicile, en larmes, remerciée. Bien sûr, so...

Les Gaîtés de l’escadron

Image
  Un métrage, une image : Uniformes et jupon court (1942) Huit années après Mauvaise graine (1934), semé avec Esway, « comédie motorisée un peu au point mort, d’accord, mais aussi assez soignée, sympathique et même un brin marxiste, coloniale (contexte historique oblige), finalement morale, voire moralisatrice, scellant les (presque) débuts de la délicieuse Danielle, à peine adolescente, du cher Wilder, en français (d’exilé) s’il vous plaît », permettez-moi de m’auto-citer, le cinéaste/scénariste, encore en compagnie de l’incontournable Brackett, flanqué du directeur de la photographie Tover, escorté du conseilleur-monteur Harrison, ne se soucie de « pédophilie », davantage de « mascarade », comme le confie l’irrésistible Ginger Rogers à sa propre mère mise en abyme. Wilder cède en sus l’inceste au Schrader de Obsession (De Palma, 1976), où Geneviève Bujold imitera elle-même sa maman, régressera à l’état de gosse. Métrage sentimental à l’arr...

Sciuscià

Image
  Un métrage, une image : M (1951) Remake merdique ? Matrice apocryphe, puisque Psychose (Hitchcock, 1960) s’y profile, même les mannequins du Baiser du tueur (Kubrick, 1955), d’ailleurs. Ni M le maudit (Lang, 1931), ni Furie (Lang, 1936), M s’avère assez longuet, ponctué d’annotations drolatiques, décontractées, surtout sises au sein du Bradbury Building, bâtiment au baroque amerloque, dont le vide évident, l’agitation sans tension, symbolisent ainsi, ironique métonymie, ceux d’un film qui frise l’inutile. Losey glosait à Ciment son désir de se démarquer du modèle allemand, son parti pris d’opposer un individu « malade » à une société « coupable », d’en plus portraiturer le « produit » de la « matriarcale et matérialiste petite classe moyenne américaine », amen . En 1974, face à Friedkin, Fritz se défendit de s’être soucié de sociologie, a fortiori pré-nazie ; face au freudisme risible, pléonasme, du « sch...

Man on Fire

Image
  Un métrage, une image : Les Contes d’Hoffmann (1923) « Rends-moi mon image ou je t’étrangle ! » : la résurrection d’occasion, à frisson de saison, pourvue d’une presque expérimentale et plutôt dispensable partition, fera frémir les féministes, passionnera les psys, ne saurait certes, une seule seconde, rivaliser avec la version des chers Archers ( Les Contes d’Hoffmann , 1951), Moira Shearer for ever , revoilà Ludmila Tcherina, doubler La Poupée (Ernst Lubitsch, 1919), (re)lisez-moi ou pas. Sa découverte cependant n’équivaut à une perte de temps, puisque le film de Max Neufeld, lui-même mis en abyme, au bord de l’abîme, vide de Venise, carnaval macabre, « maison d’ignominie » de bordel à colère plébéienne, duo de frérots, cf. Eugen, Diable doté d’ubiquité, au patronyme explicite, dispose d’une dimension méta de bon aloi, possède un rythme dynamique, se soucie du son à bon escient, démontrant, si besoin, que le ciné muet s’avère souvent parl...