Articles

Affichage des articles associés au libellé Jerzy Skolimowski

Bons baisers de Sibérie

Image
  Exils # 99 (27/03/2025) Si Mazeppa (1993) plut au public cannois, si la Commission supérieure technique (désormais de l'image et du son) le récompensa, l’hivernal Chamane (1996) reçut un accueil glacé, le cinéaste en ressorti blessé, sa caméra mit de côté. Tandis que Marin Karmitz produit, voici Bartabas en Sibérie, en train de mettre en images, durant un agité tournage ( budget à demi dérobé, matériel presque bon pour la poubelle, météo tout sauf au chaud), le scénario d’un second spécialiste des chevaux dénommé Jean-Louis Gouraud, qui transpose à l’écran l’un de ses romans, a priori inspiré d’une histoire vraie, au sous-titre explicite : Riboy : fugue pour un violoncelle. L’étrange pérégrination dans la taïga d’un musicien et de son extraordinaire petit cheval bigarré . Film en majorité mutique, au picaresque pas trop épique, ponctué de rencontres avec des excentriques (cosaque en side-car , capitaine à quai), moins en mouvement que l’homonyme synchrone de l’incorrig...

London Calling

Image
  Un métrage, une image : Les Promesses de l’ombre (2007) Cinq années après Spider (2002), Cronenberg re-tourne en Angleterre, illustre un script signé Steven ( dark ) Knight, joli récit de nourrisson, prostitution, traduction, infiltration, rédemption, consécration. A History of Violence (2005), avec encore l’évocateur et laconique Viggo Mortensen, aussi une histoire de présent pollué par le proche passé, de double et douloureuse identité, de famille dé- puis recomposée, idem doté d’un moment d’affrontement tétanisant, mais alors à main armée, pas au couteau près de la peau, prenait congé via un repas attablé, pardon (des rejetons) ou non. Les Promesses de l’ombre (2007) se termine sur une gamine adoptée, un homme esseulé, « roi » de désarroi, tandis que la voix off d’outre-tombe rappelle au spectateur les raisons de son exil (intérieur) de malheur, à base d’illusions d’adolescence, de désir d’une « meilleure » existence, coda davantage tragiq...

Soleil de nuit : Été 85

Image
Figures en effet imposées, rideau de fer in fine relevé… Foucault affirmait le corps politique, Hackford affiche le corps poétique, ce qui s’équivaut, surtout en deux beaux duos. Au sein de Soleil de nuit (1985), chorégraphié par Twyla Tharp ( Hair , Miloš Forman, 1978, Ragtime , Forman, 1980, Amadeus , Forman, 1984), co-écrit par James Goldman ( La Rose et la Flèche , Richard Lester, 1976), éclairé par David Watkin ( Les Diables , Ken Russell, 1971, Les Chariots de feu , Hugh Hudson, 1981, Yentl , Barbra Streisand, 1983, Out of Africa , Sydney Pollack, 1985), monté par les Steinkamp père & fils ( On achève bien les chevaux , Pollack, 1969, Fedora , Billy Wilder, 1978, Tootsie , Pollack, 1982 ou Contre toute attente , Hackford, 1984), Baryshnikov & Hines, confrères d’Astaire & Kelly, dansent sous la caméra de vidéo-surveillance du cinéaste-acteur Jerzy Skolimovski. Plus tard, la mise en abyme jouera sur la nostalgie, notre Icare exilé regardant son rajeuni refl...

Runaway Train : À nous la liberté

Image
Aller simple, itinéraire d’enfer… « Manheim est un animal » + « Vous êtes une bête ! »/« Pire que ça : un humain ! » puis, in extremis , une citation de Richard III , déductive, paradoxale, sur la férocité de la bestialité dotée de pitié, sur son absence chez l’homme, en tout cas ce roi-là : ainsi se résumerait la moralité de cette traque existentielle, conduite par Kontchalovski presque en Russie, sise en Alaska d’après Kurosawa, concoctée par une Cannon cannoise, alors en quête de respectabilité, à défaut de liberté, financière d’auteurisme bon teint, demandez à Altman ( Fool for Love 1985), Cassavetes ( Love Streams , 1984), Godard ( King Lear , 1987), Schroeder ( Barfly , 1987). Runaway Train (1985) ou la correspondance, judiciaire, ferroviaire, de L’Empereur du Nord (Aldrich, 1973) pour L’Évadé d’Alcatraz (Siegel, 1979), Voight & Ryan substitués à Marvin & Borgnine, Eastwood & McGoohan ? Oui et non, car une femme fait partie ...

Le Mur invisible : The Last Winter

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Julian Roman Pölsler. Coiffée comme Renée Falconetti relookée par Dreyer, Martina Gedeck écrit. Via la voix de Martina, l’allemand perd sa rugosité culturelle depuis un dictateur éructant. Dans le chalet assombri par l’hiver, Martina se souvient, retrace l’impensable, à l’aide d’un calendrier, de papier recyclé. Martina, auteur amateur, confère à l’écriture son ultime nature, sans le savoir, en le sachant mieux que quiconque : un garde-fou contre la folie, un rempart contre l’oubli, un mur de mots contre l’absence. Le mur de Martina ne se trouve pas à Berlin en pleine séparation estivale de 1961 ni dans l’Amérique à la Norman Rockwell de Stephen King. Le dôme de Martina ne se voit pas, se signale par un signal sonore, drone emprunté à David Lynch, par un étalement des paumes sur la paroi, de l’écran de la salle, de la TV, du PC. Martina peut faire penser à Robinson et à ses avatars chez Geoff Murphy, Pete...

Quatre nuits avec Anna : La La Land

Image
Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Jerzy Skolimowski. Voici un film tout sauf financé par l’OTSI de Varsovie. Dans un village à la Béla Tarr, un vieux garçon à la Bruno Dumont vit une Brève histoire d’amour à la Kieślowski. Enfant naturel, adulte esseulé, abusé (littéralement), ancien témoin accusé à tort d’agression sexuelle, occupé à cramer des macchabées puis licencié puisque l’on ferme l’incinérateur (un salut à Juraj Herz), crise oblige, le pauvre Léon enterre sa grabataire de grand-mère, contemple, en larmes, un feu de joie et de chagrin qui dévore les maigres biens de la défunte (boîte à musique comprise), achète une bague diamantée très chère avec ses indemnités d’homme à tout faire d’hôpital, qu’il dépose sur le lit de sa chère voisine, espionnée tous les soirs (« Je vois une femme », dit-il à la tombe fleurie de l’aïeule), infirmière trentenaire et accessoirement victime entrevue, guère secourue, de naguère. Le spectacle noct...