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Affichage des articles associés au libellé Satyajit Ray

La Stratégie de l’araignée

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  Un métrage, une image : Le Salon de musique (1958) À l’instar du Guépard (Visconti, 1963), encore un conte crépusculaire et solaire d’aristocratie supplantée par la bourgeoisie, de société du spectacle et des spectacles mis(e) en scène par elle-même, Le Salon de musique sa renommée mondiale mérite. Dès le générique explicite, le premier plan de mort-vivant, ce mélodrame – au sens étymologique du terme, donc drame musical – drolatique s’affirme un film fantomatique, sinon orphique. Roi déchu, roi nu, Roy se faisait figurer autrefois, tel le quatorzième Louis d’ici, son soleil à lui un lustre auguste. Parmi un palais hanté à la Poe, viré le ver conquérant, voici le triste Tufan, le vieil éléphant, un manoir à miroir, à désespoir, une araignée noire arpente le tableau trop beau, de l’ancêtre immaculé, présenté en anglais, langue de colon, langue d’éducation. Des chauves-souris à la Béla Lugosi occupent le couloir, des toiles arachnéennes recouvrent le cristal, le maît...

La Nuit bengali

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  Deux métrages, deux images : Charulata (1964) + Le Lâche (1965) Il convient de visionner d’affilée l’apocryphe diptyque, aussi funèbre que le célèbre Salon de musique (1958), remarquez le clin d’œil à la comédie musicale manière Mumbai, le concert à domicile, à coffre-fort de fric facile, le jazz d’impasse, de station-service pas si étasunienne, dommage, James M. Cain. Vaudevilles inversés, c’est-à-dire dramatiques, contes cruels découpés au scalpel, métrages méta aux accessoires sympas, lunettes et fenêtres suspectes, surcadrage d’exposition en plan-séquence, scénariste si triste, Charulata + Le Lâche ne se réduisent, n’en déplaise à leurs titres explicites, à leurs exégètes extatiques, d’hier et d’aujourd’hui, le principal intéressé compris, à des portraits de femmes, des études in situ , des moralités en circuit fermé. On reprocha parfois au réalisateur majeur un humanisme mimi, naïf, comme au confrère Kurosawa, admiré, admiratif ; rien de ceci ici, Dieu merci...

Un rickshaw à Mumbai : Le Triporteur

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Le compteur tourne, le tueur se retourne… When I’m ridin’ round the world And I’m doin’ this and I’m signing that And I’m tryin’ to make some girl Who tells me baby better come back later next week Cause you see I’m on losing streak Mick Jagger Sorte de C’est arrivé près de chez vous (Belvaux, Bonzel, Poelvoorde, 1992) délocalisé en Inde, Un rickshaw à Mumbai (Mittal, 2016) se souvient aussi de Cannibal Holocaust (Deodato, 1980), cependant les pauvres se substituent aux « peuplades », l’économique à l’ethnographique. Le spectateur, surtout occidental, sait par conséquent à quoi s’attendre, devine de loin la fin, a contrario des trois zozos derrière et parfois devant la caméra, censés réaliser un documentaire sur la misère, en réalité vite excités à l’idée de vendre leur snuff movie joli, imprévu, aux médias avides. « Les journalistes sont tous des salauds » affirme la deuxième victime masculine, sodomite adepte du shit , client récalc...

Manille : Adieu Philippine

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Suite à son visionnage sur le site d’ARTE, retour sur le titre de Lino Brocka. On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille On choisit pas non plus les trottoirs de Manille De Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher Maxime Le Forestier Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pangloss Une fille, la ville, l’exil. Surtout, une rue Miséricorde, une recruteuse Madame Cruz, un ange déchu appelé Paraiso, un ami prénommé Pol, l’inscription murale JESUS IS OUR SAVIOR, des retrouvailles ecclésiastiques, une séance du King of Kings (1961) de Samuel Bronston & Nicolas Ray. Ce chemin de croix sans foi ni loi, où chaque cercle infernal, banal, trivial, oblige Julio à tomber encore plus bas, jusqu’à son possible suicide, son lynchage probable, jusqu’à un terrible arrêt sur image en regard caméra, à peine contrebalancé par le souvenir ensoleillé d’une madone étranglée, ne pouvait pas ne point parler à un certain Martin Scorsese, notoire g...

Le Dernier Vice-Roi des Indes : Diplomatie

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  Un microcosme cosmopolite, une poudrière de frontières, une mémoire intime. « L’Inde est un navire en feu » résume poétiquement Pug le conseiller au candide Dickie : pour à peine quatre euros, dominicale séance sous-titrée de printemps, en tout cas au cinéma, voici votre serviteur anglophile illico transporté au creux d’un palais sucré-épicé en 1947. Quand la réalisatrice de Joue-la comme Beckham et Coup de foudre à Bollywood , pas vus, pas pressé de les voir, je l’avoue, se préoccupe de partition et de Pakistan, cela donne un peu Devdas sur La Route des Indes . Certes, le classicisme frise l’académisme et le complot s’apparente à une imposture. Churchill cartographe prophétique et cynique, épris du pétrole, protégeant l’Empire britannique de la Russie soviétique (et des USA en embuscade) ? Laissons les historiens (r)établir la véracité d’un récit de toute façon suspect, en effet toujours « écrit par les vainqueurs », précise un aphorism...

Prends, Seigneur, prends : Des hommes et des dieux

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz. Ma p’tite âme a mal Prends-moi nue dans tes bras Et on s’en ira loin si loin si loin Oh vieux Malin Laurent Boutonnat, Vieux bouc   À Pâques, on ressuscite, rassure le « scénario » catholique ; ailleurs, en Inde, les vivants s’adressent à leurs morts. Voici ce que montre, donne à entendre ce documentaire vu aujourd’hui (ou jamais, ouais). Prends, Seigneur, prends (superbe titre, érotique et pragmatique, appréciable même et surtout par un athée, un mécréant, un impie), nous plonge – il s’agit d’une expression littérale, cf. le caractère immersif revendiqué  par les auteurs – dans un festival mille fois plus passionnant que celui de Cannes, croyez-moi. Là-bas, tout près, dans la proximité de l’altérité, les cérémonies, les consécrations, les sacrements, les possessions s’enchaînent comme les images, sans fondus enchaînés, sa...

La Grande Ville : La Cité de la joie

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Suite à son visionnage sur le service Médiathèque Numérique, retour sur le titre de Satyajit Ray. Le Salon de musique , mélodrame étymologique et hypnotique, se situait dans une demeure-tombeau (hindou mais pas hindi, malgré une danse à la « Bollywood »), où agonisait avec délice dans la fumée (d’ opium de De Niro chez Leone ?) un vieil aristocrate viscontien allongé dans le lit (de mort) de son passé, rivière musicale et sépulcrale surplombée par un lustre de cristal ; La Grande Ville , œuvre vivante et gracile, à l’image de son héroïne-actrice, se déroule dans un appartement surpeuplé par la double famille du mari, espace réduit, admirablement saisi par une caméra fixe (mobilité de l’objectif en ville) aux mouvements de (échelle des plans, rythme du montage, fluidité des cent trente minutes) et à l’intérieur du cadre (cf. aussi le statisme dynamique d’un Ozu), tandis qu’une étincelle (de vie) de câbles de tram (compagnie remerciée au générique) semble initier le récit, l...