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Affichage des articles associés au libellé Paul Verhoeven

Mission Maman

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  Exils # 164 (02/02/2026) Parmi des familles et des enfants attentifs, on découvre avec Le Robot sauvage (Sanders, 2024) l’équivalent américain de Flow (Zilbalodis, 2024) l’européen, puisque les deux dessins animés, par ordinateur idem engendrés, manient le même matériau : des animaux, de l’eau, des hommes évaporés ou à la périphérie de la géographie (du récit), une certaine idée de la solidarité. En dépit d’une interprétation réductrice, applicable et appliquée aux films dits horrifiques, il semble que le darwinisme ne se réduise en vérité à une évolution sélective, incontournable et défavorable aux espèces les plus faibles. La (sur)vie dépendrait aussi de l’adaptabilité, de l’altérité, d’une dialectique pragmatique. In extremis mis en abyme, car lecture de catalogue au lieu de projection publicitaire, le conte anticonformiste produit par DreamWorks carbure à la concorde, à la « trêve » hivernale et amicale, à l’altruisme démocratique et bien sûr à ...

Élémentaire, ma chère Watson

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  Exils # 150 (15/12/2025) L’ambiguïté de Rosemary’s Baby (Polanski, 1968) ? Le dolorisme de L’Emprise (Furie, 1982) ? La chronologie de Lucky (Kermani, 2021) ? Périmètre mortel (Red, 2008) s’en moque à la truelle, malmène Famke Janssen qui se démène, se souvient de Verhoeven ( Hollow Man : L’Homme sans ombre , 2000), l’invisible devient visible via le sang de l’amant, violence virtuose, payer de sa vie le prix d’une nuit d’humide défi, logique symbolique empreinte de puritanisme. Si le synopsis se résume à ceci : une ex -détenue homicide affronte à domicile le fantôme d’un flic, la scène de ménage ne ménage ses dommages et mérite quelques lignes à demi laudatives. Nanti d’un titre d’origine programmatique ( 100 Feet ), assez bien adapté en français, ce survival marital, au final infernal, demeure en flammes, telle jadis la chaufferie du Freddy des Griffes de la nuit (Craven, 1984), naturalise le fantastique, n’en fait une affaire de subjectivité f...

L’Arroseur à Rosay

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  Exils # 141 (18/11/2025)   En dépit d’une note d’intention de bon ton, La Kermesse héroïque (Feyder, 1935) ne succombe au picturalisme, car cette « farce héroï-comique » déclarée fictive, sinon inoffensive, ne manque de mouvement, à la grue notamment. L’auteur de L’Atlantide (1921), Crainquebille (1922), Visages d’enfants (1925) ou du Grand Jeu (1934) certes profite d’une impeccable direction artistique, concoctée par les cadors d’alors, Benda, Meerson, Trauner, Wakéwitch et compagnie, mais jamais ne s’immobilise ni ne s’endort sous le poids des costumes ou du décor. Sept ans avant Les Visiteurs du soir (Carné, 1942), réalisé par son ancien assistant, il raconte un conte de passage et de passé, propice à être (sur)interprété, contexte historique oblige. Retoqué par Korda et la UFA puis produit par la Tobis, ce succès en salles adapte une nouvelle de Spaak, datée d’une huitaine d’années, chèrement et peu cordialement payée, recrée le comté de Flandre du côté...

Peau d’âme

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  Exils # 61 (12/11/2024) Car la poudre et la foudre c’est fait pour que les rats envahissent le monde Claude Nougaro, Tu verras « La peste est partout » et les rats itou, les vrais dressés par un certain John Holmes, homonyme de célèbre acteur classé X. Demy ne se souciait de réalisme ni de politique et pourtant sa relecture d’une moralité toujours d’actualité s’en rapproche assez. Longtemps avant Rachida Dati & Michel Barnier, on s’y préoccupe en effet de financer une cathédrale, de trouver illico de nouveaux impôts, celui sur le sucre séduirait notre médiocre modernité, si soigneuse de sa santé. Dans Les Parapluies de Cherbourg (Demy, 1964), l’enchanteur de malheur ne filmait pas les fameux « événements d’Algérie » mais leurs conséquences en France, grâce à un garagiste épris que l’on qualifierait aujourd’hui souffrant de « stress post-traumatique ». Ici, la satire s’immisce au sein malsain des coulisses, dévoile les jeux et les enjeux...

Les Jeux d’Elsa

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  Exils # 37 (12/06/2024) « Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire » écrivait le résistant Aragon (Les Yeux d’Elsa ) : avouons vite ne conserver de Di Di Hollywood (2010) que le souvenir d’un ultime titre anecdotique, comme si le fréquentable et toutefois inégal Bigas Luna ( Angoisse , 1987 ; Jambon, jambon , 1992 ; Bambola , 1996), décédé ensuite d’une leucémie, délivrait ainsi son Showgirls (Verhoeven, 1995) à lui. Le moralisme méta, la satire réflexive, le vide obscène des riches et des célèbres, on les laisse à ceux qu’ils intéressent, on attend davantage des images que la démonstration de leurs mirages. Mais l’on y remarqua, oh oui, la remarquable Pataky, Diana Diaz – clin d’œil de dédoublées initiales à notre Brigitte Bardot nationale – sur le podium puis dans l’impasse. Telle la courageuse Elizabeth Berkley, Elsa Pataky subit quelques moqueries, son physique impeccable, souligné par le sensuel Bigas, la rendant presque suspecte, to...

Le Cerveau

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  Un métrage, une image : Le Quatrième Homme (1952) L’intitulé français évoque Verhoeven ( Le Quatrième homme , 1983), toutefois Kansas City Confidential ne comporte aucun écrivain crucifié en culotte écarlate, même s’il s’agit aussi d’un récit de rédemption. Produit par Edward Small ( Marché de brutes , Mann, 1948), réalisé par Phil Karlson ( tandem de Matt Helm , en 1966 et 1968 puis Ben , 1972), cinéaste estimé d’un certain Scorsese, coécrit par Harry Essex ( Le Météore de la nuit , L’Étrange Créature du lac noir , Arnold, 1953, 1954), éclairé par le DP George E. Diskant ( The Bigamist , Lupino, 1953), pourvu d’un casting choral irréprochable, flanqué d’un Mexique fictif, matrice apocryphe de L’Affaire Thomas Crown (Jewison, 1968), voire de Reservoir Dogs (Tarantino, 1992), tombé dans le domaine public, disponible en ligne en VF vintage , ce métrage dégraissé, pas désossé, carbure au braquage d’entrée, fi du fleuriste floué, aux masqués le million en billets, l...

Fellini Roma : Main basse sur la ville

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  À Hiroshima ou à Roma, rien tu ne verras… Fellini (me) fatigua dès Huit et demi (1963), film fatigué, en effet, son Roma se fonde sur la boursouflure, ce faste fait pâle figure, a fortiori comparé aux topographies épurées, similaires et différenciées, de Pasolini ( Mamma Roma , 1962) & Moretti ( Journal intime , 1993). S’il dialogue avec Amarcord (1973), si l’affiche – une louve humaine à trois mamelles, le Verhoeven de Total Recall (1990) les vole et en rigole – affola les féministes, qui sans doute, en outre, durent s’effarer de La Cité des femmes (1980), s’il développe Les Vitelloni (1953), revisite La dolce vita (1960), se souvient de Satyricon (1969), amplifie l’ethnographie fantastique du sketch poesque de Histoires extraordinaires (1968), Roma annonce surtout, en sourdine, le désenchantement et la déprime des Clowns (1970), du Casanova de Fellini (1976), autre annexion-appropriation explicite. Le festif et le funeste une nouvelle fois se tressent, en...

Le Silence des agneaux : Promising Young Woman

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  Bouffe & Buffalo, délice et supplice… I’m a little lamb who’s lost in the wood I know I could always be good To one who’ll watch over me Sting Une jeune femme court dans des bois, au cours du conte à trauma , un loup cannibale elle rencontrera. Comme elle s’active du côté de Quantico, on devine illico son boulot, on l’accompagne sur son parcours de santé d’agent pas secret. De façon assez symbolique et surtout physique, elle arpente une descente en se tenant de toute sa force à une corde, tiens bon, Clarisse, gare à la glisse. Arrivée au sommet, elle prend à peine le temps de regarder autour d’elle, arbres noirs de décharné désespoir, lac patraque, brume lugubre, d’écouter les cris de corbeaux à la Poe, virginale Virginia, oui-da, au sein de ce décor naturel aussi sombre et gris que ses habits, beau boulot du fidèle dirlo photo Tak Fujimoto, un volatile s’envole, le steadicam la frôle, la musique magique signée Howard Shore l’escorte. Le rythme s’accélère, le ca...

Eve of Destruction : Hommes, femmes, mode d’emploi

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  Veille de vide ? Divertissement lucide… Petite pépite portée par une dédoublée Renée Soutendijk, cet item méconnu mérite d’être reconnu, en raison de son scénario assez subtil, co-signé par Yale Udoff ( Enquête sur une passion , Nicolas Roeg, 1980), certes desservi par la mise en forme fonctionnelle de l’ ex -clipeur britannique Duncan Gibbins, auteur du (trio) molto hétéro Careless Whisper de George Michael , d’ailleurs décédé incendié prématuré, ton chat au milieu des flammes de California chercher tu n’iras. L’actrice irrésistible du Quatrième Homme (Paul Verhoven, 1983) incarne donc, littéralement, à chaque plan éclatant de sa beauté, de son talent, un robot bientôt loco et une scientifique pas si amnésique. Film féminin propice à séduire les cinéphiles féministes, Eve of Destruction (1991), à ne pas confondre avec la protest song homonyme immortalisée par Barry McGuire , appréciez au passage le jeu de mot anglais sur le prénom très connoté, aussi intitulé en f...

Mado

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  Un métrage, une image : Minuit… quai de Bercy (1953) Pour Jacqueline Occise par Madeleine l’actrice, Mado la concierge pratiquait l’attraction/répulsion à répétition, à rêve d’évasion, le chantage sans ambages, accessoirement le mortel accident d’enfant, alors le méconnu Minuit quai de Bercy , signé d’un « artisan » transparent, illico entrecroise L’assassin habite au 21 (Clouzot, 1942), encore huis clos, idem situé à Montmartre, et Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Petri, 1970), autre renversement de rôles, plus violent et plus drôle. Mademoiselle Robinson, à la Mrs . Robinson de Garfunkel & Simon mes salutations ( Le Lauréat , Nichols, 1967), incarne donc la dame endeuillée d’un « criminologiste » passionné courtisée par un flic fatigué. Cette « femme supérieure », telle l’appelle l’épicier salace, (dé)croise ses jambes aussi bien qu’une certaine Sharon Stone ( Basic Instinct , Verhoeven, 1992), pourtant pas de pi...

Hyènes : Money Monster

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  Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de   Djibril Diop Mambéty. A film is a kind of meeting; there is giving and receiving. Now that I have made it, Hyènes belongs as much to the viewer as to me. You must have the freedom and confidence to understand and critique what you see. DDM Dans Zombie (1978), autre conte anticonsumériste du capitalisme comme cannibalisme, Romero accomplissait un caméo de réalisateur de JT très débordé ; dans Hyènes (1992), Diop Mambéty s’octroie le rôle d’un ex -magistrat, « de mes deux », vitupère l’épicier populaire puis sacrifié, manière de (se) mettre en abyme mais aussi à distance le « didactisme » de l’ensemble. Le fils d’imam pourrait prêcher, désirer condamner, il se contente d’observer, avec une clarté cadrée au cordeau, de son chœur en couleurs les quelques qualités, les dangereux défauts. Au terme de la moralité pas si manichéenne, moins douce qu’amère, Draman disparaît, s’évapore...