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Affichage des articles associés au libellé Robert Altman

Venise en Italie

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  Exils # 98 (26/03/2025) Moins émouvant que L’Anti-gang (Reynolds, 1981), moins réussi aussi, Banco (Richards, 1986) possède cependant quelques éléments intéressants. L’ouverture divisée, en montage alterné, affiche deux motifs et deux formes de violence : celle « faite aux femmes », dénomination de discrimination et de victimisation désormais à la mode, celle entre hommes, emmerdeur de dame costaud – et joueur de billard, la queue, les boules, Freud roucoule – contre « crevette » dégarnie [1] le mettant au tapis. Si la première impressionne, rappelle illico les marches au tombeau de Blue Velvet (Lynch, 1986) et Twin Peaks: Fire Walk with Me (Lynch, 1992), la seconde s’avère vite autant truquée qu’un match de catch. Les situations en opposition carburent donc à la lutte de pouvoir, voire de territoire, matérialisent une masculinité enténébrée au carré – tout se situe de nuit – à vomir ou à sourire. Tandis que la craintive puis conquise compagne du...

Road House

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  Mystères de l’amour, misères de la mort… Au début de ce mois, Julee se suicida. En plus du lupus , salut à Seal & Selena, elle souffrit, semble-t-il, d’une dépression, dit-on. Soixante-cinq années représentent peu, par rapport à la majorité, à l’humanité, à l’éternité, toutefois lui suffirent à acquérir l’immortalité impressionniste du souvenir. À l’orée du CV, la voilà en Iowa ; au terme d’une brève vie, ternie par la maladie, elle s’endort du grand sommeil au sein du Massachussetts, les Bee Gees en gémissent. Entre-temps, la jolie Julee ne perdit pas de temps, collabora un paquet de fois, bien sûr scella son destin illico , au sommet de pics jumeaux, parmi deux hommes pas à la gomme, quel bien beau trio que celui-ci, David Lynch, Julee Cruise, Angelo Badalamenti. La fifille de dentiste, par un fil suspendue dans les airs jadis, puisque première symphonie industrielle, créée par le précité tandem , se fendit en sus de diverses reprises, de Bowie & Eurythmics, étra...

La Maison aux esprits

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  Un métrage, une image : Downton Abbey II : Une nouvelle ère (2022) Même muni d’une mise en abyme, même en mode méta, on ne décèle pas un seul instant de cinéma au sein de ce téléfilm de luxe, issu de la célèbre série télévisée à succès, sinon disons à l’occasion d’une surimpression de disparition, retrouvailles de retour au bercail substituées de façon feutrée à la foule des funérailles. Le mélodrame historique de Curtis ressuscite ainsi et aussi le tourisme sudiste du compatriote Hitchcock ( La Main au collet , 1955), mais l’œcuménisme assumé du scénario signé de l’incontournable et oscarisé Julian Fellowes ( Gosford Park , Altman, 2001) se situe en réalité du côté de E.T., l’extra-terrestre (Spielberg, 1982), autre récit de sociologie, de territorialisation des relations, L’Homme tranquille (Ford, 1952) à la place de Chantons sous la pluie (Donen & Kelly, idem ), pardi, dénoue tout, transforme in extremis la star insupportable en fragile orpheline, de sa sœur,...

Le Château du dragon

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  Un métrage, une image : Adieu ma jolie (1975) Du téléfilm cacochyme, d’ailleurs pré-vendu à la TV, sous l’égide de Lew Grade ( Le Retour de la Panthère rose , Edwards, 1975, Ces garçons qui venaient du Brésil , Schaffner, 1978, Sonate d’automne , Bergman, idem ) déposé, du responsable des estimables Il était une fois la Légion (1977) et Banco (1986) cependant signé, où Mitchum adresse discrètement un regard caméra, vous savez tous ce que je fous là, en effet « fatigué », je me fais un peu de fric, en star quasi au rencard, presque cynique, sur le point de rempiler, pour encore un remake relooké ( Le Grand Sommeil , Winner, 1978), on se souviendra surtout du charme amusé, appliqué, à main armée, de Charlotte Rampling, « femme fatale » de sous-titres français, « dragon lady » de VO eh voui, de la sensualité alcoolisée, désabusée, de Sylvia Miles, croisée dans Macadam Cowboy (Schlesinger, 1969), aperçue ensuite selon La Sentinelle des ma...

Scènes de la vie conjugale

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  Un métrage, une image : Elle court, elle court, la banlieue (1973) Il faut beaucoup aimer l’aimable Marthe Keller afin de s’infliger ce film infime... Avant de servir la soupe d’entourloupe, plutôt la bouillabaisse bien épaisse, au sinistre Besson, avec Taxi (1998), pardi, Gérard Pirès bossa quatre fois en compagnie de Nicole de Buron. Après Erotissimo (1968), avec une Annie Girardot au boulot sur sa libido , précédant de deux ans le joyeux Attention les yeux   ! (1975), avec un Claude Brasseur de Stendhal lecteur métamorphosé en pornographe amateur, Elle court, elle court, la banlieue (1973) transpose un opus de la spécialiste en urbanisme Brigitte Gros et s’inscrit ainsi au creux d’un sillage disons sociologique. À la suite de la sexualité médiatisée, à côté du sexe filmé, Pirès prie le spectateur de s’intéresser à l’insanité quotidienne, guère sereine, d’un couple de banlieusards à la fois en avance, sur sa déchéance, et en retard, à la gare, au plumard, le s...

La Fille de tes rêves : Laissez-passer

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UFA ? Fallait pas… À double sens, le titre original explicite l’enjeu du jeu sérieux : la prunelle de tes yeux implique un bien précieux, amoureux, une manière de voir mieux. En mode méta, Fernando Trueba s’inspire plus ou moins du CV d’Imperio Argentina et semble relire le Ernst Lubitsch de To Be or Not to Be (1942). En réalité, sa satire assez soignée – Javier Aguirresarobe éclaira Les Autres (Alejandro Amenábar, 2001), Parle avec elle (Pedro Almodóvar, 2002), La Route (John Hillcoat, 2004), Warm Bodies (Jonathan Levine, 2013) – ne se hisse jamais au-dessus du niveau falot d’un téléfilm de luxe poussif, poussiéreux. Malgré la présence du scénariste Rafael Azcona, collaborateur régulier de Marco Ferreri & Carlos Saura, citons les réussites sarcastiques de La Petite Voiture (1960), Peppermint frappé (1967), Anna et les Loups (1973), Touche pas la femme blanche ! (1974), du compositeur Antoine Duhamel, partenaire poétique privilégié de Jean-Daniel Pollet ( Mé...

Images : Oh, Susanna!

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Bal(l)ade irlandaise ? Enfantillages et fadaises… À Franck Ferreira, affaire de faux hasard En 1972, à Dublin, Robert Altman se renie à demi. Il évacue le choral, il conserve le théâtral. Drame de chambre, à coucher, à photographier, Images dure cent longues minutes et s’achève par une chute, au propre, au figuré. Sous sa douche à la Psychose (Alfred Hitchcock, 1960), l’héroïne pousse un cri prolongé par les percussions ponctuelles, stridentes, et la cascade rurale, renversant le mouvement ascendant, reprenant le plan en grue descendante du début, dévoile le véritable cadavre, celui du mari transi. Quand la gamine, aux faux airs de sœurette, lui demande comment elle-même s’occupait à son âge, sa « meilleure amie » lui répond qu’elle se racontait des histoires. Adulte, elle continue, elle passe son temps à cela, et Altman filme en mode méta son imagination en effet « délirante », son solipsisme de saison, automne d’intériorité, d’amours endeuillée...