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Affichage des articles associés au libellé Harry Kümel

Ne vois-tu rien venir ?

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  Exils # 55 (14/10/2024) Film funèbre, au Montand émouvant, Un soir, un train (Delvaux, 1968) se termine comme commence Les Mains d’Orlac de Maurice Renard, par un déraillement, des victimes et des survivants. Le dernier plan, en plongée, allongés, reprend presque l’identique et fatidique d’un souvenir, d’un rêve ou d’un fantasme. Comme chez Hitchcock ( The Lady Vanishes , 1938), une femme disparaît ; comme chez Roeg ( Ne vous retournez pas , 1973), voilà déjà un couple en déroute, dans un décor de mort ; comme chez Tarkovski ( Stalker , 1979), trois hommes marchent au milieu d’un mental no man’s land . Moins drolatique mais autant rempli de néant que le compatriotique Malpertuis (Kümel, 1971), remarquez le point commun de Jean Ray cité parmi la parenthèse anglaise, cette odyssée immobile donne à entendre en sourdine l’agitation estudiantine, ici doublée, Belgique oblige, d’une dimension linguistique, sinon xénophobe. Entre présent et passé, mains jointes et visages...

Le Testament flamand

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  Exils # 41 (26/06/2024) Encadré en boucle bouclée par deux citations de l’Alice de Lewis (souvenir subit de Alice ou la Dernière Fugue , Chabrol, 1977, sa variante féminine, Kristel versus Carrière), la seconde en écho à celle de Poe placée en épigraphe de Fog (Carpenter, 1980), voici bel et bien un ouvrage des seventies , rempli d’arrêts sur image de son âge (souvenir de l’ouverture de La Horde sauvage , Peckinpah, 1969), de zooms arrière et avant de son temps (l’Italie les apprécie), de plans classés en caméra portée, vestiges du « ciné-vérité », de plans (re)mont(r)és en replay , marqueurs d’une temporalité peu portée sur la linéarité (cf. Roeg). Le mélange de lumière blanche et d’éclairages colorés – le dirlo photo Gerry Fisher va ensuite s’occuper des climatiques Monsieur Klein (Losey, 1976), Don Giovanni (Losey, 1979) ou Highlander (Mulcahy, 1986) – évoque idem la gueule de bois (du cinéma) de ces années-là, comme si Sautet soudain virait Bava, la sé...

Forza Bastia

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  Un métrage, une image : Cela s’appelle l’aurore (1955) Le prologue impressionne, accumule les cruautés, animale et enfantine, l’eau sale au sol salit un accessoire, ô désespoir, avant le gant du perspicace policier, le foulard fichu de l’épouse esseulée. Au propre et au figuré incommodée par le monde immonde du « pays pas très gai », en effet, Angela ne songe qu’à se casser sur le « continent », s’y cultiver au côté de son méprisant et méprisable papounet, le « clochard », quel cafard, de son Valerio trop dévoué, qui s’occuperait d’appréciables patients puisque payant, cabinet inclus recta par beau-papa. Madame « s’ennuie », ne rêve à la Bovary, marre des « romans », même pas de montagnard amant. Quand Clara, épiphanie d’Italie, veuve génoise et généreuse, apparaît au chevet de la gamine maltraitée par un grand-père pervers, malaise u paese, emprisonné au poulailler, les volatiles reviendront durant la traversée alitée de la v...

La Comtesse

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  Un métrage, une image : Les Lèvres rouges (1971) Scott connaissait Kümel ? Interrogation rhétorique. Cathy & Suzy, Tony lui fait baiser Fanny ( Les Prédateurs , 1983), avant qu’elle ne baise vraiment Fanny Ardant ( 8 femmes , Ozon, 2002). Dans le sillage des outrages de The Vampire Lovers (Baker, 1970) + Vampyros Lesbos (Franco, 1971), revoici des suceuses, certes pas celles des bandes classées X, même si la brunette suspecte, à la coupe Louise Brooks, semble presque une soubrette, issue de la pornographie française de jadis, so seventies . Au début, ça baise, bis , avec entrain, au creux du compartiment d’un train, salut à Martin (Romero, 1977). Ensuite, ça s’installe à Ostende, hôtel bunker à la Enki Bilal ( Bunker Palace Hôtel , 1989), soupçon de India Song (Duras, 1975), puisque surgit l’irrésistible Seyrig. Ce récit séduisit la féministe Delphine, qui piège le mec qui ne pense pas qu’avec sa tête, fellation d’occasion, qui avec sa ceinture, motif ...

Dracula père et fils

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  Un métrage, une image : Dents rouges (Jean-Louis van Belle, 1971) Contemporain du climatique et plus chic Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), Dents rouges , aka Le Sadique aux dents rouges , ne lui répond disons, davantage dialogue à distance avec Martin (Romero, 1977), (re)lisez-moi ou pas. Quant à sa coda aussi sur les toits, elle comporte une mascarade en clin d’œil au Bal des vampires (Polanski, 1967). En ceci découvrant, on sourit souvent, car ce métrage méconnu, qui manie la mise en abyme d’étranglement malséant et les images d’archives de destruction à répétition, ne manque d’humour ni d’amour. Il commence selon une chanson de désunion, un générique en négatif, sorte de bande-annonce ésotérique, érotique, au saphisme soft . Il se poursuit par un complot de toubibs en stéréo, tandem de médecins malsains, de tics atteints, à téléphone « portatif », fichtre. Traumatisé à cause d’un accident routier, où l’ami périt, donc du conducteur culpabilité, un pub...

Le Beau Serge

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  Un métrage, une image : La Faute de l’abbé Mouret (1970) Mouret mourait, Albine le ranime : l’abbé amnésique, serviteur cadavérique, convalescent désarmant, découvre les délices d’un jardin évidemment édénique, verse sa sève au sein si saint de sa nouvelle Ève ; (sur)veille hélas le dégueulasse Archangias, mauvais archange in extremis châtié de manière ad hoc à la van Gogh. Co-adapté par Jean Ferry, collaborateur de Clouzot & Christian-Jaque, aussi scénariste du vampirique Les Lèvres rouges (Kümel, 1971), éclairé par le fidèle DP Marcel Fradetal, musiqué par Jean Wiener, Zola au cinéma cette fois ressemble à ça, à un conte défait de fanatisme provençal. Premier film en couleurs de Franju, ici assisté de Bernard Queysanne, La Faute de l’abbé Mouret s’ouvre sur une scène de sexe champêtre et comporte deux poitrines topless , nous voici bel et bien sur le seuil des explicites seventies . Mais comme le contemporain David Lean de La Fille de Ryan (1970),...

Les Morsures de l’aube

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Les crocs du vampire dans les encoches de la pellicule… Sur le vampirisme au cinéma, vaste sujet en miroir , on peut,  sans crainte ,   conseiller ces quelques titres, parmi d’autres : La Marque du vampire , film méta qui démasque Lugosi ; Hercule contre les vampires , curiosité psychédélique signée Bava ; Le Survivant , adaptation agréable mais inégale, avec l’impeccable Charlton Heston, du grand roman de Matheson ; Rage de Cronenberg, nanti d’une inoubliable Marilyn Chambers ; Les Vampires de Salem , d'après Stephen King, pour la télévision et par le drolatique Tobe Hooper ; Entretien avec un vampire , de Neil Jordan (qui remit le couvert avec Byzantium ), plutôt agréable même si l'on reste assez loin de la sensualité existentielle et tragique d'Anne Rice (le personnage de la petite Claudia métaphorisait un drame personnel) ; Dracula, mort et heureux de l'être de Mel Brooks, à rapprocher, quitte à prendre un pieu en plein cœur, du bal funèbre de Polanski ...