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Affichage des articles associés au libellé Joe Hisaishi

La Fille et la Forêt

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  Exils # 156 (14/01/2026) Brillant brouillon de Princesse Monoké (Miyazaki, 1997), Nausicaä de la vallée du vent (Miyazaki, 1984) se révèle vite un film de science-fiction et d’animation sous influence française et américaine, reprenant d’évidents éléments de La Planète sauvage (Laloux, 1973) et de Dune . Il évoque aussi Lawrence d’Arabie (Lean, 1962), La Vallée perdue (Clavell, 1971) et, titre compris, Le vent se lève (2013). Placé sous le double signe sinistre de la « pollution » puis de l’atomisation, mis en abyme dès le générique de la tapisserie prophétique, il s’agit d’un film dont le pacifisme animiste transforme in extremis le messianisme promis en féminisme œcuménique. Orpheline puisque parricide, sympa Yupa ou pas, la guerrière pubère prend peur et conscience de sa propre « violence », se convertit à la diplomatie, au final se « sacrifie » – et ressuscite à la suite d’une lévitation digne du spécialiste Tarkovski ( Le Miroir , 1975...

G(r)osse frayeur

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  Exils # 29 (15/04/2024) En 1988, surprise œcuménique presque archéologique, on pouvait donc dessiner des sous-vêtements d’enfants, de la nudité humide, avec père pas pervers, un peu solitaire et universitaire, sans que personne ne s’étonne, ne trouve vite ces traits discrets très suspects. Autres temps, autres mœurs, esprit rebondi, à douce pilosité, de la fabuleuse forêt, fais que ma petite sœur ne meure, pourrait prier la gamine à moitié portée, animée, terme en contexte, par un fameux sentiment de culpabilité, tel le narrateur du crève-cœur La Cicatrice de Bruce Lowery, fraternel et enfantin, in fine orphelin. Film de « fantômes » et film de famille, mélodrame rural à l’hédonisme animiste, voire l’inverse, Mon voisin Totoro , au-delà de son estivale sensualité, de sa séduisante simplicité, donne à voir une réflexion en action sur la thématique dialectique de l’imagination, de la représentation. « C’était un rêve qui n’était pas un rêve ! » s’exc...

De la musique, des mots et leurs voix

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Quelques petites chroniques (notes vraiment musicales, disons) d’un cinéphile aussi mélomane… §   Les Plus Grands Tubes/Cinéma Anthologie parue dans une série classée peu coûteuse, confondant enfilage de « tubes » issus de longs métrages et musique de cinéma, dont on retiendra toutefois le rarissime thème de Lalo Schifrin pour le film d’horreur dite économique (oui, oui, comme chez Viviane Forrester à la suite de Rimbaud) Amityville : L a Maison du diable , composé en 1979 et qui conserve tout son charme vénéneux, aguicheuse berceuse avec chœur d’enfants sans cesse menacée par les dissonances aiguisées du Malin – à écouter autour de minuit , en compagnie de Monk, donc. §   Le Mépris de Georges Delerue Le thème de Camille, hélas repris et mis à toutes les (mauvaises) sauces depuis son éclosion dans le film de Godard en 1963, représente l’ossature et le climax d’une partition très courte : une quinzaine de minutes, dans laquel...

Après la pluie : The Blade

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Derrière ce titre, aux allures d’un morceau de Satie, se cache une émouvante fable morale sur la bienveillance, le déshonneur et la liberté, écrite par Kurosawa, filmée par Takashi Koizumi, son assistant et ami de trente ans. Le film, dédié à sa mémoire, s’ouvre d’ailleurs sur trois photographies en noir et blanc du réalisateur au travail. Élie Chouraqui, coproducteur inattendu, en raison du manque de financement international, nous apprend que la mort seule (et l’attente de l’actrice principale) l’empêcha de mettre en scène ce testament, qui s’abreuve à l’ensemble de sa filmographie, ainsi que le récit à l’eau du ciel ou de la terre, avec la présence concrète et symbolique d’un fleuve rappelant celui de Renoir. De ses premiers plans jusqu’au dernier, l’œuvre respire remarquablement, inscrite dans l’animisme de la culture asiatique, le shintoïsme « naturel » irriguant, entre autres, aussi bien La Harpe de Birmanie (notons que Koizumi travailla pour Ichikawa) que...