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Affichage des articles associés au libellé Gilles Grangier

Balades à Biarritz

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Exils # 1 (10/02/2023) Dans Le Voyage à Biarritz (Grangier, 1963), titre programmatique, le spot impérial apparaît presque un paradis d’utopie, une forme de graal familial. Idem père amer, Fernandel doit déjà se déplacer, même seulement en pensée : il ne s’agit pas encore de retrouver une fille prostituée ( Le Voyage du père , Denys de La Patellière, 1966), mais cette fois un fils ingrat. Escorté d’une Arletty délocalisée, le Provençal rêvasse donc à cette destination, à cette réunion. La brume d’écume, ou du plâtre des façades, car Biarritz semble souvent en travaux, sans cesse rénovée, partie perdu d’avance contre l’érosion, l’abandon, la morte-saison ; le soleil aussi blanc que le crémeux ou mousseux océan en mouvement ; la pénurie de passants, en dépit d’un hiver quasi caniculaire – tout ceci confère en effet à la petite ville maritime un aspect fantastique, une aura onirique, une saveur sucrée salée de songe instantané. Ainsi, aujourd’hui, à demi endormie, Biar...

Les Enfants du désordre

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  Un métrage, une image : Rue des prairies (1959) Denys de La Patellière ne possède le moindre soupçon de personnalité, il se repose sur les personnages, leurs paroles, leurs interprètes, à savoir sur le travail valeureux et savoureux du tout sauf tocard Audiard. Mélodrame familial divisé en deux temps, le passé, le présent, Rue des prairies dispose d’une scène dite d’exposition assez excellente, modèle de litote dépouillé de parlote, où explose en silence l’éloquence de la présence de Gabin déguisé en prisonnier guerrier émancipé, endeuillé, cocufié, donc doté d’un « fils préféré », émouvant « délinquant » de Dumas à défaut de celui de Nicole Garcia. Ensuite, ça se complique, le bâtard se bagarre, sa sœur et son frère font la paire, tandem pragmatique de réussite cynique. Tout se termine au tribunal, père accablé, « mineur » libéré, amour masculin jamais mesquin formulé enfin. L’adaptateur/dialoguiste s’y connaissait en cyclisme, il esquiv...

Petit pays

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  Une œuvre, un plan : Vive la France (1974) « Cher et vieux pays » : produit par André Génovès, proche de Chabrol, co-monté par Jacqueline Thiédot, assembleuse attitrée chez Grangier, (Denys de) La Patellière, Sautet ou Giovanni, peut-être inspiré par un livre homonyme paru en 1973, ce « point de vue documenté » point à la Vigo ne connut le succès en salles, le voici désormais ressuscité, sinon plébiscité, en ligne, magnanime. Durant une heure dix, Audiard déride notre histoire, pas celle de Michelet, Foucault ou Castelot, de (Bertrand) Blier ni Delon, fameux admirateur d’un célèbre résistant londonien ici réduit à rien, à un ersatz de Zorro réduit à zéro. Tressage d’anciennes images, de citations en situation, de chansons de saison(s), pas seulement susurrées par Salvador, l’ opus paraît à présent impossible à reproduire tel quel, en raison d’évidentes raisons de bienséance, de bien-pensance, de moralisation, de victimisation. Certaines sensibili...

En légitime défense : Mon ami Pierrot

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  Honneur ou déshonneur ? France d’autrefois, ma foi… À la (mer)veilleuse Jacqueline Waechter Dialogué par le dédoublé Frédéric Dard, quel drolatique lexique, quel délectable caviar, Audiard déjà se marre, voici donc un dilemme un brin cornélien : (sur)vivre en victime, ou tenter sa chance en balance ? Cette contradiction contamine le film, car en apparence, En légitime défense (Berthomieu, 1958) donne à (re)voir tout ce que la Nouvelle Vague vite vomira, du cinéma estampillé de papa, molto en studio, avec rien au sein du gros ciboulot. On peut ainsi supposer que l’explicite Clitopoulos Marguerite de Rosy Varte en éreintée prostituée, touristes multipliés, ensuite occise dans la folle foulée par le Minos pornophobe de Peur sur la ville (Verneuil, 1975), ne dut amuser le Michel Poiccard poissard de Truffaut & Godard ( À bout de souffle , 1960). Quant à la fusillade finale, moralisatrice, in extremis , qui associe, en montage alterné, olé, une rampe de p...

Meurtre en 45 tours : Week-end

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Un aveugle à violon, une justice à l’unisson – DD sans Daredevil… On croit reconnaître vite la chanson des Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955), mais cette nouvelle adaptation du tandem Boileau & Narcejac ne joue jamais la même partition. En résumé, il s’agit d’un téléfilm inoffensif, commis par le méconnu Étienne Périer, ensuite, logique, reconverti à la TV. Celle-ci, qualifiée de « truc » par le musicien méprisant, peu soucieux de sa domesticité, formate le métrage et son paysage, s’incruste en incrustations de saison, en grosse caméra méta. Apparemment transparent, l’argument implique des transparences assez rances et surtout un ménage à trois entre bourgeois. La chanteuse amoureuse, l’amant désarmant, même armé, le compositeur à la froide fureur, petit plaisantin d’outre-tombe : le vaudeville vire vers le suspense paupérisé, la voiture s’envole vers un vrai suicide. Le spectateur patient apprend durant la dernière scène, par la bouche du commissa...