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Affichage des articles associés au libellé Statut du visage

Someone to Watch (Over) Me

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  Souvenir d’un visage, description d’un paysage… Enfant sauvage à la François Truffaut ? Femme de trente ans à la Balzac ? Un peu, peut-être, puisque Jacqueline Waechter alors trentenaire, à l’instant où elle pose, se pose, devant l’objectif subjectif d’une connaissance d’enfance – mais, justement, sans prendre la pose, sans poser pour la postérité. Observer ce visage avancé, à la tête un brin baissée, en clair-obscur composé, revient, bien sûr, à revenir vers un personnel passé, pour le lecteur en ligne étranger, pour le complice correspondant en partie, en pudeur, partagé. Sa biographe Camille Stern évoque les tournesols domestiques, esseulés, de van Gogh, les œuvres de Giacometti, son visage à lui, la révélation de Venise, l’épiphanie de Pompéi, des cinéastes d’Italie, l’appartement d’Apollinaire, tout ceci se retrouve ici, stade, station, informe en filigrane les traits, leur confère une force fragile, une intensité intérieure. Le modèle, doté de mystère, dava...

Je hais les acteurs : Paradoxes sur les comédiens

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Repoussons les récompenses régressives, misons sur une harmonie à maintenir. Le cinéma n’appartient pas aux spectateurs ni aux producteurs, aux réalisateurs, aux scénaristes : il appartient aux acteurs et aux actrices qui s’y risquent en Narcisse, qui paient leur provisoire immortalité au prix de leur mort filmée. Soixante ans d’auteurisme étasunien ou hexagonal ne sauraient masquer la populaire évidence de la présence-absence de l’acteur – j’utilise ici à dessein le masculin générique, pas de piètre procès en misogynie, merci –, matériau-héros de facto . Pour la majorité du public, « un film de » équivaut souvent et à raison à « un film avec », n’en déplaise à la cinéphilie élitiste, désormais numérisée, méprisant le quidam inculte, la populace du samedi soir et les béotiens incapables de rester assis jusqu’au générique de fin. Ceci se vérifie aussi dans la pornographie, cependant peu soucieuse de narration, de caractérisation, d’identification, pour...

Les Masques de la nuit

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Cinégénie de l’anthropométrie… Le visage des fous à l’asile et des mystiques au couvent, dérangé, dérangeant, inconnu, inconvenant. La face défaite de la femme en train de jouir ou d’accoucher, le scandale spéculaire de l’actrice de X et du survivant d’Auschwitz. La gueule dans la glace et de l’autre côté du miroir des traits perdus à jamais, inaccessibles, évanouis. Un phénomène extraordinaire orne l’écran, survient tant qu’il en devient banal au fil des films et des ans. Agrandissement, macroscopie, hypnose, anamorphose. Le visage-paysage, l’étalage des images, le grain de la peau luisante de lumière artificielle. Harcourt mon amour. Petites connes ou déesses sans tendresse miraculeusement et mécaniquement parvenues au statut d’icônes et d’ogresses. S’enfouir dans leurs yeux et leurs bouches, les pénétrer par procuration comme l’homme rétréci de Pedro explorant l’utérus endormi à la Bertrand Blier. Lèvres peintes, exposées, en doublure licite des secondes, cachées, intimes,...

Volte-face

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Les cheveux, le front, les sourcils, les yeux, le nez, les joues, les oreilles, la bouche, le menton, le cou – et au-delà de tout cela, quelque chose de vivant, de mouvant, d’émouvant, à la fois crâne et diamant…   Il faut qu’on reprenne forme humaine Zazie, Larsen David Pujadas liquida l’autre soir l’information en une dizaine de secondes, s’en débarrassa tel un kleenex usagé, en parfait petit représentant de l’aléatoire temporalité médiatique, alors que sa profession se repaissait du résultat de l’opération voici une dizaine d’années : Isabelle Dinoire, première femme greffée du visage, venait de succomber à un cancer , non scientifiquement relié à son traitement antirejet, avertit ensuite le bien nommé « corps médical », lui-même porté au silence éloquent (personne pour communiquer à propos d’un échec, sinon pour le minimiser), puisque le décès survint en avril de cette année. Par-delà des questionnements éthiques évoqués en lien, pourquoi et en quoi ce...

Le Miroir à deux faces : Voir vraiment le visage

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Face à face, volte-face et face à l’effacement… Le cinéma pourrait renoncer à beaucoup, y compris à lui-même, mais en sacrifiant la face humaine, il perdrait son humanité. Les informaticiens le savent bien, les programmateurs de « capture du mouvement » ne l’ignorent pas : il faut recouvrir la face du modèle de capteurs permettant de la modéliser, de donner corps à une chimère binaire à base de pixels . Sans ces informations à la source, sans ce réseau de fils, la créature des Frankenstein du divertissement et de la publicité se montrerait encore plus ratée que le bâtard engendré un soir de canular par Mary Shelley, puis magistralement adopté par James Whale, Boris Karloff et Jack Pierce. De même que la rotoscopie aligne le dessin (animé, mû par une âme, donc) sur le corps en mouvement, les CGI (de Zemeckis en train, ou leur making-of par Carax en limousine) se branchent littéralement sur la tête anonyme à reproduire, à trahir, à pétrir, selon les d...