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Affichage des articles associés au libellé Park Hoon-jung

Le Gangster, le Flic & l’Assassin : Le Droit de tuer ?

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Chasse à l’homme qui   dégomme, poursuite psychologique, tract patraque. Voici un titre programmatique, de triangle asiatique, de divertissement dominical, droitiste in extremis , qui retravaille, selon la collusion, la collaboration, le parallélisme de M le maudit (Fritz Lang, 1931). La pègre gestapiste cède sa place à des spécialistes de machines à sous reloues, le tueur d’enfants sifflotant se métamorphose en taré jadis maltraité, en lecteur de traités ethnologiques, en automobiliste létal, entre le morose et l’extatique. Disons-le d’emblée : Le Gangster, le Flic & l’Assassin (Lee Won-tae, 2019) représente, au moins dans son ultime partie, une apologie de la peine de mort, institutionnelle ou individuelle, à faire fissa passer Michael Winner pour un émule de Robert Badinter, le William Friedkin du Sang du châtiment (1987) pour un simple rapporteur de procès, quasiment clément. Cette inclination peu politiquement correcte, inaccessible à la miséricorde, au pragm...

Battleship Island : Banzaï

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Cuirassé encombré ? Gueules noires auxquelles croire… Au cinéma, peut-être par-delà, les Japonais, pour les Coréens, ressemblent aux nazis dépeints par les Européens : des repoussoirs absolus, des barbares en costards, les meilleurs ennemis que l’on adore détester, que l’on apprécie de voir trépasser. Carrément caricatural, Battleship Island (2017) contourne quand même le manichéisme, car il possède aussi un traître issu de Séoul, de surcroît nationaliste, indépendantiste, fétiche à exfiltrer. Ailleurs, la jeune Coréenne crue tatouée, révélée exilée, violée, prostituée par un similaire ressortissant, raconte au calme les scarifications que lui imposa un sadique « secrétaire de mairie » de son pays. Il évacue en sus la moindre once de triomphalisme, de chauvinisme, s’achève sur une victoire à la Pyrrhus, sur une liberté incertaine éclairée par l’immense et sinistre brasier de Nagasaki, « quelle horreur », en effet, quel crime (in)qualifiable de gu...

The Strangers : Amen.

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Et l’inconnue immaculée avertit de ne pas s’en retourner chez soi avant le troisième chant du coq, reformulation peut-être bienveillante du reniement de saint Pierre… On ne s’ennuie pas une seconde à ces cent cinquante-six minutes, on ne s’enthousiasme guère non plus, contrairement au consensus critique laudateur. Avec son troisième long métrage en huit ans, le peu prolifique Na Hong-jin semble retravailler le premier : comme dans The Chaser , on assiste à une chasse à l’homme, à une confrontation morale, à l’incompétence généralisée des supposées forces de l’ordre, à un état des lieux asiatique des « violences faites aux femmes », une enfant à sauver ou à exorciser en point commun. Ce qui change (radicalement) ? L’orientation religieuse du récit, démarré en polar pour s’achever en réflexion métaphysique. Suivant l’hétérodoxie coréenne, The Strangers ose mélanger avec habileté, sinon virtuosité, les genres et les registres, les tons et les imageries. Ce pa...

New World : Election

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Comment succéder à un prédateur défunt ? En semant autour de soi les « graines de la discorde » et en récoltant au bon moment les fruits rougis de l’arrivisme…   « Toute cette violence… » se lamentait Eliot Ness au terme des Incorruptibles signé De Palma/Mamet. À la fin de New World , Ja-sung siège littéralement sur le toit du monde, dans le beau bureau de la Goldmoon, ce syndicat du crime (un salut à John Woo, of  course ) à l’image d’un trust industriel, le gangstérisme en reflet naturel, à peine extrême (Orient) du capitalisme, et inversement, évidemment. Pour en arriver là, il lui fallut bien du courage (chantait Brel à propos de ses vieux amants) et surtout moult outrages (un clin d’œil à Kitano, certo), l’exécution inaugurale d’un supposé traître, avec coups de marteau dans un entrepôt à contre-jour, comme un simple exercice pour le grand massacre final, enchaînement vertigineux d’assassinats en jeu de dominos macabre et inéluctable....